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Un juge fédéral a temporairement empêché le département de la Défense d’enlever au sénateur Mark Kelly, vétéran de la marine, sa pension de retraite et son grade militaire. La décision, rendue jeudi par le juge Richard J. Leon, constitue un net réprimande contre l’administration Trump, accusée d’avoir voulu étouffer la liberté d’expression des anciens militaires.
Le magistrat a notamment ciblé le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui avait annoncé le 5 janvier la censure de Mark Kelly au motif que ses propos relèveraient de la sédition. Selon le juge, l’initiative gouvernementale visait à punir un ancien officier pour des déclarations tenues dans l’espace public.
Historique de l’affaire
Mark Kelly a déposé une plainte le 12 janvier, alléguant une « représaille punitive » de la part de l’exécutif. Le sénateur démocrate, élu pour représenter l’Arizona, avait publiquement critiqué des décisions militaires de l’administration, notamment l’envoi de troupes à Los Angeles lors des manifestations de juin 2025.
En novembre, Kelly figurait parmi six anciens membres des communautés militaires et du renseignement ayant participé à une vidéo rappelant aux militaires leur devoir de refuser des ordres illégaux. Cette intervention a déclenché une réaction abrupte de l’exécutif, puis une enquête du Pentagone ciblant la vidéo et le rôle de Kelly en tant qu’ancien capitaine de la marine.
Pete Hegseth a accusé Mark Kelly d’exploiter « son grade et son affiliation au service » pour discréditer les forces armées, et a rédigé une lettre de censure formelle. Or, une telle censure peut constituer l’étape préalable à une réduction de grade et à la restriction des prestations de retraite, ce qui a motivé l’action en justice du sénateur.
Une décision tonitruante
Dans son ordonnance, le juge Leon a estimé que Mark Kelly était probablement en mesure de l’emporter sur le fond et a vigoureusement critiqué les arguments du gouvernement. Il a jugé que les défendeurs avaient piétiné les libertés garanties par le Premier Amendement et menacé les droits constitutionnels de millions de retraités militaires.
Le magistrat a souligné la différence entre militaires en service actif et retraités : la discipline des troupes peut justifier certaines restrictions pour les premiers, mais ces raisons ne s’appliquent pas de la même manière aux anciens militaires. Selon lui, les prises de position d’anciens officiers ne compromettent pas l’obéissance ni la cohésion des forces au même degré que celles d’actifs.
Le juge n’a pas hésité à brocarder les arguments de l’administration, parlant de « balivernes » et qualifiant la réponse gouvernementale « d’anémique ». Il a aussi rappelé que la qualité de législateur de Mark Kelly aggravait les atteintes potentielles à la liberté d’expression, car les élus ne peuvent être dissuadés d’exprimer les vues de leurs électeurs sans nuire au fonctionnement du système représentatif.
Réactions et suites
Après l’ordonnance, Mark Kelly a publié une déclaration vidéo dans laquelle il a salué cette victoire provisoire comme un succès pour tous les vétérans. Il a affirmé que l’affaire dépassait son cas personnel et dénoncé ce qu’il estime être une tentative d’intimidation visant des millions de retraités militaires qui s’expriment publiquement.
De son côté, Pete Hegseth a indiqué que l’administration ferait appel immédiatement et qu’elle continuerait de contester la décision. L’injonction bloquant la censure et la réduction de prestations est pour l’heure temporaire et restera en vigueur jusqu’à ce que le litige soit tranché.
Cette affaire, très politisée, pourrait encore évoluer rapidement au gré des procédures d’appel, alors que Mark Kelly est également présenté comme un possible candidat démocrate pour la présidence en 2028.