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Dans les ruelles de la vieille ville du Caire, la préparation du mois de Ramadan se lit dans chaque atelier et sur chaque étal. Lanternes traditionnelles, bougies parfumées et objets de la khayamiya s’entremêlent pour former une ambiance festive unique; on y reconnaît immédiatement la signature des « lanternes Ramadan Le Caire ».
Le marché des chandelles : une tradition millénaire
La fabrication et la vente de bougies y remontent aux époques médiévales, lorsque les citadins dépendaient encore de la cire pour s’éclairer. Très tôt, une zone spécialisée s’est formée près de Bab Zuweila où l’on produisait de grandes bougies destinées à illuminer les rues et les rassemblements durant les fêtes religieuses.
Avec le temps, cette activité a survécu aux changements politiques et sociaux. Pourtant, l’arrivée de l’électricité a transformé le rôle des bougies : elles ne servent plus seulement à éclairer mais prennent désormais place dans la décoration et la mise en scène du mois sacré.
Devant la boutique historique
Devant l’ancienne maison de production de cire fondée par Nafisa al-Bayda, aujourd’hui reconvertie en atelier-boutique, les vendeurs proposent une grande variété de produits. Les airs de chansons Ramadan résonnent parfois depuis le comptoir, tandis que les passants s’arrêtent pour choisir une bougie parfumée ou un modèle de lanterne.
Selon un commerçant du lieu, la demande s’est diversifiée : « Les gens ne cherchent plus seulement la bougie pour l’éclairage ; ils veulent des senteurs, des couleurs, des formes qui évoquent la sérénité ou la nostalgie. » Il ajoute également que certains modèles vendus à prix élevés dans les centres commerciaux sont fabriqués localement à une fraction du coût.
Objets et prix : variété et accessibilité
Sur place, l’offre couvre un large éventail d’articles adaptés à tous les budgets. On trouve tant des lanternes d’inspiration mamelouke que des modèles modernes surnommés « Ikea » par les habitants.
- Ensembles de lanternes de style mamelouk : environ 600 livres égyptiennes chez certains artisans, contre près de 2 000 dans d’autres boutiques.
- Lanternes modernes « Ikea » : autour de 60 livres égyptiennes chez les artisans locaux, contre environ 200 ailleurs.
- Bougies décoratives encadrées par motifs ramadanesques : de 50 à 150 livres, selon la taille et le design.
Parmi les innovations, les bougies électriques imitant la flamme ont gagné en popularité : elles préservent les structures fragiles des lanternes anciennes tout en offrant un éclairage sûr et durable.
Sur les étals et dans les ateliers : la vie du vain
À l’extrémité de la rue qui mène au quartier des khayamiya, des artisans façonnent les armatures métalliques des lanternes. Un forgeron explique qu’il se concentre sur la structure en cuivre et en fer, laissant la pose des tissus et l’installation électrique à des artisans voisins.
Ce mode de production segmentée favorise la coopération : « Je pourrais vendre un produit fini, mais je préfère que tout le monde en profite », confie un artisan de troisième génération. Le travail collectif alimente ainsi de nombreuses familles du quartier.
Une économie locale réinventée
Avec l’aide des réseaux sociaux, la demande s’est accrue et diversifiée. De nombreuses mères de famille achètent des lots de lanternes pour les assembler et les revendre depuis chez elles, transformant la tradition en source de revenu complémentaire.
Chaque année, l’artisanat local se renouvelle : les motifs, les parfums et les formes évoluent, mais la convivialité du marché et la joie des préparatifs restent inchangées. À l’approche du Ramadan, les ruelles du Caire continuent d’exhaler une lumière et une chaleur qui rappellent l’attachement profond aux rites et aux savoir-faire populaires.