Home ActualitéThaïlande-Cambodge : crise frontalière pouvant dégénérer en guerre

Thaïlande-Cambodge : crise frontalière pouvant dégénérer en guerre

by charles
Thaïlande, Cambodge

Le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge, qui a éclaté jeudi, est entré dans une phase alarmante avec déjà plus de 138 000 civils évacués et plusieurs victimes déplorées. La brutalité des affrontements, qui ont impliqué des échanges d’obus, de tirs et de roquettes, menace de dégénérer en une guerre ouverte entre deux nations engagées dans une longue rivalité frontalière.

Une intensité sans précédent dans la région

Les affrontements ont débuté jeudi en plusieurs points du long front partagé, d’environ 800 km, avec six zones particulièrement touchées, selon l’armée thaïlandaise. Bangkok a répondu en déployant six avions F-16 pour cibler des positions militaires cambodgiennes, tandis que Phnom Penh a maintenu le silence sur d’éventuelles pertes. La région du « Triangle d’émeraude », contestée depuis des décennies, est le théâtre de cette escalade qui rappelle des épisodes passés de violences entre les deux pays, notamment ceux autour du temple de Preah Vihear entre 2008 et 2011, ayant causé au moins 28 morts.

Des civils évacués par des véhicules en direction de zones sûres lors des affrontements frontaliers

Une crise humanitaire et diplomatique sans précédent

Selon le ministère thaïlandais de la Santé, plus de 138 013 civils ont été déplacés, dont 428 patients évacués vers des centres d’accueil. Les familles fuient les zones de combat, notamment dans la ville cambodgienne de Samraong, située à une vingtaine de kilomètres de la frontière, où des témoins ont rapporté des tirs d’artillerie incessants. Les images montrent des familles, des enfants et des personnes âgées s’enfuyant à toute vitesse, craignant une extension de la violence qui pourrait, selon le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, « devenir une guerre ».

Le gouvernement cambodgien a également appelé à la retenue, accusant Bangkok d’actions agressives et condamnant la mobilisation militaire déclenchée depuis le début de l’escalade. La tension a culminé avec le rappel de l’ambassadeur thaïlandais à Phnom Penh, l’expulsion de l’ambassadeur cambodgien, et la pose de mines à la frontière, dont l’existence est officiellement rejetée par Phnom Penh qui affirme que ces zones restent infestées de mines datant des conflits passés.

Civils évacués dans une gymnase en Thaïlande, témoignant de la crise humanitaire

Une région sous tension et sous surveillance internationale

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est programmée en urgence pour tenter d’apaiser la crise. La communauté internationale redoute une escalade qui pourrait entraîner un conflit de plus grande ampleur dans une région déjà marquée par de nombreuses rivalités historiques. Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, qui préside actuellement l’ASEAN, a appelé à la « retenue » tout en soulignant la nécessité de diplomatie pour désamorcer la situation.

Ce nouveau conflit ravive l’histoire ancienne entre deux puissances régionales ayant défini leur frontière lors de la colonisation française en Indochine, mais n’avaient pas connu de violences aussi violentes depuis près de quinze ans. Ont ainsi resurgi les souvenirs des confrontations autour du temple de Preah Vihear, qui avaient provoqué des milliers de déplacés, illustrant la fragilité de la stabilité dans cette partie du Sud-est asiatique.

Les perspectives d’avenir

Les analystes craignent que cette crise ne s’intensifie, avec des risques de dégradation en conflit armé à grande échelle si aucune solution diplomatique n’est trouvée rapidement. La communauté internationale reste attentive face à cette situation volatile, où chaque mouvement peut basculer dans la conflictualité ouverte. La zone frontalière demeure sous haute tension, symbole des tensions chroniques qui alimentent la rivalité entre Bangkok et Phnom Penh depuis plusieurs décennies.

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