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    Tunisie : l’« intifada » de Gabès contre la pollution chimique

    Le mouvement populaire croissant dans le Sud tunisien a suscité une large attention et recueilli la sympathie de multiples régions du pays. À Gabès, ville située à 405 kilomètres de Tunis, des manifestations quasi-quotidiennes contre la pollution chimique provoquée par un complexe industriel controversé ont culminé par une grève générale appelée par le bureau régional de l’Union générale tunisienne du travail.

    La grève a paralysé la vie de la cité : elle a rencontré un succès inédit et a rassemblé l’ensemble des habitants de la province, qui ont défilé dans une marche bondée brandissant le slogan « droit de la ville à la vie », revendiquant développement et air pur.

    Contexte et signification de l’« intifada » de Gabès

    L’« intifada de Gabès » se présente comme un événement emblématique, porteur de messages politiques et sociaux majeurs. Plusieurs éléments expliquent la portée et l’ampleur de ce mouvement :

    • éléments temporels liés à la scène politique nationale,
    • incidents sanitaires locaux ayant déclenché la colère,
    • faillite perçue de la gestion publique et effritement de la confiance envers les institutions.

    1. Coïncidence politique et climat de mécontentement

    Le déclenchement des protestations coïncide avec le premier anniversaire de l’élection présidentielle organisée le 6 octobre dernier, remportée dès le premier tour par le président actuel avec plus de 90 % des voix.

    Cette séquence a suivi l’éviction des concurrents sérieux, certains renvoyés devant la justice et d’autres encore emprisonnés. Elle s’inscrit aussi dans un climat politique, économique et social lourd : marginalisation des partis et des organisations civiles, hausse du coût de la vie et sentiment d’impasse.

    2. Détonateur sanitaire et inertie des autorités

    Les manifestations ont été déclenchées après des cas d’asphyxie affectant des élèves dans des écoles proches du complexe chimique, ainsi que par des appels répétés à une intervention des autorités pour traiter le problème de fond.

    Les réponses officielles se sont limitées à des discours populistes ou de solidarité circonstancielle, sans suivi concret. Cette attitude a accru la fracture entre la rhétorique au sommet de l’État et l’incapacité de l’exécutif à produire des résultats tangibles.

    3. Crise de gouvernance et concentration des pouvoirs

    La crise de gestion se manifeste par l’instauration d’un système présidentiel où le chef de l’État concentre des pouvoirs quasi-absolus, tandis que le gouvernement apparaît comme une structure formelle et peu autonome.

    Depuis le 25 juillet, en moins de six ans, le président a remplacé six chefs de gouvernement, souvent issus de milieux administratifs sans expérience politique. Cette instabilité a empêché l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies économiques ou sociales cohérentes.

    4. Perte de confiance et radicalisation des revendications

    La montée des protestations traduit une profonde déception et une défiance envers le système en place. Les habitants de Gabès ont montré leur détermination à protéger la santé et l’environnement au point d’accepter le risque de perdre des centaines d’emplois liés au complexe chimique.

    Face à l’incapacité perçue du gouvernement à endiguer la menace, la demande principale s’est polarisée sur le démantèlement du complexe plutôt que sur des mesures palliatives.

    5. Un début d’année politique marqué par les mobilisations

    La révolte de Gabès intervient au tout début d’une nouvelle année politique et sociale, période traditionnellement marquée en Tunisie par des mouvements populaires — souvent sociaux et parfois politiques — centrés sur le coût de la vie, la justice sociale et les réformes.

    Le refus d’écouter ces revendications risque d’alimenter un cycle croissant de contestation, surtout à l’approche de dates mémorielles liées aux soulèvements populaires.

    6. Rôle central de la société civile et de l’Union générale tunisienne du travail

    L’appui du conseil régional de l’Union générale tunisienne du travail aux revendications de Gabès et son appel à la grève générale ont été déterminants. Ce soutien a renforcé la crédibilité du mouvement et manifesté l’importance des organisations civiles dans l’encadrement des protestations.

    La mobilisation montre aussi que la société civile demeure un rempart essentiel pour protéger les citoyens contre les abus de pouvoir et pour structurer les mobilisations sociales afin d’éviter toute dérive.

    7. Risques liés à la marginalisation des forces politiques et sociales

    L’éviction des partis et des organisations de la vie publique est perçue comme une menace à la stabilité sociale. Sans encadrement social et politique, les mouvements populaires risquent de prendre des tournures imprévisibles, voire violentes.

    Les partis et associations jouent un rôle de médiation et d’orientation ; leur affaiblissement fragilise la capacité du pays à gérer et apaiser les tensions sociales.

    8. Diagnostic général : un pouvoir paralysé et une population exaspérée

    La scène publique tunisienne apparaît aujourd’hui marquée par l’inquiétude et la frustration, non seulement à cause de la détérioration des conditions sociales et économiques, mais aussi en raison de l’incapacité du régime à administrer les affaires publiques de façon rationnelle.

    La centralisation décisionnelle et le discours officiel populiste n’ont pas permis de dégager une vision claire ni des réalisations concrètes. Le résultat est une gouvernance paralysée, un gouvernement sans marges d’initiative et un pays confronté à un repli diplomatique inhabituel.

    Message de Gabès au pouvoir

    La mobilisation contre la pollution à Gabès est un signal fort : l’opinion publique refuse désormais les discours creux et exige des réponses tangibles aux problèmes qui affectent la vie quotidienne, à commencer par la question environnementale.

    La crise autour du complexe chimique illustre plus largement l’échec d’une stratégie politique qui a cherché à concentrer les pouvoirs et à écarter les acteurs institutionnels et associatifs. Le mouvement de Gabès rappelle l’urgence de restaurer des mécanismes de gouvernance inclusifs et responsables.

    Faits saillants

    • La grève générale à Gabès a été largement suivie et a paralysé la ville.
    • Les protestations ont été déclenchées après des cas d’asphyxie scolaire et par la crainte d’une pollution toxique persistante.
    • Les manifestants exigent des mesures radicales, y compris, pour beaucoup, le démantèlement du complexe chimique.
    • La mobilisation met en lumière le rôle indispensable des organisations de la société civile, notamment l’Union générale tunisienne du travail.
    • La colère sociale interroge la gouvernance centralisée et l’absence de réponses efficaces aux crises locales.

    Pollution Gabès demeure au cœur des préoccupations nationales : la dynamique locale se transforme en un message politique plus large, révélateur d’un ras-le-bol social et d’une défiance croissante envers les institutions en place.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/10/31/%d8%a7%d9%86%d8%aa%d9%81%d8%a7%d8%b6%d8%a9-%d9%82%d8%a7%d8%a8%d8%b3-%d8%a7%d9%84%d8%a8%d9%8a%d8%a6%d9%8a%d8%a9-%d9%88%d8%b1%d8%b3%d8%a7%d8%a6%d9%84%d9%87%d8%a7

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