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    Les défis de l’intégration des Sudanés en Kenya

    Kenya, Soudan

    Les défis de l’intégration des Soudanais au Kenya

    Pour diverses raisons, les Soudanais se retrouvent au Kenya, certains travaillant dans des organisations régionales et internationales, d’autres dans le commerce et divers secteurs. Toutefois, une grande partie d’entre eux a été poussée à s’exiler à cause de la guerre entre l’armée soudanaise et la milice du soutien rapide.

    La communauté soudanaise, estimée à environ 3 500 personnes selon l’ambassade, est répartie dans plusieurs quartiers, avec une forte concentration dans le quartier de Kilimani. Ce dernier fut la première destination des Soudanais puis il a rapidement attiré la majorité des nouveaux arrivants, devenant ainsi le principal point de rassemblement soudanais dans la capitale kenyane. On trouve également des groupes dans les quartiers de Rwaka et de Golan.

    Quartier de Kebra, grand bidonville à Nairobi

    Des liens historiques entre Soudan et Kenya

    Les relations entre les Soudanais et les Kényans remontent au début du XXe siècle, lorsque le colonialisme britannique fit appel à des soldats soudanais originaires des monts Nouba lors de la campagne militaire pour occuper le Kenya entre 1919 et 1920. Ces soldats participèrent également à la construction de la voie ferrée reliant le Kenya à l’Ouganda.

    Mohamed Othman, un Soudanais résidant au Kenya depuis plusieurs années, explique : « Les relations entre les deux pays sont anciennes et stables. Les Soudanais qui ont participé à la guerre anglaise pour la conquête du Kenya se sont établis et intégrés dans la société, notamment dans un vieux quartier de Nairobi appelé Kebra, un bidonville. »

    Le parcours complexe de l’intégration

    Bien que les anciens Soudanais soient intégrés et que certains aient obtenu la citoyenneté kenyane, les nouveaux arrivants rencontrent de nombreuses difficultés. Ils arrivent dans un pays qu’ils connaissent surtout à travers des récits médiatiques négatifs. Ce phénomène est accentué par leur faible contact avec les pays africains voisins, comparé à leurs relations avec les pays arabes, notamment ceux du Golfe.

    Le consul soudanais à Nairobi, Montaser Saad Ishaq

    Montaser Saad Ishaq, consul soudanais à Nairobi, souligne que la langue et l’accès à l’emploi représentent les principaux défis. Certains Soudanais ne maîtrisent pas l’anglais, langue officielle du Kenya, et le marché du travail reste très restreint, ne pouvant guère absorber les Kényans eux-mêmes.

    Certains ont réussi à travailler dans des organisations internationales, notamment ceux ayant déjà une expérience dans ce secteur au Soudan. D’autres ont lancé des projets dans le commerce et les services, tandis qu’une partie reste sans emploi.

    Le consul ajoute que l’absence de discrimination envers les Soudanais est un point positif, liée à une ressemblance physique et à la nature accueillante des Kényans. Par ailleurs, environ 5 000 Kényans ont étudié dans des universités soudanaises, notamment en médecine, et occupent aujourd’hui des postes importants dans leur pays.

    L’admiration des Kényans envers les Soudanais

    Les Kényans expriment souvent une grande estime lorsqu’ils rencontrent des Soudanais. Rashid Mohamed, un Kényan ayant étudié à l’Université africaine mondiale au Soudan, conserve de bons souvenirs de son séjour et de son travail comme enseignant au Soudan. Mais la guerre l’a contraint, ainsi que d’autres Africains, à fuir.

    Rashid Mohamed, jeune Kényan ayant étudié au Soudan

    Rashid raconte : « J’ai refusé de partir pendant une semaine entière, mais lorsque les attaques se sont intensifiées près de l’université, j’ai dû partir via Wad Madani, puis la région de Galabat à la frontière éthiopienne. »

    Il attend avec impatience la fin de la guerre, qu’il suit quotidiennement, pour retourner au Soudan. Avec un sourire, il confie que ses amis lui disent : « Tu n’es pas Kényan, tu es Soudanais. »

    Des réussites malgré les difficultés

    Certains Kényans, notamment ceux ayant étudié au Soudan comme Rashid, ainsi que les Sud-Soudanais, fréquentent les restaurants et commerces soudanais à Nairobi. Ces établissements, souvent gérés par de jeunes réfugiés ayant tout quitté à cause de la guerre, ont néanmoins connu un succès notable.

    Jeunes ayant fondé un restaurant à Nairobi

    Mohamed Al-Fateh et Jawad ont créé un restaurant nommé « Jayta », un terme soudanais signifiant « désordre », illustrant l’instabilité qu’ils ont vécue après la guerre.

    Jawad, partenaire du restaurant Jayta à Nairobi

    Jawad raconte que leur aventure a commencé au Caire, où ils louèrent une boutique sans savoir quoi y vendre. Une dame suggéra de vendre des falafels, un autre proposa un plat soudanais traditionnel appelé « Aqaashi », composé de viande marinée et grillée au charbon, servie avec du pain et une salade.

    L’idée a séduit la clientèle, ce qui les a encouragés à ouvrir un restaurant à Nairobi avec le même concept, remportant un succès remarquable. Ils préparent également l’ouverture d’une succursale en Somalie.

    Le restaurant Jayta, lieu de rencontre pour Soudanais et autres

    Malgré ces succès, de nombreux obstacles subsistent. Le consul Montaser évoque les efforts de l’ambassade et de la communauté pour résoudre des problèmes liés au séjour et aux situations humanitaires. Il mentionne aussi le soutien apporté par l’Association Qatar Charity et l’ambassade du Qatar à Nairobi, remerciant ces acteurs pour leur engagement.

    Des échanges commerciaux historiques

    Le Royaume-Uni a établi des relations commerciales intégrées entre ses colonies du Kenya et du Soudan. Après l’indépendance des deux pays – Kenya en 1963 et Soudan en 1956 – ils ont établi des relations diplomatiques complètes et développé leurs échanges économiques.

    Le Soudan exporte du coton, des oléagineux, de l’hibiscus et des parfums, tandis qu’il importe du thé, du café et du miel du Kenya.

    Les commerçants soudanais concentrent leurs activités dans la ville de Mombasa, principal port d’exportation vers le Soudan, notamment pour le thé kenyan.

    Récolte du thé dans le comté de Nandi, Kenya

    La valeur des exportations de thé kenyan vers le Soudan s’élève à environ 255 millions de dollars par an. Le Soudan est le troisième marché mondial du thé kenyan, important près de 10 % de sa production annuelle.

    Cette exportation est aujourd’hui suspendue, suite à l’accusation portée contre le gouvernement du président William Ruto de soutenir la milice du soutien rapide et d’héberger des réunions d’opposition visant à former un gouvernement parallèle soudanais. Khartoum considère cette situation comme une menace à sa sécurité nationale, ce qui a causé des difficultés pour les agriculteurs et les commerçants.

    Les racines du conflit entre Soudan et Kenya

    Les causes profondes du conflit entre le Soudan et le Kenya sont multiples, englobant des dynamiques historiques, politiques et régionales. Les deux pays jouent un rôle influent dans la région de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Est, ce qui génère une rivalité pour la suprématie régionale, parfois visible sous forme de tensions politiques et diplomatiques.

    Les relations ont connu des hauts et des bas, oscillant entre coopération et tension sous le régime d’Omar el-Béchir, qui a gouverné le Soudan de 1989 à 2019.

    Les doutes soudanais face au rôle du Kenya

    Le Kenya a joué un rôle de médiateur dans l’accord de Naivasha entre le Nord et le Sud du Soudan, qui a conduit à la partition du pays en juillet 2011 et à la création du Sud-Soudan.

    Les relations de Nairobi avec les politiciens du Sud-Soudan ont été plus fortes et plus coopératives que celles avec les dirigeants du Nord.

    Les gouvernements kenyans successifs ont soutenu le Mouvement populaire de libération du Soudan durant la guerre soudanaise. Ce soutien a renforcé les liens entre les deux parties après la séparation.

    Carte du Kenya

    Le Kenya est devenu un acteur clé dans le soutien à l’État naissant, aidant à la construction de ses institutions et au développement économique, renforçant ainsi les relations bilatérales.

    Cependant, à Khartoum, le rôle du Kenya et ses médiations dans les conflits soudanais sont parfois perçus avec suspicion, considérés comme une ingérence dans les affaires internes du pays.

    Jusqu’à présent, aucune répercussion négative n’a affecté la communauté soudanaise suite au retrait de l’ambassadeur et à la suspension des échanges commerciaux avec le Kenya. Le consul soudanais souligne que les conditions de séjour des Soudanais restent inchangées malgré ces différends.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/5/9/%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%88%d8%af%d8%a7%d9%86%d9%8a%d9%88%d9%86-%d9%81%d9%8a-%d9%83%d9%8a%d9%86%d9%8a%d8%a7-%d9%85%d8%ad%d8%a7%d9%88%d9%84%d8%a9-%d8%a7%d9%86%d8%af%d9%85%d8%a7%d8%ac-%d9%84%d8%a7

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