Le Maroc a rejeté jeudi les accusations espagnoles qui le soupçonnent d’avoir facilité le passage massif de migrants vers Ceuta fin juillet, en affirmant qu’aucun élément n’établit son implication dans cette opération. Le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a fait savoir qu’il regrettait ces mises en cause et s’y opposait, au moment où la controverse déborde du terrain diplomatique pour entrer dans la justice espagnole et dans la campagne qui précède les élections prévues d’ici mi-2027.

Dans son communiqué, le ministère estime que « certains milieux politiques et médiatiques espagnols » continuent d’utiliser le Royaume au service d’agendas intérieurs. La riposte vise notamment des autorités judiciaires espagnoles, qui ont évoqué de leur côté une « opération d’acheminement et de facilitation indéniable » attribuée au côté marocain.

Des accusations judiciaires que Rabat dénonce comme un bourbier politicien

Le texte marocain déplore que des partis historiques, « réputés rompus à l’exercice du pouvoir », tombent dans ce qu’il appelle un bourbier où « les surenchères irrationnelles et la démagogie » l’emportent sur la voix de la raison. Il exprime en outre son regret de voir des institutions législatives et judiciaires « estimées » adopter des initiatives jugées maladroites qui alimentent le désaccord entre les deux pays.

Cette formulation vise la période récente : depuis le passage massif de fin juillet, l’opposition espagnole a fait de la relation entre la coalition du chef du gouvernement Pedro Sánchez et Rabat une cible récurrente, accusant le Maroc d’avoir facilité, voire organisé, le mouvement.

Ce que contiennent les documents publiés par Madrid

Mercredi, des documents publiés par le gouvernement espagnol ont montré que les services de renseignement et de sécurité espagnols avaient alerté leurs homologues marocains ainsi que Madrid de plans d’assaut sur Ceuta, un jour avant que les migrants ne se précipitent vers l’enclave. Le gouvernement Sánchez, lui-même mis en cause, nie l’existence de « preuves accablantes » d’une implication du Maroc dans la facilitation du passage, et Pedro Sánchez a de nouveau accusé l’État sioniste, la Russie et des groupes d’extrême droite d’être derrière des campagnes de désinformation liées à l’afflux.

De son côté, l’Audience nationale, haute juridiction madrilène compétente pour les faits commis hors d’Espagne, a estimé dans un communiqué que ces événements « pourraient constituer plusieurs infractions, notamment des crimes portant atteinte à la sécurité de l’État espagnol ou à son indépendance ».

Le passage de juillet, les morts et l’échéance électorale espagnole

Sur plusieurs jours en juillet, plus de 70 000 personnes, pour l’essentiel des jeunes, ont passé du Maroc vers Ceuta après des appels relayés sur les réseaux sociaux. La plupart sont revenues depuis, mais des organisations non gouvernementales font état de plus de 100 personnes ayant perdu la vie dans ces tentatives, les bilans divergents du passage de fin juillet.

Le ministère marocain affirme que le Royaume « refuse d’être une marchandise à l’approche des élections » et qu’il « n’accepte pas d’être un bouc émissaire dans un règlement de comptes politiques ». Les élections nationales espagnoles doivent se tenir d’ici au milieu de l’année 2027, et la gestion de cette crise pèse d’ores et déjà sur le débat.

Source

Al Jazeera, المغرب يرفض اتهامات إسبانية بتسهيل العبور الجماعي إلى سبتة, 11 septembre 2026.