Home ActualitéLoukachenko au Myanmar: soutien avant des élections controversées

Loukachenko au Myanmar: soutien avant des élections controversées

by Sara
Biélorussie, Myanmar

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est arrivé au Myanmar pour une visite de bonne volonté perçue comme un soutien au régime militaire du pays à la veille d’élections nationales largement dénoncées. Sa présence intervient alors que la junte prépare des scrutins que de nombreux observateurs nationaux et internationaux qualifient de simulacre.

Accueil officiel et rencontres à Naypyidaw

Selon les médias d’État myanmarais, le général en chef Min Aung Hlaing, dirigeant de facto autoproclamé, a reçu Loukachenko au Palais présidentiel de Naypyidaw.

L’arrivée du dirigeant biélorusse, jeudi soir, à l’aéroport militaire de Naypyidaw a été marquée par des honneurs d’État et des prestations culturelles. Parmi les personnalités présentes figuraient des hauts responsables du gouvernement militaire, dont le Premier ministre Nyo Saw.

Les autorités officielles ont souligné le caractère historique de la visite, notant qu’il s’agissait de la première venue d’un chef d’État biélorusse au Myanmar depuis l’établissement des relations diplomatiques il y a 26 ans.

Observation électorale et accords bilatéraux

Après leur entretien, les médias d’État ont indiqué que la Biélorussie envisage d’envoyer une équipe d’observation pour surveiller les élections prévues fin décembre.

Les deux pays ont déclaré vouloir renforcer leur coopération dans plusieurs domaines :

  • technologies militaires,
  • commerce,
  • développement industriel et mécanisation agricole.

Un jour avant la visite, une feuille de route pour la coopération au développement 2026–2028 entre le Myanmar et la Biélorussie a été signée à Yangon.

Le ministre biélorusse des Affaires étrangères, Maxim Ryzhenkov, a souligné le potentiel industriel du Myanmar et la capacité de la Biélorussie à fournir des technologies modernes en génie mécanique. « Le Myanmar envisage de mécaniser son agriculture, et nous en Biélorussie produisons une gamme complète de machines et d’équipements », a-t-il déclaré, ajoutant que « rien n’est tabou » dans leur coopération.

Un soutien controversé à la junte

La visite de Loukachenko intervient un mois seulement avant les élections que la junte présente comme un retour à la normale. Beaucoup y voient cependant un soutien diplomatique aux autorités militaires.

Aux côtés de la Chine et de la Russie, la Biélorussie fait partie des rares États à entretenir des liens soutenus avec les dirigeants militaires depuis le coup d’État du 1er février 2021, qui a renversé le gouvernement civil de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d’Aung San Suu Kyi.

Loukachenko, au pouvoir depuis la création du poste en 1994, dirige un gouvernement largement considéré comme autoritaire, ce qui renforce le caractère politisé et controversé de sa visite.

Contexte sécuritaire et obstacles aux élections

Le Myanmar est traversé par un conflit prolongé depuis le coup d’État, la contestation populaire initiale ayant dégénéré en une guerre civile impliquant des groupes ethniques armés et la Force de défense du peuple (PDF), opposée à la junte.

Plusieurs éléments rendent l’organisation d’élections crédibles particulièrement difficile :

  • Enquêtes récentes du gouvernement militaire ont pu recenser la population dans seulement 145 des 330 townships du pays, indiquant un contrôle administratif effectif sur moins de la moitié du territoire.
  • Des estimations indépendantes situent le contrôle militaire à environ 21 % du territoire, contre des zones plus étendues sous la maîtrise d’armées ethniques et de la PDF.
  • Ces forces d’opposition ont appelé au boycott et menacent de perturber les scrutins par la force.

Ces contraintes géographiques et sécuritaires, associées à la dissolution en mars 2023 du NLD — le principal parti pro-démocratie — ont amené de nombreux critiques à qualifier la tenue d’élections dans ces conditions d’absurde.

Amnistie de masse avant le scrutin

Dans le cadre des préparatifs électoraux, les autorités militaires ont annoncé une amnistie massive jeudi, impliquant la libération ou l’abandon des charges contre 8 665 personnes détenues pour s’être opposées au régime militaire.

Les dirigeants ont présenté cette mesure comme un geste d’apaisement, tandis que des observateurs restent sceptiques quant à son impact réel sur la légitimité et la transparence des élections à venir.

Visites diplomatiques depuis le coup d’État

Depuis le renversement du gouvernement civil, seules quelques visites de hauts responsables étrangers ont eu lieu. Avant Loukachenko, l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen avait été l’un des rares dirigeants étrangers à se rendre au Myanmar.

Ces voyages témoignent de l’isolement diplomatique relatif du pays, mais aussi des soutiens internationaux qui maintiennent des liens politiques et économiques avec la junte.

source:https://www.aljazeera.com/news/2025/11/29/belaruss-lukashenko-becomes-second-only-leader-to-visit-myanmar-since-coup

You may also like

Leave a Comment