Le 16 novembre 2025, sur la départementale qui relie Rustenhart à Dessenheim, dans le Haut-Rhin, Angélina, 17 ans, trouvait la mort dans un accident de voiture. Le véhicule dans lequel elle avait pris place avec trois amis s’est encastré contre un arbre. Sur les lieux, sa mère, Nathalie Marchal, a retrouvé des ballons de protoxyde d’azote. Elle a déposé plainte pour homicide involontaire et fondé une association portant le prénom de sa fille, dédiée à la sensibilisation, en particulier dans les établissements scolaires et les lieux festifs.
Ce drame, que l’enquête en cours n’a pas encore formellement rattaché au protoxyde d’azote, illustre une réalité qui, elle, est documentée : le « gaz hilarant », dérivé d’un produit pourtant utilisé en cuisine et en médecine, est devenu en quelques années l’un des fléaux sanitaires les plus visibles chez les jeunes adultes en France.
Un détournement massif et à bas prix
Le protoxyde d’azote (N₂O) est vendu légalement aux majeurs dans le commerce, sous forme de cartouches pour siphon à chantilly ou de bonbonnes destinées à un usage médical ou industriel. Sa vente aux mineurs est interdite depuis la loi de 2021. Mais sur les réseaux sociaux, des bonbonnes de deux kilogrammes, parfum « Mango » ou « Love 66 », sont proposées à la livraison pour une cinquantaine d’euros, comme l’a constaté franceinfo dans le nord de Paris.
La simplicité d’accès explique l’ampleur du phénomène : selon un baromètre Ipsos réalisé pour la Macif auprès de 3 500 jeunes de 16 à 30 ans, 12 % déclarent avoir déjà consommé du protoxyde d’azote. Un chiffre qui monte sensiblement chez les 18-24 ans, et qui s’accompagne d’une pratique à haut risque : 43 % des consommateurs réguliers disent avoir déjà conduit après avoir inhalé le gaz, et un quart d’entre eux déclarent avoir été impliqués dans un accident de la route — en voiture, à vélo ou à trottinette.
Une prise en charge hospitalière en hausse
À Strasbourg, le pôle de psychiatrie et d’addictologie des Hôpitaux universitaires (HUS) reçoit depuis quatre ans des patients « protoxyde » de plus en plus nombreux. Le docteur Amaury Durpoix, psychiatre addictologue, chef de clinique aux HUS, parle sans détour de « fléau » : « Au départ, bien sûr, on ne le consomme pas comme une drogue, mais très vite le protoxyde d’azote peut devenir addictif. Il agit de façon sournoise. On fait la fête, il a un côté festif, mais à long terme il peut avoir des effets très graves. »
Les tableaux cliniques observés vont de la dépendance psychique à des atteintes neurologiques sévères — paralysies, troubles sensitifs, pertes de contrôle moteur — en passant par des brûlures cutanées liées à l’expulsion du gaz sous pression. Plusieurs centaines de cas graves sont recensés chaque année dans les services d’addictologie français.
La réponse judiciaire se renforce
Pour le Sénat, le constat justifie un tour de vis législatif. Le 26 février 2026, les sénateurs ont examiné un projet de loi visant à interdire le protoxyde d’azote à tous les particuliers, hors professionnels ayant un usage légitime, et à en interdire la vente dans les bars, discothèques, foires et bureaux de tabac. Le texte crée en outre un délit d’inhalation, puni de trois ans de prison et 9 000 euros d’amende, et aggravé en cas de conduite sous emprise. L’examen par l’Assemblée nationale restait attendu au moment de la publication.
En attendant, plusieurs communes s’organisent à leur échelle. À Illzach, dans le Haut-Rhin, le maire Jean-Luc Schildknecht a pris un arrêté interdisant la vente, le transport et la consommation de protoxyde d’azote sur la voie publique. Les services municipaux remplissent, selon la police locale, deux caddies de bonbonnes abandonnées tous les dix jours.
Sources
- France 3 Régions — Protoxyde d’azote : après la mort de sa fille, une mère alerte sur les dangers
- Radio France / franceinfo — Le Sénat s’attaque au protoxyde d’azote : « C’est la drogue de notre génération »
- franceinfo — Plus d’un jeune sur dix déclare avoir déjà consommé du protoxyde d’azote (étude Ipsos/Macif)
- Le Figaro — « Les jeunes qui consomment se crament le cerveau » : le protoxyde d’azote, cet autre fléau
