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Abdelhadi Belkhayat, la voix du temps doré de la chanson marocaine

par Sara
Maroc, Mauritanie

Le Maroc perd l’une de ses voix emblématiques : Abdelhadi Belkhayat est décédé à l’âge de 86 ans, après une récente détérioration de son état de santé. Figure majeure de la chanson marocaine contemporaine, il laisse derrière lui un répertoire qui a marqué plusieurs générations et contribué à façonner l’identité musicale du pays.

Années de formation et premiers pas

Né en 1940 à Fès, Abdelhadi Belkhayat a passé son enfance avant de s’installer à Casablanca à l’âge de sept ans. Contrainte familiale obligeant, il a interrompu ses études après le primaire et a commencé à travailler tôt, d’abord avec son père dans un atelier de menuiserie, puis comme chauffeur au ministère de la Jeunesse et des Sports à Rabat.

Ces expériences l’ont toutefois rapproché du milieu artistique. Motivé par sa passion pour la musique, il a tenté sa chance à la Maison de la Radio de Casablanca, où ses premières prestations ont rapidement trouvé un écho favorable.

Au début des années 1960, après plusieurs enregistrements radiophoniques, il s’est rendu au Caire pour approfondir son art. Là-bas, il a envisagé de poursuivre en dialecte égyptien ou de revenir chanter en arabe marocain ; il a finalement choisi de rentrer au Maroc, fort d’une expérience internationale qui a enrichi sa voix et son style.

Avant de se fixer définitivement au Maroc, il a aussi participé à quelques productions cinématographiques entre Le Caire et le Liban, notamment des films musicaux et chorégraphiques qui ont contribué à sa notoriété.

Un répertoire qui a façonné la mémoire musicale marocaine

Abdelhadi Belkhayat s’est imposé comme l’une des voix centrales de l’âge d’or de la chanson marocaine, aux côtés d’artistes tels qu’Abdelwahab Doukkali et Naima Samih. Son répertoire mêle poésie classique en arabe littéraire et formes locales comme le zajal, offrant ainsi une richesse stylistique rare.

Parmi ses titres devenus des classiques figurent des chansons restées populaires au fil des décennies. Son enregistrement de 1962 du « Hymne du Trône » a également renforcé sa place dans le paysage musical national.

  • « Ya bint en-nas » (Ô fille du peuple)
  • « Ramoush » (Cils)
  • « Al-Hatif » (Le téléphone)
  • « Al-Maw’id » (Le rendez-vous)
  • « Al-Qamar al-Ahmar » (La lune rouge)
  • « Al-Shati' » (La plage)
  • « Al-Ams al-Qarib » (Le passé récent)

Il a collaboré avec des compositeurs majeurs du pays, tels qu’Abdel-Salam Amer, Abdel-Nabi Al-Jirari, Abdelkader Rachidi et Hassan Al-Qadmiri. Par ailleurs, il a mis en musique des poèmes de grands auteurs arabes, dont Nizar Qabbani, dans des pièces marquantes comme « Tawq al-yasamin » et « Al-hatif ».

Retraite artistique et engagement national

En 2012, Abdelhadi Belkhayat a annoncé son retrait de la scène commerciale pour se consacrer davantage à l’arsenal religieux et aux chants sacrés, tout en continuant à répondre ponctuellement à des sollicitations à caractère national. Malgré son retrait des scènes populaires, il a maintenu un lien avec le public, notamment lors d’une participation en 2015 au festival Mawazine où il a interprété des œuvres à teneur spirituelle.

Son engagement s’est aussi exprimé à travers des chansons à portée humaine et nationale, telles que « Khouya al-Sahrawi », dédiée à la cause sahraouie, et « Allah Ajari », appelant à la réconciliation et au dépassement des divisions, notamment entre le Maroc et l’Algérie.

Dernière période et héritage

Ces dernières semaines, Abdelhadi Belkhayat avait été victime d’une grave poussée de maladie lors d’un séjour en Mauritanie : un refroidissement s’est transformé en complications respiratoires sévères, nécessitant son transfert au service de réanimation de l’hôpital militaire de Rabat. C’est à la suite de cette hospitalisation qu’il est décédé, laissant le pays en deuil.

Par son timbre et son style, Abdelhadi Belkhayat a marqué durablement le paysage musical marocain. Sa discographie et ses interprétations continuent d’habiter la mémoire collective, et son influence sur plusieurs générations d’artistes reste tangible.

source:https://www.aljazeera.net/arts/2026/1/31/%d8%b9%d8%a8%d8%af-%d8%a7%d9%84%d9%87%d8%a7%d8%af%d9%8a-%d8%a8%d9%84%d8%ae%d9%8a%d8%a7%d8%b7-%d8%b5%d9%88%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d8%b2%d9%85%d9%86-%d8%a7%d9%84%d8%ac%d9%85%d9%8a%d9%84

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