Depuis trois jours, les agriculteurs de la Coordination Rurale 46 se sont installés sur le rond-point d’entrée de l’autoroute A20, à Montfaucon, transformant ce lieu en campement improvisé. Leur objectif est d’être entendus sur leurs revendications, même si le plan initial a dû céder face à la réalité des autorisations. Voici ce qui s’est vécu durant une nuit au barrage.

La nuit sur le barrage
La nuit est tombée et l’air est glacé. La route bloquée résonne du bourdonnement des générateurs, du moteur des tracteurs qui chauffent et du crépitement d’un feu de palettes. Autour, une trentaine d’agriculteurs tentent de se réchauffer, tandis que des voix paraissent et s’éparpillent dans le tumulte des bottes de paille. Derrière une tonnelle dissimulée par du foin, c’est ici que se regroupent les manifestants. Ce vendredi, ils forment une trentaine de personnes déterminées à tenir.

Un repas se prépare sur une petite gazinière posée au ras du sol. Il est presque 23 heures et les paysans se nourrissent tout en échangeant sur les conditions de vie et les soutiens reçus. « Pour se nourrir, on fait appel à nos partenaires avec qui on travaille toute l’année. On leur demande de renvoyer l’ascenseur », explique l’éleveur. Magrets de canard de La Quercynoise ou steaks issus de l’atelier de découpe de Saint-Céré, certains supermarchés répondent présents, même si l’on souhaiterait ce soutien dans les rayons tout au long de l’année. Des soutiens locaux, par exemple de Lotois, apportent parfois des victuailles. Des palettes font office de tables et, dessus, on trouve fromage, pain et gâteaux pour se réchauffer autour d’un café. Dans leurs mains calleuses, les gobelets et les regards s’échangent, cherchant chaleur et réconfort.

La soirée avance, mais la nuit ne fait que commencer. Pendant que certains veillent, d’autres s’endorment dans leurs tracteurs ou leurs voitures, le moteur allumé pour le chauffage. Cette nuit, les températures ne dépassent pas 5 °C. « Va au lit, tu dois être fatigué ! » plaisantent-ils lorsque la relève est assurée. Le lendemain, tous regagneront leurs fermes; leurs bêtes ont besoin d’eux. Et dès que possible, ils reviendront au barrage pour assurer une rotation qui permet au camp de rester occuper.
Des revendications et une perspective d’avenir
« Ce ne sont pas des vacances. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on fait ça, c’est éprouvant physiquement et mentalement », souligne Clément Desport, coprésident de la CR46. Cette fois, les agriculteurs n’entendent pas baisser les bras. Ils resteront sur place tant que leurs revendications n’auront pas reçu une écoute réelle du gouvernement. « Ce qui a tout déclenché, c’est la DNC et l’abattage systématique des cheptels. La Pac 2027 va être catastrophique », ajoute-t-il. « On demande un revenu digne pour ce qu’on fait. En France, plus de 80 % des exploitations sont en dessous des 800 €. »
Au cœur du camp, les chiffres nourrissent les inquiétudes. Dans le Lot, lors des dernières élections à la chambre d’agriculture, environ 3 700 exploitations existaient; dans cinq ans, elles seraient environ moitié moins. Cette perspective fait craindre pour l’avenir et renforce la solidarité entre agriculteurs déterminés à garder leurs terres et à travailler.

Les agriculteurs partagent leurs quotidiens et leurs espoirs; l’ambiance est détendue, ponctuée de rires, mais leurs préoccupations reviennent sans cesse. Le Mercosur demeure un point central : l’accord est en cours de ratification et l’échéance du 17 janvier est évoquée comme un moment clé. Des décrets français resteront soumis à une validation européenne et, selon les manifestants, cela pourrait nourrir encore davantage leur colère. Dans leurs yeux, la flamme du feu crépite autant que leur détermination à protéger l’agriculture française.
Nous sommes confrontés à une situation où, même si les mesures restent incertaines, les agriculteurs estiment qu’il n’est pas trop tard pour agir afin de préserver leurs terres et leur métier.