Accueil ActualitéSécurité et défenseYémen et Soudan : conséquences d’une victoire de la fragmentation

Yémen et Soudan : conséquences d’une victoire de la fragmentation

par Sara
Yémen, Soudan, Israël, Arabie Saoudite, Égypte

La montée simultanée de violences au Soudan et d’un regain de tensions au Yémen dessine un tableau inquiétant : des projets coordonnés de fragmentation exploitent des milices locales pour fragiliser des États et redessiner des équilibres régionaux. Ainsi, derrière des crises apparemment distinctes se profilent des mécanismes communs — militarisation de la politique, appui extérieur aux groupes armés et tentative de légitimation par des reconnaissances internationales — qui menacent la souveraineté et la stabilité de toute la région.

Un projet de fragmentation coordonné

Depuis quelques années, les événements se sont accélérés, rendant visible un schéma d’ingérence récurrent. En effet, des acteurs externes et des réseaux de soutien ont encouragé l’émergence de forces parallèles, créant des foyers de pouvoir rivaux aux institutions étatiques.

Par conséquent, ce phénomène ne se limite pas à des rivalités internes : il s’inscrit dans une logique stratégique visant à affaiblir des États clés, à contrôler des ressources et des voies maritimes et, à terme, à cerner des puissances régionales.

Les leviers utilisés

Plusieurs instruments reviennent dans les deux dossiers, révélant une méthodologie commune.

  • Création et armement de milices. Des forces comme la « Force de soutien rapide » au Soudan et certaines milices soutenues dans le sud du Yémen ont été équipées et financées pour devenir des acteurs incontournables sur le terrain, parfois au mépris des condamnations internationales.
  • Sécession et imposition d’un nouvel ordre. Lorsque le contrôle direct échoue, ces groupes font basculer leurs ambitions vers des projets séparatistes, imposant des faits accomplis et cherchant la reconnaissance externe comme monnaie d’échange politique.
  • Militarisation de l’économie civile. Le mélange d’intérêts économiques — exploitation de ressources, investissements protégés militairement — et d’activités politico-militaires empêche la structuration d’un espace civil autonome et stable.
  • Légitimation externe. Enfin, la recherche d’appuis diplomatiques, y compris des promesses d’échanges de reconnaissance avec des puissances extérieures, sert à blanchir politiquement des projets séparatistes.

Le rôle des accords de normalisation

Les accords de normalisation récents ont modifié les rapports de force régionaux en intégrant Israël à certains réseaux politiques et économiques du Moyen-Orient. De ce fait, la perception d’un allié alternatif à l’État-nation a gagné du terrain chez certains belligérants.

En conséquence, la dynamique d’acceptation d’Israël dans certains milieux politiques a servi d’argument pour certains leaders de milices, qui ont ouvertement évoqué la perspective d’échanges diplomatiques en cas de création d’entités séparées. Ce phénomène amplifie l’effet d’isolement et de vulnérabilité des États visés.

Impacts sur la sécurité régionale

Les conséquences dépassent les frontières nationales. D’abord, l’éclatement de la cohésion étatique au Soudan et au Yémen fragilise des routes maritimes stratégiques comme le Bab el-Mandeb et le corridor de la mer Rouge.

Ensuite, l’affaiblissement d’États comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite par un encerclement progressif sape des garanties de sécurité collective dans la région. Enfin, la prolifération d’armes et de milices transnationales augmente le risque d’escalade et de conflits par procuration à grande échelle.

Actions nécessaires à court et long terme

À court terme, il faut soutenir les institutions légitimes au Yémen et au Soudan pour restaurer l’autorité de l’État et réduire l’emprise des milices sur les territoires et l’économie.

À plus long terme, les États arabes doivent unir leurs approches en matière de sécurité nationale : redéfinir collectivement les priorités, renforcer les mécanismes de coopération régionale et réinvestir dans des initiatives diplomatiques crédibles pour gérer les conflits et protéger les voies maritimes et les ressources vitales.

  • Renforcement des structures étatiques et des capacités de sécurité légitimes.
  • Contrôle des flux d’armement et surveillance accrue des circuits financiers alimentant les milices.
  • Relance d’un dialogue régional visant à coordonner réponses politiques et humanitaires, tout en élargissant la coopération avec acteurs internationaux porteurs de stabilité.

Si aucune riposte coordonnée n’est entreprise, la fragmentation au Yémen et au Soudan risque de devenir un modèle réplicable ailleurs, creusant un fossé dont le prix se paiera collectivement. Dès lors, l’enjeu est clair : la restauration de l’unité et de la souveraineté nationale est devenue une condition indispensable pour préserver la sécurité et le développement de la région.

source:https://www.aljazeera.net/opinions/2026/2/16/%d8%a7%d9%84%d8%af%d9%88%d9%84%d8%a9-%d9%85%d9%82%d8%a7%d8%a8%d9%84-%d8%a7%d9%84%d9%85%d9%84%d9%8a%d8%b4%d9%8a%d8%a7-%d9%85%d9%88%d8%a7%d8%ac%d9%87%d8%a9-%d9%85%d8%b4%d8%b1%d9%88%d8%b9

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