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La saison dramatique du Ramadan 2026 marque un tournant notable : une vague de séries inspirées de faits réels occupe désormais le devant de la scène en Égypte et en Palestine. Ces fictions, proches de récits judiciaires ou de reportages sociaux, cherchent à refléter les tensions du quotidien et à susciter le débat public.
Plutôt que de se cantonner au divertissement, les créateurs plongent dans des dossiers sensibles — justice, pression sociale, guerre — pour offrir des récits ancrés dans la réalité. Cette tendance interroge autant qu’elle capte l’attention du public.
« Ifraj » : la prison comme point de départ
Parmi les titres phares figure « Ifraj », porté par Amr Saad, qui s’impose comme un exemple de série inspirée d’une affaire réelle ayant provoqué de vifs débats. Le héros, Abbas al-Rais, commet un crime contre ses proches et passe quinze ans en prison avant de retrouver une société différente de celle qu’il avait quittée.
Le récit ne se limite pas à la reconstitution de l’acte criminel : il explore la quête de pardon et la difficile réinsertion d’un homme confronté à des regards et des blessures profondes. Le casting réunit Abdel Aziz Makhyoun, Tara Emad, Sama Ibrahim et Hatem Salah, sous la plume d’Ahmed Halaba, Mohamed Fawzi et Ahmed Bakr, et la direction d’Ahmed Khaled Moussa.
« Hekayat Nargis » : infertilité et pressions sociales
« Hekayat Nargis », avec Riham Abdel Ghafour en tête d’affiche, aborde une problématique sociale très concrète : la stigmatisation des femmes incapables d’enfanter. La série s’inspire d’un dossier réel pour mettre en lumière les conséquences psychologiques et sociales de ces jugements.
La protagoniste, issue d’un milieu populaire, est abandonnée après que son mari se remarie en raison de son incapacité à concevoir. Poussée au bord de la rupture, elle invente une famille fictive pour échapper à la honte et aux pressions. Le format compte quinze épisodes et propose une réflexion sur les normes et les préjugés qui conditionnent les vies individuelles.
« Roj Aswad » : les affaires de la cour de la famille
Au cœur des salles d’audience, « Roj Aswad », mené par Rania Youssef, assemble cinq histoires réelles tirées des dossiers de la cour de la famille. Les thèmes vont du divorce à la trahison, en passant par la violence et l’abandon, offrant une mosaïque de situations féminines contemporaines.
Parmi ces récits, l’une des intrigues met en scène une femme qui sacrifie une partie de son foie pour sauver son mari, avant d’être rejetée et expulsée du foyer. La série transforme ainsi la fiction en laboratoire pour questionner la justice sociale et la place des femmes au sein du foyer.
« Sahab al-Ard » : amour et résistance en temps de guerre
« Sahab al-Ard », porté par Mona Shalaby et Eyad Nassar, s’appuie sur des faits réels liés à la guerre à Gaza pour raconter une histoire d’amour née en pleine violence. Le projet mêle témoignage humain et dramatique, où l’espoir devient une stratégie de survie.
Au-delà de la romance, la série tente de documenter de manière dramatique des souffrances encore en cours, en rendant visibles des épisodes de résistance quotidienne. Le scénario est signé Ammar Sabry et la mise en scène par Peter Mimi.
« Manaa » : trajectoire d’une femme dans l’ombre du crime
Hend Sabri fait son retour dans la fiction du Ramadan avec « Manaa », inspirée d’une histoire vraie survenue dans le quartier de la Batiniyya dans les années 1980. Elle y incarne Gharam, une femme qui se retrouve responsable de sa famille après la mort de son mari, impliqué dans le trafic de marchandises illicites.
La série suit la transformation de la protagoniste, de femme soumise à figure de force, confrontée à un environnement impitoyable. Le ton populaire du récit met en lumière des conflits sociaux et économiques enracinés.
Entre crédibilité et sensationnalisme
Ce basculement vers les séries inspirées de faits réels répond à une demande d’authenticité : le recours à des histoires issues du réel renforce la crédibilité et l’attraction médiatique des projets. En revanche, le choix narratif comporte des risques.
En effet, une approche superficielle peut transformer des drames humains en simple moteur de sensation, au détriment de la complexité des situations et du respect des personnes concernées. Ainsi, la qualité des scénarios et la rigueur du traitement resteront déterminantes pour que ces œuvres servent davantage la réflexion que l’émotion immédiate.