Les Cubains, déjà frappés par une grave crise économique, observent avec inquiétude les menaces formulées par Donald Trump sur l’approvisionnement du pays en pétrole. Certains estiment toutefois que le dialogue demeure la meilleure voie pour limiter les dégâts et éviter une aggravation de leur quotidien. Le contexte reste fragile et les pénuries touchent de nombreuses familles.
Vivian Valdés, pharmacienne de 60 ans approchée dans une rue de La Havane, affirme que la négociation est essentielle: il faut parvenir à un accord qui bénéficie à tous et évite d’aggraver la pénurie. Elle explique, les larmes à peine contenues, les difficultés à trouver les médicaments nécessaires pour sa mère atteinte d’un Alzheimer.
Donald Trump a déjà stoppé les livraisons de pétrole vénézuélien vers Cuba après l’arrestation de Nicolas Maduro et a signé jeudi un décret prévoyant que les États-Unis pourraient imposer des droits de douane sur les pays qui approvisionnent La Havane en pétrole. Washington évoque une menace exceptionnelle pesant sur la sécurité nationale, sans préciser les montants ou les pays concernés, mais le Mexique, qui continue de livrer du pétrole à l’île, est pointé du doigt.
Cette pression s’ajoute à six années de crise économique, qui ont provoqué une émigration importante et soumis les Cubains à des pénuries de nourriture, de médicaments et de transports. Jorge Grosso, étudiant de 23 ans en comptabilité, plaide pour le dialogue et pour que Cuba «négocie et voie quelles sont les conditions posées» par Washington, car il estime que le pays est «asphyxié» autrement.
Il attend depuis presque 24 heures pour acheter de l’essence pour sa Lada blanche. Si l’approvisionnement en pétrole est coupé «ça va être dur, très dur», craint-il.
Files d’attente
Ces derniers jours, les files d’attente devant les stations-service à La Havane se sont allongées et les délestages électriques peuvent même atteindre une dizaine d’heures dans la capitale. Depuis le soutien apporté par le Venezuela, allié de longue date de Cuba, Washington multiplie les menaces et appelle à un accord rapide sans en préciser les contours. La situation est décrite comme tendue par les habitants, qui redoutent une aggravation des pénuries.
Le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a nié l’existence de discussions concrètes et réaffirmé sa disposition à dialoguer avec Washington sans faire de concessions politiques. Il rappelle toutefois que le rapprochement engagé sous Barack Obama entre 2013 et 2017 a été interrompu par l’arrivée de Trump, qui a renforcé l’embargo. Des voix s’interrogent aussi sur la solidité des soutiens traditionnels, comme la Chine et la Russie, et jugent leurs positions prudentes.
Rolando González, 81 ans, estime que Donald Trump «a des problèmes mentaux» et qu’il «ment». Selon lui, personne ne croit que Cuba soit une menace pour les États-Unis. D’autres s’interrogent sur la fiabilité des alliés et se demandent si Cuba peut compter sur la Chine et la Russie, qui, selon eux, restent distants et prudents: «ils ne veulent pas avoir des problèmes avec Trump», conclut Jorge Martinez, ingénieur informatique de 60 ans.
Pour certains Cubains, l’aide diplomatique ne suffit pas à résoudre les problèmes économiques et le pays doit s’appuyer sur des négociations concrètes plutôt que sur des soutiens affichés. Les observateurs s’interrogent sur la solidité des alliances et craignent que des positions uniquement diplomatiques ne suffisent pas. Dans l’ensemble, la population souhaite que les États-Unis acceptent des discussions qui évitent un durcissement supplémentaire de la situation.