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La décision, il y a deux semaines, du Premier ministre sortant Mohammed Shia al‑Sudani de retirer sa candidature a ouvert la voie au retour probable de Nouri al‑Maliki au pouvoir. Ce basculement intervient au terme de longues négociations post‑électorales et relance d’importantes questions sur l’avenir politique et sécuritaire de l’Irak.
Un retour aux pratiques sectaires ?
Le retour possible d’al‑Maliki n’apparaît pas comme un simple recyclage politique : il rappelle surtout les échecs de la construction étatique depuis l’invasion de 2003. Durant ses premiers mandats, il a mis en place des pratiques qui ont creusé la fracture entre collectivités, transformant souvent l’identité religieuse en principal critère de division.
Sous couvert de procédures de dé‑Baathification, son administration a progressivement exclu des acteurs sunnites du jeu politique et social. En 2010, des lois et décisions administratives ont conduit à l’interdiction de partis et au rejet de centaines de candidatures — majoritairement sunnites — à l’élection parlementaire.
Par ailleurs, des arrestations de responsables sunnites modérés et la répression de manifestations pacifiques ont alimenté un sentiment d’injustice. L’attaque contre le sit‑in d’al‑Hawija en 2013, qui a fait de nombreuses victimes parmi des protestataires, reste un jalon douloureux de cette période.
Corruption et mauvaise gestion
Les années passées sous la houlette d’al‑Maliki ont été marquées par des détournements massifs de ressources publiques et une gestion opaque des fonds de l’État. Des rapports parlementaires et d’organismes de contrôle ont estimé des pertes considérables liées à la corruption au cours des quinze années suivant l’invasion américaine.
Ces pratiques n’ont pas seulement enrichi des cercles proches du pouvoir ; elles ont aussi affaibli les institutions. L’indépendance de la justice a été fragilisée, rendant difficiles toute enquête et toute reddition de comptes crédible.
La mauvaise gestion s’est étendue aux forces armées : des mécanismes de « soldats fictifs » ont alimenté des paiements indus, tandis que des réseaux parallèles et des unités fidèles au pouvoir central ont affaibli la cohésion militaire. Ces dysfonctionnements expliquent en partie l’effondrement des défenses irakiennes face à la poussée des groupes extrémistes en 2014.
Conséquences régionales
Sur le plan régional, le Nouri al‑Maliki retour pourrait renforcer l’influence iranienne à Bagdad. Dans un contexte où certains voisins sont affaiblis, l’Irak est devenu un atout stratégique pour Téhéran, et un gouvernement aligné sur des réseaux pro‑iraniens compliquerait toute stratégie d’autonomie irakienne.
Sur la question syrienne, al‑Maliki s’est montré opposé à une normalisation rapide avec Damas et critique envers la participation de certains responsables syriens à des rencontres régionales. Ce positionnement risque de limiter la capacité de Bagdad à jouer un rôle de médiateur équilibré dans la région.
En parallèle, la perspective d’un troisième mandat soulève des tensions avec Washington, qui cherche à réduire l’influence des Forces de mobilisation populaire et à les intégrer dans une armée nationale structurelle. Or al‑Maliki est souvent perçu comme l’artisan de réseaux armés parallèles, ce qui rend peu probable une remise en cause de ces milices.
Risque d’enlisement et options pour l’avenir
Le principal enjeu posé par ce retour est moins l’addition de nouvelles mesures que la reproduction d’un cycle politique qui a déjà conduit à la catastrophe. Tant que les mécanismes d’incitation, le système de responsabilités et la distribution sectaire du pouvoir resteront inchangés, les recettes politiques du passé risquent de rester attractives.
En outre, la mobilisation récurrente de la jeunesse dans la rue témoigne d’un rejet profond de ce statu quo. Sans réformes concrètes — renforcement de l’État de droit, transparence budgétaire, intégration réelle des forces armées —, le pays court le risque de revivre des divisions qui ont déjà fragilisé sa sécurité et son économie.
- Renforcement des clivages sectaires et fragilisation de l’unité nationale.
- Prolongation de réseaux opaques et absence de reddition de comptes.
- Accroissement de l’influence étrangère, notamment iranienne, sur les choix politiques irakiens.
- Blocage des initiatives de normalisation régionale et de réforme des forces armées.
Ainsi, le Nouri al‑Maliki retour incarne une bifurcation potentielle : soit une consolidation des anciennes pratiques, soit une opportunité, pour les forces politiques et la société civile, d’imposer un agenda de réformes profondes. Pour l’heure, les inquiétudes l’emportent, alors que l’Irak cherche encore un chemin durable vers la stabilité.