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Analyse des doléances des Français : le grand débat décrypté

par Sara
France

En exclusivité, L’Express publie des extraits de la première recension d’ampleur des contributions au grand débat national lancé par Emmanuel Macron à la suite du mouvement des gilets jaunes. L’étude pilotée par la Fondation Jean-Jaurès et Arlequin AI porte sur une part des contenus déposés en ligne lors de cette consultation. Par son ampleur (plus de 400 000 répondants) et son large spectre (plus de 80 questions ouvertes), elle offre un coup de sonde inédit dans la société française, qu’un livre restitue en chapitres thématiques, détaillés par des experts de la Fondation.

Le paradoxe du consensus

L’étude croisée des réponses met en évidence un premier paradoxe : nombre de questions ne sont pas intrinsèquement clivantes. Les auteurs de ce rapport ont tous été étonnés par les nombreux éléments de consensus remontant de la société française, sur des sujets tels que la prise en compte du vote blanc ou encore l’importance des services publics de santé et d’éducation. Ces consensus sont d’autant plus spectaculaires qu’ils demeurent précisément en marge du champ des affrontements politiques et partisans. Les sujets faisant l’objet d’une large adhésion dans l’opinion ne permettent pas aux élus, dirigeants et partis de se distinguer dans l’offre politique.

L’analyse du grand débat nous rappelle donc une première règle élémentaire : la persistance des thématiques polarisantes dans le débat public reflète souvent davantage le jeu de la concurrence entre les partis que la polarisation réelle des électeurs.

Les sources de mécontentement

Cependant, le consensus n’est pas toujours synonyme d’opinion favorable. L’outil Arlequin révèle que près de trois quarts des répondants expriment une attitude de défiance ou de mécontentement sur au moins une des thématiques abordées (transition écologique, fiscalité, organisation de l’Etat et des services publics, démocratie et citoyenneté). L’un des principaux consensus négatifs concerne la défiance des Français à l’égard de leurs représentants et des institutions. Cette crise de la représentation s’exprime souvent sur le registre du vécu personnel.

Les réponses des « petites gens » qui viennent avec des demandes et des doléances, montrent qu’elles n’ont pas l’habitude du langage officiel. Ce qui entraîne souvent des frustrations et des réactions émotionnelles.

Les quatre groupes de répondants

L’outil Arlequin a permis d’extraire quatre groupes principaux sur la base des réponses des 400 000 participants aux 80 questions de la consultation. En traitant l’ensemble des contributions déposées par chaque répondant individuel, l’outil a progressivement regroupé les personnes qui expriment les positions les plus proches les unes des autres.

Ces quatre groupes rassemblent près de 94 % des Français ayant contribué à la consultation :

  1. Les civiques (36 % des répondants)
  2. Les conservateurs (13,7 % des répondants)
  3. Les éco-focalisés (15,8 % des répondants)
  4. Les pessimistes (29 % des répondants)

Il est important de noter que le fonctionnement de l’IA ici ne répond pas à des catégories préétablies par l’humain, permettant une émergence des groupes basés sur les données elles-mêmes, sans biais.

Groupe 1 : Les civiques

Le groupe des « civiques » constitue le bloc le plus important, représentant près de 36 % des répondants (environ 90 000 personnes). Ce groupe se caractérise par des revendications fortes en matière de réformes politiques, notamment la mise en place du non-cumul des mandats pour les parlementaires.

Ils expriment une attention particulière à la transparence de la vie publique, à la lutte contre la corruption et à l’engagement citoyen, avec des attentes concernant le vote blanc et les référendums d’initiative citoyenne.

Groupe 2 : Les conservateurs

Ce groupe représente 13,7 % des répondants et se distingue par ses revendications en matière de réforme fiscale. Ils plaident pour une réduction des dépenses publiques et une baisse des impôts, notamment locaux, tout en appelant à une harmonisation des régimes fiscaux au niveau européen.

Les membres de ce groupe mettent également en avant une demande de protection sociale ciblée vers les plus vulnérables, tout en se montrant moins préoccupés par la probité des responsables publics.

Dépenses publiques en France

Groupe 3 : Les éco-focalisés

Ce groupe, représentant 15,8 % des répondants, est fortement impliqué dans des thématiques environnementales. Ils expriment des attentes en matière de transition énergétique et de défense des infrastructures de transport, en particulier ferroviaires.

La préoccupation pour les zones rurales est marquée, avec des demandes d’aides économiques pour faire face à la précarité énergétique.

Groupe 4 : Les pessimistes

Les pessimistes, représentant 28 % des participants, se montrent les plus défiants envers les autorités et institutions. Ils expriment une vision désabusée de l’avenir de la société française, souvent éloignés de la participation politique.

Ce groupe évoque des difficultés dans l’accès aux services publics et appelle à une protection sociale plus efficace, bien que leurs revendications politiques ne soient pas clairement formulées.

Rôle de l’intelligence artificielle dans l’analyse

Le rapport officiel de restitution du grand débat national, produit en 2019, n’a pu porter que sur 3 % du corpus total des contributions, en raison de contraintes technologiques. L’apport de l’intelligence artificielle offre désormais la possibilité d’explorer des dynamiques d’expression et profils sociaux des citoyens, ouvrant un vaste champ d’analyses futures.

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