Publiée jeudi 10 septembre, la note de conjoncture de l’Insee, son diagnostic à court terme de l’économie, s’intitule « Vigilance orange sur la croissance ». Elle ramène la prévision de croissance française pour 2026 à +0,4 %, contre +0,7 % précédemment, et anticipe un pouvoir d’achat en retrait de 0,4 % sur l’année.

Ce recul ne viendrait pas des salaires, qui suivraient tout juste les prix, mais de l’emploi, pendant que l’inflation (2,4 % en août) devrait encore monter d’ici décembre. L’institut y décrit une rentrée sous tension : croissance en net retrait, inflation repartie à la hausse, emploi salarié en repli — et des ménages contraints d’arbitrer.

Une note « Vigilance orange » qui ramène la croissance à +0,4 %

Après les +0,9 % constatés en 2025, ce +0,4 % serait, s’il se confirmait, le plus faible depuis 2012, hors Covid. La trajectoire trimestrielle reste atone : -0,2 % au premier trimestre, 0,0 % au deuxième, puis +0,1 % et +0,2 %. « A rebours de ses voisins », a résumé Dorian Roucher, responsable du département de la conjoncture de l’Insee, lors de la conférence de presse rapportée par franceinfo : « en moyenne annuelle, elle ferait pâle figure à côté de ses voisins ».

Pourquoi le pouvoir d’achat reculerait de 0,4 %

Le premier moteur est l’emploi salarié : après 48 000 postes détruits en 2025, 52 000 le seraient en 2026, et le chômage grimperait à 8,6 % fin d’année malgré 95 000 créations d’emplois non salariés. Le second est le salaire réel : les négociations suffiraient tout juste à compenser la hausse des prix, pendant que l’inflation — mesurée par l’indice des prix à la consommation — passerait de 2,4 % en août à 2,9 % fin d’année (gaz, produits manufacturés, certains services, légumes frais).

Pour maintenir une consommation en hausse de 0,3 %, les ménages devraient puiser dans leur épargne : services arbitrables réduits au minimum, ruée sur climatiseurs et ventilateurs, véhicule électrique acheté sans tarder pour s’affranchir du pétrole. Une perte qui toucherait « une large partie des ménages », selon le billet éco de franceinfo : le taux d’épargne, autour de 17 % du revenu, ménage une marge aux plus aisés, pas aux fins de mois déjà difficiles. Or les chiffres de fin août montraient déjà un PIB stable et un pouvoir d’achat en baisse.

Trois fois moins que ses voisins : les raisons du décrochage

Au printemps, les quatre principales économies de la zone euro ont progressé de 0,3 %, le Royaume-Uni de 0,4 %. La France, seule grande économie avancée où l’activité freinerait significativement en 2026, ferait « trois fois moins » que ses voisins en moyenne annuelle. La note nomme les causes : retournement des travaux publics lié au cycle électoral municipal, canicules coûtant 0,1 point de croissance (essentiellement l’agriculture), marché du travail plus dégradé qu’ailleurs en Europe, impulsion budgétaire moins favorable, et la fermeture du détroit d’Ormuz (environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux y transitent), qui a « un peu entravé » cette dynamique. Seul soutien franc : le commerce extérieur, porté par l’aéronautique et le naval.

Ce qui peut encore faire varier ces chiffres

Ce diagnostic s’inscrit dans un environnement international tendu : inflation à 3,3 % dans la zone euro en août, baril autour de 90 $, taux obligataires en hausse des deux côtés de l’Atlantique. Deux limites bornent la lecture de ces chiffres : les effets de la canicule sur le troisième trimestre ne sont pas encore totalement connus, et un apaisement au Proche-Orient, accompagné d’une baisse du pétrole, ne peut pas être complètement exclu — même si une résolution rapide de la crise paraît improbable.

D’ici décembre, certains freins se lèveraient d’eux-mêmes : l’essentiel des effets agricoles des vagues de chaleur est déjà enregistré dans les comptes du premier semestre, la chute de la production des travaux publics s’atténuerait à l’automne, et le climat des affaires, ressaisi en août, se rapproche de sa moyenne de longue période. De quoi renouer avec une croissance légère, sans effacer un premier semestre atone.