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    Madagascar en crise : jeunes protestent pour eau et électricité stables

    Madagascar

    Un dimanche matin à Mahamasina, quartier d’Antananarivo, Sarobidy Ramarimanana se tenait dans la file d’attente du point d’eau avant l’aube pour remplir sa jerricane. Elle voulait simplement aller à l’église, mais la sirène de la police a semé la panique et la foule a pris la fuite, laissant des bidons éparpillés dans la rue. Après des semaines de protestations, la peur est devenue un réflexe, explique la jeune femme de 22 ans, qui est revenue au quartier « en colère » face aux coupures d’eau et d’électricité répétées.

    Une matinée qui tourne au chaos

    La pénurie d’eau et d’électricité a poussé de nombreux habitants à protester au centre d’Antananarivo. Ce qui avait commencé comme une colère contre les coupures fréquentes s’est transformé, depuis le 25 septembre, en un mouvement plus large animé par le collectif « Gen Z Madagascar ». Les manifestants réclament non seulement le rétablissement des services, mais aussi le départ du président Andry Rajoelina.

    Sur place, les symboles sont devenus visibles : jerricans jaunes et petites lampes en tôle — « jiro-kapoaka » — sont portés comme des signes de résistance par la jeunesse. « Nous cherchons l’eau dans le noir, nous dormons pendant les coupures ; on nous demande d’être patients ? Jusqu’à quand ? », s’interroge Sarobidy.

    Une étudiante porte une jerricane à Antananarivo avant une manifestation

    Tensions et violences

    Les manifestations ont rapidement donné lieu à des affrontements. Des manifestants ont bloqué des axes routiers avec des pneus enflammés et des pierres, et les forces de l’ordre ont répondu par des tirs de balles en caoutchouc, des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène.

    • Au moins 22 personnes ont perdu la vie et plusieurs dizaines ont été blessées, selon les Nations unies.
    • La répression a intensifié la colère et renforcé la détermination des manifestants, notamment des jeunes.

    Pour un compte rendu des événements précédents, voir le reportage d’Al Jazeera sur la dissolution du gouvernement : https://www.aljazeera.com/news/2025/9/29/madagascar-president-dissolves-government-after-youth-led-deadly-protests

    « C’est une question de survie »

    Jose Raharimino, photographe indépendant de 31 ans, n’était pas un manifestant de profession, mais il est allé place de l’Indépendance après une nouvelle coupure d’électricité. Il voulait documenter la réalité des rues et montrer au monde que les manifestants n’étaient pas violents, mais épuisés.

    Au début, l’ambiance était presque pleine d’espoir, d’après lui : chants, rires nerveux et stands de « mofo gasy » partout. Puis la situation a dégénéré lorsque les premières grenade lacrymogènes ont été lancées. Jose a filmé jusqu’à ce que la police lui confisque son téléphone.

    Il raconte avoir vu des familles, des vendeurs et des étudiants se disperser en emportant leurs jerricans, cherchant à se protéger derrière des murs et des kiosques. « On venait pour l’eau, pas pour la violence », dit-il.

    Une fracture militaire et politique

    La situation a pris une tournure décisive lorsque l’unité d’élite CAPSAT, anciennement proche du président, a fait défection et annoncé son soutien aux manifestants. Ce geste a ravivé l’espoir chez certains et inquiété d’autres observateurs.

    Face à cette évolution, le président Rajoelina a qualifié le mouvement de tentative de coup illégal et a pris la fuite vers un lieu inconnu. Le parlement a ensuite voté pour l’empêcher de revenir à ses fonctions pour abandon de poste : https://www.aljazeera.com/news/2025/10/14/who-is-in-charge-of-madagascar-after-president-rajoelina-flees

    Les militaires ont pris le pouvoir et formé un comité de transition, promettant de rétablir rapidement l’autorité civile. Cette annonce a été reçue à la fois comme une libération par certains et comme un sinistre rappel d’un passé où la prise de pouvoir par les armes avait déjà bouleversé le pays.

    « Il nous faut un nouveau système »

    Henintsoa Andriniaina, 24 ans, entrepreneur à Isotry, symbolise la demande d’un changement structurel profond. Sa petite entreprise dépend de l’électricité et des réseaux d’eau : sans courant, il ne peut imprimer ni coudre, et sans eau il ne peut laver ses pinceaux.

    Il explique que sa pancarte — « Miala Rajoelina! Mila rafitra vaovao! Tsimbazaza miray! » — n’appelle pas seulement au départ d’un homme, mais à la refonte d’un système politique et économique. Son slogan souligne l’exigence :

    • des structures durables et transparentes,
    • des responsables redevables,
    • et une gouvernance au service des citoyens.

    « Nous ne sommes pas des jeunes paresseux qui crient pour le plaisir. Nous voulons vivre », dit-il.

    Henintsoa Andriniaina documente les manifestations à Antananarivo

    Un avenir incertain

    Au cœur de la répression, Raharimino a enregistré et partagé ce qu’il pouvait avant que la police ne lui prenne son téléphone. La place s’est transformée en un nuage de fumée et de cris, rappelant selon lui les manifestations de 2009.

    Des arrestations ont eu lieu, des rumeurs de démissions et de blindés près du palais ont circulé. Le président a démissionné et l’armée a pris le contrôle, mais la portée réelle de ce basculement reste inconnue.

    Selon Luke Freeman, spécialiste de Madagascar à University College London, le mouvement Gen Z risque de devoir adopter un mode d’organisation plus formel s’il veut peser dans les négociations politiques à venir. « Ils passent des protestations sociales aux tractations politiques, et pour cela il faudra des leaders et des coalitions », a-t-il indiqué.

    Un militaire observe une banderole lors d'une manifestation

    Sur les traces d’une demande simple

    Pour beaucoup de manifestants, la revendication est élémentaire et concrète : un accès stable à l’eau et à l’électricité. « C’est notre droit, pas une requête », affirme Sarobidy.

    Parmi les témoins, Bako, une balayeuse de rue de 56 ans, a suivi la scène à distance. Elle a vu des générations manifester — en 2009 et aujourd’hui. Sa formule est sobre : « Ils veulent la dignité que je voulais aussi. »

    Sur les avenues d’Antananarivo, jonchées de symboles de défi et de désespoir, Sarobidy regarde sa jerricane jaune, encore vide. « Nous ne demandions pas le pouvoir. Nous voulions de l’eau. Nous voulions de la lumière », conclut-elle, incertaine sur l’avenir mais déterminée à être entendue.

    Vue par drone des manifestants devant la mairie d'Antananarivo

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    source:https://www.aljazeera.com/features/2025/10/15/we-dont-want-power-we-want-lights-madagascar-awaits-post-rajoelina-era

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