Le ministre espagnol de l’Économie Carlos Cuerpo a annoncé mardi 16 septembre 2025 une révision à la hausse de la prévision de croissance du PIB de l’Espagne pour 2025, à 2,7 %, contre 2,6 % précédemment. Une bonne nouvelle de plus pour le gouvernement de Pedro Sánchez, qui voit son pays caracoler en tête des économies avancées mondiales — pendant que la France s’enlise dans une sinistrose à 0,7 %.
Deux salles, deux ambiances
« Je pense qu’il s’agit d’une prévision prudente par rapport à ce que nous pouvons espérer », a déclaré Carlos Cuerpo lors de la conférence de presse suivant le conseil des ministres. Le ministre a souligné que l’Espagne restait « l’économie avancée qui a le plus crû dans le monde » en 2024, une trajectoire confirmée en 2025.
De l’autre côté des Pyrénées, le tableau français est radicalement différent. La croissance tricolore est prévue à seulement 0,7 % pour 2025, les Premiers ministres se succèdent, la dette s’alourdit et la crise sociale ne faiblit pas. À Madrid, les bonnes nouvelles s’enchaînent trimestre après trimestre.
Trois moteurs : immigration, emploi, tourisme
Pour Juan Carlos Martinez Lazaro, professeur d’économie à l’IE University de Madrid, la croissance espagnole repose sur une conjonction de facteurs qui se renforcent mutuellement.
Le premier tient à l’arrivée d’immigrés ces dernières années : près de 1,5 million de personnes en plus depuis 2023, pour un pays d’environ 49 millions d’habitants. Cet afflux élargit à la fois le marché du travail et la consommation. Le deuxième facteur, étroitement lié au précédent, est la progression de l’emploi : l’Espagne a dépassé les 22 millions de personnes en activité, avec un taux de chômage qui demeure élevé — autour de 10 % — mais continue de baisser. Le troisième est le tourisme : depuis 2023, les records historiques se succèdent, contribuant à près de 13 % du PIB.
Le gouvernement Sánchez a par ailleurs lancé en avril 2026 un vaste plan de régularisation de 500 000 sans-papiers, présenté comme un soutien à l’économie formelle. La notation financière du pays a été relevée à A+ à l’automne 2025, après une décennie d’efforts pour sortir de la crise.
Ce que dit le « modèle Sanchez » : droits des travailleurs et croissance
Pour le ministre espagnol des Droits sociaux Pablo Bustinduy, les bons résultats économiques sont indissociables des politiques sociales portées par la gauche, à contre-courant des logiques néolibérales prônées par Bruxelles. « Nous avons toujours été convaincus que renforcer la justice et la dignité des familles travailleuses était la voie à suivre, et nous avons prouvé que cela fonctionne », a-t-il déclaré dans un entretien à L’Humanité.
La coalition au pouvoir — sociaux-démocrates du PSOE et forces progressistes de SUMAR menées par la ministre du Travail Yolanda Díaz — a notamment relevé le salaire minimum interprofessionnel de 5 % en 2024 et renforcé la négociation collective. L’Espagne a également soutenu l’adoption du premier traité mondial de l’OIT protégeant les travailleurs des plateformes numériques, signé en juin 2026.
Limites du miracle : chômage structurel et crise du logement
Le tableau n’est pas exempt de zones d’ombre. Si l’emploi progresse, le chômage espagnol reste structurellement supérieur à la moyenne européenne, autour de 10 %. La crise du logement, alimentée par l’essor des locations touristiques, prive une partie de la population des fruits de la croissance. Pour Martinez Lazaro, « la croissance est inégalement ressentie dans la population ».
Le débat politique reste vif : la droite espagnole et plusieurs partenaires européens critiquent la politique migratoire active du gouvernement, jugée trop généreuse. Mais les chiffres de croissance continuent, mois après mois, de donner raison à la stratégie Sánchez.
Sources
- BFM Business — L’Espagne relève sa prévision de croissance à 2,7 % (16/09/2025)
- 20 Minutes — Espagne : à deux pas de la France, le pays confirme sa forte croissance (16/09/2025)
- L’Humanité — Espagne : « En renforçant les droits des travailleurs, nous battons des records d’emploi » (27/05/2026)
- Le Monde — Juan Carlos Martinez Lazaro : « L’Espagne en est à sa troisième année de croissance » (21/12/2025)
- L’Humanité — L’Espagne signe un plan historique de régularisation de 500 000 personnes (27/01/2026)
