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Un rapport du renseignement militaire norvégien alerte sur le renforcement simultané des présences russe et chinoise dans l’archipel de Svalbard, territoire placé sous souveraineté norvégienne dans l’océan Arctique. Selon ce bilan annuel d’évaluation des menaces, Moscou et Pékin multiplient les initiatives qui pourraient modifier l’équilibre stratégique dans la région.
Une présence russe consolidée
Le rapport souligne que, du point de vue russe, la position stratégique de Svalbard justifie le maintien d’une présence permanente. En particulier, la ville de Barentsburg, deuxième plus importante agglomération de l’archipel, est majoritairement peuplée de Russes et demeure un centre d’extraction du charbon.
Par ailleurs, les services norvégiens relèvent des signes indiquant que le Kremlin cherche à réduire la dépendance de Barentsburg aux infrastructures norvégiennes d’approvisionnement et de transport. À cet égard, les visites répétées de navires russes au port local sont interprétées comme une démarche délibérée pour renforcer cette autonomie.
L’essor de la présence chinoise
En parallèle, la Norvège estime que la Chine intensifie sa présence dans l’archipel dans le but d’affirmer un rôle plus marqué dans l’Arctique. Le rapport note une progression notable des activités chinoises : cinq navires de recherche chinois ont opéré dans l’océan Arctique en 2025, contre trois en 2024 et un seul les années précédentes.
Cette montée en puissance, selon les analystes, traduit la volonté de Pékin de consolider ses capacités scientifiques et logistiques dans la région arctique, en profitant des opportunités offertes par l’ouverture progressive des voies maritimes et l’accès aux ressources.
Tensions transatlantiques et conséquences géopolitiques
Le rapport met aussi en garde contre les effets des tensions entre les États-Unis et l’Europe, notamment autour de la question du Groenland, qui pourraient servir indirectement les intérêts russe et chinois à Svalbard. Le chef du renseignement norvégien, Andreas Stensonis, a estimé lors d’une conférence de presse que « de nombreux fondements de la sécurité norvégienne sont remis en cause » et que l’ordre mondial tel qu’il était connu se fragilise.
Selon lui, les réactions de Washington ont modifié la perception stratégique de Moscou et de Pékin : ces derniers perçoivent un affaiblissement de l’unité occidentale et y voient des opportunités pour étendre leur influence et sécuriser des positions dans les zones voisines.
De son côté, le ministre norvégien de la Défense, Tori Sandvik, a déclaré que l’année 2026 est marquée par une grande incertitude, pointant notamment la volonté proclamée de certains responsables américains de s’intéresser au Groenland. Il a souligné que les relations transatlantiques sont devenues plus volatiles, ce qui complique la gestion des enjeux arctiques.
Les menaces d’appropriation du Groenland ont par ailleurs créé des frictions au sein de l’OTAN, dont la Norvège est membre, accentuant les débats sur la sécurité collective dans la région.
Enjeux stratégiques et ressources
L’archipel de Svalbard couvre une superficie d’environ 37 673 km² et conserve une importance stratégique au-delà de sa seule position géographique. Il est doté de ressources naturelles, notamment des gisements potentiels d’hydrocarbures et des stocks halieutiques, qui en font un territoire convoité.
Face à cette conjoncture, Oslo est confrontée au défi de préserver sa souveraineté et ses intérêts tout en gérant des présences étrangères de plus en plus affirmées. Les autorités norvégiennes devront donc concilier surveillance, diplomatie et coopération internationale pour éviter que la situation ne dégénère.
Faits clés
- Svalbard : territoire sous souveraineté norvégienne, situé dans l’océan Arctique.
- Barentsburg : deuxième plus grande agglomération, à majorité russe, axée sur le charbon.
- Présence chinoise : 5 navires de recherche en Arctique en 2025 (contre 3 en 2024).
- Enjeux : position stratégique, hydrocarbures et ressources halieutiques.