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    Afghanistan : Bilan politique et sécuritaire 4 ans après le retour des talibans

    Afghanistan

    Le 15 août 2021, les combattants des talibans ont pris le contrôle de Kaboul sans résistance majeure, marquant la fin du régime de la République islamique d’Afghanistan dirigée par l’ancien président Ashraf Ghani. Quatre ans après ce basculement, l’Afghanistan affiche une transformation profonde, mais aussi de nombreux défis politiques, sécuritaires et économiques.

    Le retrait des forces internationales et la fuite de Ghani ont placé les talibans face à la double tâche de gouverner un pays multiethnique et de répondre aux attentes d’une population éprouvée. Les bilans divergent : les autorités parlent de restauration de l’ordre et de progrès économiques, tandis que observateurs et opposants dénoncent isolement diplomatique, recul des libertés et crise sociale.

    Organisation politique et représentativité

    Les talibans ont mis en place un pouvoir centralisé composé essentiellement de cadres issus du mouvement. Cette configuration a exclu une large représentation des différentes composantes ethniques et sociales du pays.

    Principales critiques adressées au nouveau pouvoir :

    • Gouvernement restreint à une élite talibane, sans inclusion notable des minorités.
    • Exclusion des femmes des postes officiels et restrictions sur leur présence dans l’espace public.
    • Absence d’institutions démocratiques et de mécanismes de contrôle transparents.

    Face à ces critiques, le porte-parole du gouvernement, Zabiullah Mujahid, a affirmé l’existence de contacts réguliers avec Washington et a demandé la reconnaissance officielle du pouvoir ainsi que le transfert de la représentation diplomatique afghane à Kaboul. Il a également appelé au retrait des listes d’organisations terroristes, en citant en exemple la décision de la Russie.

    Femmes afghanes dans un espace public à Kaboul

    Absence d’une constitution et vide institutionnel

    Un défi majeur depuis quatre ans est l’absence d’une constitution ratifiée qui définisse l’identité de l’État et encadre le fonctionnement des institutions.

    Conséquences de ce vide juridique :

    • Fonctionnement en « gouvernement de transition » sans structure permanente.
    • Multiples interprétations possibles du pouvoir et des lois, augmentant l’incertitude.
    • Affaiblissement de la légitimité et de l’efficacité des institutions, freinant la reconnaissance internationale.

    Selon l’analyste politique Mansour Ahmadzai, l’absence d’un texte constitutionnel clair entrave la construction d’un État de droit et nourrit la méfiance entre citoyens et autorités.

    Réalisations sécuritaires et défis persistants

    Les autorités talibanes revendiquent des gains en matière de sécurité : contrôle territorial plus large et baisse de certains types de violence armée dans plusieurs régions.

    Points positifs rapportés par certains analystes :

    • Stabilité relative dans de vastes zones du pays.
    • Réduction de certains affrontements armés entre factions rivales.
    • Stabilisation relative de la monnaie malgré les pressions économiques.

    Cependant, la menace de l’organisation État islamique – Khorasan subsiste et continue d’alimenter l’instabilité. Les experts soulignent aussi que l’isolement international limite la capacité des forces locales à se moderniser et à sécuriser efficacement les frontières.

    Circulation et véhicules de police dans une rue de Kaboul

    Économie, reconstruction et fuite des compétences

    En dépit des conditions économiques difficiles et de l’isolement financier, certaines initiatives d’infrastructures ont été engagées, notamment dans les domaines des routes et de l’électricité.

    Limitations et risques :

    • Accès international limité aux financements et aux réserves, accentuant la crise économique.
    • Exode des élites administratives et des professionnels qualifiés vers l’étranger.
    • Fermeture des établissements d’enseignement pour les filles, frein majeur au développement humain et économique.

    L’économiste Sirajuddin attribue la fragilité des capacités de l’État à la perte de ses talents, fondement nécessaire à toute politique publique durable.

    Accord de Doha : engagements non tenus

    L’accord de Doha de février 2020, conclu entre les États-Unis et les talibans, prévoyait un retrait américain en échange d’engagements talibans sur la non-utilisation du sol afghan par des groupes terroristes et la tenue de pourparlers intra-afghans.

    Observations critiques :

    • De nombreux observateurs estiment que plusieurs clauses clés n’ont pas été mises en œuvre.
    • Mohammed Hanif Atmar, dernier ministre des Affaires étrangères du régime précédent, affirme que seuls le retrait militaire a été réalisé, tandis que la lutte contre le terrorisme, la paix interne durable et la formation d’un gouvernement inclusif sont restés lettre morte.
    • Ce manquement a, selon lui, accéléré l’effondrement du régime précédent et creusé les conséquences régionales.

    Le non-respect perçu de ces engagements complique encore les perspectives d’une sortie de crise et de la construction d’un système politique stable.

    Reconnaissance internationale et isolement

    La reconnaissance internationale du gouvernement taliban reste limitée. Aucune grande puissance n’a accordé une reconnaissance officielle généralisée, et la diplomatie afghane opère dans un cadre restreint.

    Éléments à noter :

    • La Russie a retiré les talibans de sa liste des organisations terroristes, offrant un soutien diplomatique restreint.
    • Aux États-Unis, des discussions sur le statut des talibans et la gestion des relations continuent, la décision finale dépendant de l’orientation future de la politique américaine.
    • L’absence d’une représentation diplomatique américaine à Kaboul est liée à des préoccupations sécuritaires persistantes.

    Cette situation d’isolement complique l’accès aux ressources internationales nécessaires à la relance économique et à la reconnaissance formelle sur la scène mondiale.

    Enjeux pour l’avenir

    Quatre ans après leur retour au pouvoir, les talibans font face à un dilemme central : transformer le contrôle territorial en gouvernance légitime et durable, tout en répondant aux attentes sociales, économiques et politiques de la population.

    Les facteurs déterminants pour les années à venir incluent :

    • La capacité à établir des institutions stables et un cadre constitutionnel clair.
    • La réintégration des femmes dans la vie publique et l’éducation pour assurer un développement humain durable.
    • La réouverture des canaux diplomatiques et financiers pour sortir l’économie de la paralysie.

    Les prochains mois et années seront déterminants pour savoir si l’Afghanistan sortira de l’isolement et construira un État viable ou s’il s’enlise dans des crises persistantes.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/8/15/%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d8%aa%d8%ba%d9%8a%d8%b1-%d8%b3%d9%8a%d8%a7%d8%b3%d9%8a%d8%a7-%d9%88%d8%a3%d9%85%d9%86%d9%8a%d8%a7-%d8%a8%d8%a3%d9%81%d8%ba%d8%a7%d9%86%d8%b3%d8%aa%d8%a7%d9%86

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