À Washington, une réunion internationale sans précédent réunit plus d’une cinquantaine de pays pour évoquer les minerals critiques et les terres rares. L’objectif déclaré est de créer une dynamique de coopération afin d’assurer l’approvisionnement nécessaire à l’innovation technologique, à la compétitivité économique et à la sécurité nationale, face à une concurrence de plus en plus marquée de la Chine.

Le sommet est placé sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio, avec l’intervention attendue du vice-président JD Vance. Le département d’État a indiqué que cette mobilisation viserait à renforcer les chaînes d’approvisionnement critiques et à favoriser des partenariats durables entre alliés.
Le président Donald Trump rappelle régulièrement la nécessité des terres rares et en fait une priorité de sa politique de réindustrialisation de l’Amérique, souvent associée, selon lui, à l’usage d’instruments comme les droits de douane.
Cette question occupe le cœur de la diplomatie américaine, que ce soit en Ukraine, en République démocratique du Congo ou au Groenland.
L’administration met en avant les potentialités d’exploitation de ces ressources dans le cadre des négociations diplomatiques.
Pour Washington, l’enjeu est avant tout stratégique.
Les États-Unis ont déjà signé des accords bilatéraux sur les minerais critiques avec de nombreux pays et veulent construire une coalition d’alliés soucieux de diversification.
Des responsables américains ont annoncé attendre la signature de plusieurs accords en marge de la réunion.
Les États-Unis prévoient la création d’une réserve de terres rares d’une valeur de 11,04 milliards d’euros afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine.
Un tel dispositif concerne des secteurs aussi stratégiques que l’automobile, le numérique ou la défense, et s’inscrit dans le contexte où la Chine maîtrise une part importante de la chaîne de valeur des terres rares, de l’extraction à la transformation et à l’intégration dans des produits.
Une situation qui inquiète Washington, d’autant que Pékin n’hésite pas à brandir ce levier lors des négociations commerciales.
Des responsables européens sont également attendus; Stéphane Séjourné représentera l’Union européenne lors de ces discussions ministérielles, qui incluent des délégations d’Inde, de Corée du Sud et d’Israël.
L’UE souhaite se coordonner avec les Américains pour éviter une compétition débridée à l’étranger, par exemple en Australie, pays riche en ressources.
Selon des observateurs, la réunion marque une rupture par rapport à l’approche unilatérale des États-Unis dans plusieurs domaines.
Les experts soulignent le caractère de plus en plus stratégique des matières premières, notamment des métaux, sous l’effet de la prise de conscience d’une position dominante de la Chine dans l’extraction et, surtout, la transformation.
Philippe Chalmin, professeur émérite à l’université Paris-Dauphine et fondateur du cercle CyclOpe, rappelle cette évolution et souligne le virage stratégique des ressources minières.

