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Une élection anticipée se tiendra le 23 novembre en Republika Srpska pour désigner le successeur de Milorad Dodik ; ces élections Republika Srpska, Milorad Dodik, Bosnie interviennent au cœur d’une crise politique majeure qui oppose l’autorité de l’État central aux autorités de l’entité serbe.
Élections Republika Srpska : date, organisation et appel au boycott
La Commission électorale centrale (CIK) a annoncé en conférence de presse à Sarajevo que l’élection anticipée visant à élire le président de la Republika Srpska se déroulera « dimanche 23 novembre », a déclaré la présidente de la CIK, Irena Hadziabdic.
Cette décision doit permettre de remplacer Milorad Dodik, destitué pour non‑respect des décisions du Haut‑représentant international chargé de faire respecter l’accord de paix en Bosnie. L’organisation du scrutin est perçue comme un test de la capacité de l’État central à exercer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire bosnien, fortement divisé depuis la guerre des années 1990.
Mais Milorad Dodik a appelé à boycotter le scrutin, affirmant que « ces élections n'(avaient) pas de sens et (qu’)elles n'(auraient) pas lieu en RS ». S’exprimant à la presse à Banja Luka, il a ajouté : « Je crois que le peuple refusera d’y participer et que les autres partis politiques les boycotteront aussi », tout comme le sien, car elles sont « impossibles et inutiles ».
Il a aussi précisé : « Je ne brandis pas la menace de violence, mais je crois que les gens descendront dans la rue et manifesteront ». Ces appels au boycott et à la mobilisation soulignent le risque de tensions sur le terrain lors du scrutin.
Condamnation, destitution et référendums annoncés par Milorad Dodik
Milorad Dodik, âgé de 66 ans, a été déchu début août de son mandat après avoir été condamné à un an de prison et à six ans d’inéligibilité par la Cour d’État pour non‑respect des décisions du Haut‑représentant. La condamnation fait suite à la promulgation en 2023, au sein de l’entité serbe, de deux lois que le Haut‑représentant Christian Schmidt venait d’annuler ; la décision de justice a été confirmée en appel début août.
Malgré la destitution, Dodik a déclaré : « Je continue d’exercer mes responsabilités (…) et je n’ai pas l’intention de me retirer », rappelant qu’il avait été élu président de la Republika Srpska en octobre 2022 pour un mandat de quatre ans. Il a par ailleurs demandé la conversion de sa peine de prison en jours‑amende évalués à près de 19 000 €.
Pour asseoir son soutien populaire et contester le verdict ainsi que les décisions du Haut‑représentant, le Parlement de la Republika Srpska a approuvé l’organisation d’un référendum prévu le 25 octobre. Milorad Dodik a déclaré : « Ce n’est que le premier référendum ». Sur la chaîne publique RTRS, il a ajouté : « Je lance un appel à notre peuple pour un rassemblement, car arrive le temps des référendums pour décider de notre destin. » Il a aussi évoqué la possibilité d’organisation d’un référendum d’indépendance.
Légitimité contestée du Haut‑représentant et influences extérieures
Depuis la fin de la guerre (1992‑1995) qui a fait près de 100 000 morts, la Bosnie‑Herzégovine est structurée en deux entités autonomes reliées par un gouvernement central. La décision judiciaire et la destitution de Dodik ravivent les tensions sur la répartition des compétences entre Sarajevo et la Republika Srpska.
Milorad Dodik conteste la légitimité du Haut‑représentant Christian Schmidt depuis sa prise de fonctions en août 2021. Cette contestation est également relayée au niveau international, notamment par la Russie, qui avait empêché la validation de la nomination du Haut‑représentant au Conseil de sécurité de l’ONU. Moscou réclame depuis des années la suppression de ce poste doté de pouvoirs discrétionnaires, utilisés notamment par Christian Schmidt pour modifier le code pénal bosnien en 2023 et y introduire l’infraction de non‑respect des décisions du Haut‑représentant.
La situation laisse la Bosnie confrontée à l’une des plus graves crises politiques depuis la guerre, avec un risque élevé d’escalade politique et de paralysie institutionnelle. L’élection du 23 novembre, l’appel au boycott et le référendum du 25 octobre constituent des étapes décisives dans ce conflit entre autorités locales et institutions internationales.
Avec AFP