À Rochefort, la maison de Pierre Loti ne livre pas son histoire depuis la rue. C’est à l’intérieur que le lieu change d’échelle : salon turc, chambre arabe, salle dite de la mosquée, céramiques et inscriptions composent un décor façonné par les voyages et les souvenirs de l’écrivain.
Devenue musée en 1973, la demeure a retrouvé le public après une restauration menée de 2012 à 2025. La réouverture remet en lumière un ensemble où les pièces ne se succèdent pas comme dans une maison ordinaire : elles forment les fragments d’un univers personnel, construit au fil des départs de Pierre Loti.
Un intérieur composé comme un voyage
La salle dite de la mosquée en est l’un des espaces les plus marquants. Elle rassemble des céramiques, des inscriptions arabes, un plafond en bois et des objets rapportés de voyage. On y trouve aussi une image d’Aziyadé, personnage lié à l’un des romans de Loti, ainsi qu’une réplique de sa stèle funéraire.
Cette pièce ne remplit pas une fonction religieuse. Elle était pensée comme un lieu de mémoire, associé à Istanbul et à la période qui a nourri une part importante de l’imaginaire de l’écrivain. Le salon turc et la chambre arabe prolongent ce parcours, tandis que d’autres salles font entrer dans la même maison une pagode japonaise, une salle gothique ou un salon Renaissance.
La maison, plutôt qu’un décor unique
Pierre Loti, né à Rochefort en 1850 sous le nom de Louis Marie Julien Viaud, fut à la fois écrivain, voyageur et officier de marine. Ses déplacements lui ont permis de réunir des objets et des références qu’il a progressivement installés dans sa maison familiale.
La salle dite de la mosquée a notamment été conçue à partir d’un plafond en bois du XVIIIe siècle acheté lors d’un voyage en Syrie dans les années 1890. L’ensemble comprend aussi des colonnes venues d’Algérie et des céramiques syriennes et ottomanes, dont certaines proviennent d’Iznik. La maison ne se limite donc pas à une évocation d’Istanbul : elle juxtapose des espaces et des objets liés à plusieurs voyages.
Treize années de restauration
Le chantier a connu des interruptions et des difficultés structurelles. Arrêté en 2013 faute de financement, il a ensuite dû répondre à la dégradation d’une partie de la toiture de la salle dite de la mosquée, ainsi qu’à la fragilité des fondations du bâtiment.
- 1973 : la maison devient un musée.
- 2012 : fermeture au public pour engager une restauration d’ampleur.
- 2013 : interruption du projet, faute de financement.
- 2025 : fin de la restauration et réouverture au public.
Le coût total a dépassé 13 millions d’euros. L’État a pris en charge la moitié du financement, tandis que la ville de Rochefort a couvert environ 3,5 millions d’euros. Au terme du chantier, le musée a été ramené, autant que possible, à l’apparence qu’il présentait à la mort de Pierre Loti en 1923.
Sources
- Al Jazeera, « قاعة مسجد وهوى عثماني.. كيف حوّل روائي فرنسي منزله إلى إسطنبول مصغرة؟ », 1er août 2026 — Lire l’article original
