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Le bourdon lit le Morse : l’abeille distingue courts et longs éclats

Par Sara 3 min de lecture 1 source Royaume-Uni

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Une étude publiée le 12 novembre dans la revue Biological Letters montre que le bourdon peut distinguer des éclats lumineux courts et longs — sortes de « point » et « tiret » du code Morse — et utiliser cette différence pour choisir un site de nourriture. C’est la première fois qu’une telle capacité est démontrée chez une insecte, alors qu’elle était connue chez l’humain et certains vertébrés, comme les macaques et les pigeons.

Le dispositif expérimental

Les chercheurs ont entraîné des bourdons isolés dans un labyrinthe d’apprentissage comportant des chambres contenant deux cercles lumineux. L’un clignotait par un bref éclair (point), l’autre par un éclair plus long (tiret).

Dans l’expérience, l’un des deux motifs était associé à une récompense sucrée, l’autre à un liquide amer non préféré des abeilles. Pour empêcher l’apprentissage d’une position fixe, l’emplacement des cercles était modifié à chaque essai.

La publication de l’étude est disponible ici : https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rsbl.2025.0440

Appareil expérimental utilisé pour entraîner les bourdons (Queen Mary University)

Appareil expérimental utilisé pour entraîner les bourdons (Queen Mary University).

Le test décisif

Après la phase d’apprentissage, l’équipe a réalisé un test-clé : les lumières clignotaient sans aucune récompense sucrée. L’objectif était de vérifier que le choix des bourdons reposait sur la durée du clignotement et non sur l’odeur ou une trace visuelle du sucre.

La plupart des individus se sont dirigés vers le motif lumineux correct qu’ils avaient appris, quelle que soit la position du cercle, ce qui montre qu’ils avaient assimilé la règle temporelle elle‑même.

« Nous voulions savoir si le bourdon peut apprendre à distinguer des durées différentes », explique Elisabetta Versace, chargée de cours en psychologie à Queen Mary University. « Le succès observé suggère une capacité générale de traitement du temps qui pourrait s’être développée pour d’autres fonctions, comme le suivi du mouvement ou la communication. »

Ce que cela révèle sur la perception du temps

Les chercheurs soulignent que la discrimination entre « point » et « tiret » s’opère sur des temps très courts, bien inférieurs aux rythmes lents régulant jour/nuit ou saisons.

Plusieurs théories tentent d’expliquer comment le cerveau mesure de si courtes durées : certaines proposent une « horloge interne » unique, d’autres évoquent l’existence de multiples minuteurs répartis dans le cerveau.

Le fait qu’un cerveau minuscule — inférieur au millimètre cube — accomplisse cette tâche fournit un modèle idéal pour tester ces hypothèses et mieux comprendre les mécanismes neuronaux du temps.

Applications potentielles en ingénierie et intelligence artificielle

Les auteurs estiment que la découverte a des implications pratiques pour l’ingénierie et l’intelligence artificielle. Si de très petits cerveaux peuvent résoudre rapidement et précisément des tâches temporelles, il n’est pas toujours nécessaire de recourir à des systèmes volumineux et énergivores.

Plusieurs pistes se dégagent pour les concepteurs de réseaux neuronaux et de robots :

  • s’inspirer de mécanismes simples et distribués pour la mesure du temps ;
  • concevoir des architectures légères et peu consommatrices d’énergie pour les tâches temporelles ;
  • développer des robots miniatures capables de prendre des décisions temporelles rapides en milieu naturel.

Contexte écologique et comportement naturel

Hors laboratoire, l’aptitude observée concorde avec des aspects bien connus du comportement des abeilles. Les fleurs diffèrent non seulement par leur couleur et leur odeur, mais aussi par le moment de la journée où leur nectar est le plus abondant.

La capacité à percevoir et comparer de très courtes durées pourrait aider les pollinisateurs à repérer les fleurs offrant le meilleur profit à un moment donné.

En comparant ces compétences temporelles entre espèces variées, y compris de petits insectes, les scientifiques espèrent retracer l’évolution de la « perception du temps » dans le règne animal et comprendre pourquoi elle atteint parfois une grande efficacité.

La source

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