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Malgré l’image affichée par les autorités, l’économie israélienne révèle une réalité très différente sous la surface. Des indicateurs macroéconomiques paraissent stables — taux de change du shekel, activité boursière, émissions d’obligations — mais ces signes cachent une dépendance forte aux soutiens extérieurs et à un projet politico-militaire qui pèse sur les finances publiques. On parle ainsi d’une économie qui vit en grande partie grâce à des « respirateurs » financiers, une situation que certains qualifient d’économie zombie israélienne.
Qu’est-ce que l’économie « zombie » ?
Le concept d’« économie zombie » est apparu dans les années 1990 pour décrire le Japon après l’éclatement de sa bulle d’actifs. Des banques et entreprises survivaient grâce à des aides et des crédits bon marché, malgré l’absence de viabilité réelle.
Depuis, des économistes ont utilisé cette notion pour d’autres pays dépendant d’aides externes ou d’interventions publiques répétées. Une économie zombie manque de croissance autonome et s’appuie sur des flux financiers externes pour maintenir une activité économique en apparence normale.
Indicateurs de stabilité apparente
À première vue, plusieurs chiffres donnent l’illusion d’une économie résistante, même en temps de crise ou de guerre.
- Le taux de change : le shekel est resté relativement stable face au dollar et à l’euro. Il valait environ 3,38 pour un dollar au 15 août 2023 et s’est amélioré à environ 3,23 en 2025, malgré la guerre prolongée.
- La bourse : la Bourse de Tel-Aviv continue d’attirer des capitaux nationaux et étrangers, affichant des niveaux élevés de transactions.
- Le marché obligataire : le gouvernement a réussi à vendre des obligations internationales pour des milliards de dollars, ce qui témoigne d’une confiance des investisseurs encore relative.
- Le PIB : il est passé de 513,6 milliards de dollars en 2023 à 540,38 milliards en 2024, avec des prévisions autour de 574 milliards en 2025, malgré la mobilisation de dizaines de milliers de réservistes.
Cependant, ces indicateurs masquent des tensions financières structurelles croissantes.
Les marchés financiers forment une façade brillante qui ne reflète pas nécessairement la solidité sous-jacente.
Racines de la fragilité
En examinant la structure économique, plusieurs vulnérabilités apparaissent clairement :
- Dépendance au soutien américain : l’aide annuelle dépasse 3,8 milliards de dollars, principalement destinée au secteur militaire.
- Coûts liés à l’occupation : construction de colonies, gestion des points de contrôle et dépenses militaires ont représenté 250 milliards de shekels (environ 73,3 milliards de dollars) jusqu’en mai 2024.
- Dégradation des finances publiques : le déficit s’est creusé depuis la dernière guerre à Gaza, avec des dépenses militaires excédant 7,7 % du PIB.
- Sensibilité à la technologie militaire : une partie importante de l’économie repose sur la production technologique à vocation défensive, exposant le pays aux aléas politiques et sécuritaires.
- Inégalités régionales et sociales : la croissance est concentrée dans certaines zones, tandis que de larges pans de la population vivent dans une pauvreté relative.
- Confiance des investisseurs en baisse : renchérissement des coûts d’assurance des obligations et dégradations des notations de crédit.
La dimension idéologique du modèle économique
L’économie israélienne est indissociable du projet politique et militaire qui lui sert de socle. Une large part de la société accepte des sacrifices économiques — baisse du niveau de vie, hausse des prélèvements — au nom du maintien de la supériorité militaire et du contrôle territorial.
Dans cette logique, l’économie devient un instrument au service d’un objectif politique plutôt qu’un moyen prioritaire d’améliorer le bien-être général.
Comparaisons internationales
Sur certains points, l’expérience israélienne rappelle celle du Japon des années 1990 : des signes de vie économique avec des fragilités cachées. Cependant, le volet militaire et sécuritaire ajoute une couche de complexité propre à Israël.
D’autres pays comme l’Argentine ou la Grèce illustrent comment le recours prolongé aux aides et aux emprunts peut mener à des effondrements répétés. La situation israélienne reste toutefois distincte en raison du soutien occidental continu et du contexte régional.
Scénarios d’avenir
Plusieurs trajectoires sont envisageables pour l’économie israélienne :
- Maintien du statu quo : poursuite de la dépendance aux soutiens externes avec une croissance limitée — scénario le plus probable.
- Aggravation des crises : un nouveau conflit majeur ou une escalade régionale pourrait déclencher une crise financière difficile à contenir.
- Pressions internationales accrues : un resserrement des aides ou l’imposition de restrictions par des partenaires occidentaux révélerait rapidement la vulnérabilité économique.
Aujourd’hui, l’économie israélienne ressemble à un corps maintenu en mouvement par des dispositifs de réanimation externes : des signes extérieurs de vigueur, mais une capacité réduite à assurer une vie économique autonome et durable.
L’avenir dépendra de la capacité à réformer ses structures profondes et de la volonté des soutiens internationaux de poursuivre leur appui dans un contexte évolutif.