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Quatre décennies après son arrivée au pouvoir, Yoweri Museveni conserve une emprise spectaculaire sur l’Ouganda, phénomène qui n’est pas isolé en Afrique. De Kampala à Brazzaville, plusieurs dirigeants, souvent qualifiés de « dirigeants africains à vie », combinent élections routinières, répression ciblée et alliances extérieures pour prolonger leur autorité.
Ouganda : répression, clientélisme et succession en filigrane
Installé à la présidence depuis 1986, Museveni demeure l’un des leaders les plus anciens du continent. Son retour au pouvoir s’est fait après une longue guérilla, expérience qui, selon des observateurs, a façonné sa conception de l’usage de la violence comme outil politique.
Ces dernières années, l’État a répondu avec force aux mobilisations de l’opposition, notamment celles organisées autour de la figure populaire de Robert « Bobi Wine » Kyagulanyi. Arrestations arbitraires, violences lors de rassemblements et détentions prolongées d’opposants illustrent une stratégie visant à décourager la contestation.
À l’intérieur de son cercle, Museveni apparaît également adepte du clientélisme : des proches peuvent être tolérés dans des pratiques de corruption qui deviennent ensuite des leviers de contrôle. Parallèlement, la suppression des limites de mandat et la promotion au sein de l’armée de son fils, désormais chef d’état-major, alimentent les craintes d’une succession dynastique.
Enfin, le rôle régional de l’Ouganda — contributions militaires dans des opérations en Afrique de l’Est et accueil massif de réfugiés — lui permet de préserver des appuis internationaux et une aide extérieure importante, malgré les critiques liées au déclin démocratique.
Cameroun : l’élection comme instrument et l' »absentéisme » présidentiel
Au Cameroun, Paul Biya est au pouvoir depuis 1982 et a obtenu un nouveau mandat lors du dernier scrutin. Surnommé parfois « président absent », il passe de longues périodes hors de la scène publique, ce qui alimente les spéculations sur son état de santé mais n’affaiblit pas sa mainmise politique.
Les analystes soulignent que Biya sait tirer parti des élections : loin d’être purement cérémonielles, elles sont orchestrées pour légitimer un pouvoir déjà consolidé. Le régime mise aussi sur des campagnes d’information destinées à exploiter les clivages ethniques, en présentant l’opposition comme un facteur de division.
La répression se manifeste « de manière sélective » selon des observateurs : la liberté d’expression existe à des degrés variables, mais la frontière entre critique tolérée et acte punissable reste floue, ce qui pousse de nombreux citoyens à l’autocensure. La crise dans les régions anglophones et la réponse violente des forces de sécurité ont, de plus, durablement fragilisé la stabilité nationale.
Malgré l’entourage proche qui profite du statu quo, Biya n’a pas désigné de successeur visible, ce qui laisse planer l’incertitude sur l’avenir politique du pays en cas de départ brutal du président.
République du Congo : pétrole, réseaux et appuis internationaux
Denis Sassou Nguesso, qui dirige le Congo-Brazzaville depuis plusieurs décennies, s’appuie sur une combinaison de ressources pétrolières, d’alliances étrangères et de liens familiaux pour maintenir son autorité. Après une prise de pouvoir marquée par un conflit armé, il a ensuite consolidé son contrôle en supprimant les limites de mandat.
La richesse pétrolière du pays n’a pas été synonyme de développement généralisé ; la corruption et le clientélisme restent des obstacles majeurs. Les réseaux internationaux de soutien — historiques puis réorientés — ont joué un rôle central : l’influence française, très présente durant de longues années, s’est atténuée sous la pression de la société civile et d’enquêtes sur des biens détenus à l’étranger.
Face à ces remises en question, Brazzaville s’est tourné vers de nouveaux partenaires, en particulier la Chine, qui offre des prêts et des investissements en contrepartie d’intérêts économiques. Ces appuis extérieurs servent de bouclier diplomatique et économique, renforçant la position du chef de l’État sur la scène internationale.
Mécanismes communs des « dirigeants africains à vie »
Au-delà des particularités nationales, des méthodes récurrentes se dégagent chez ces dirigeants qui prolongent leur mandat de façon prolongée.
- Élections organisées mais contrôlées : un cérémonial qui confère une légitimité formelle tout en limitant la compétition réelle.
- Répression ciblée : usage de la force et poursuites judiciaires pour neutraliser l’opposition sans provoquer un rejet massif immédiat.
- Clientélisme et maîtrise des élites : détention d’informations compromettantes et distribution de privilèges pour assurer la loyauté.
- Alliances étrangères : appuis diplomatiques ou économiques qui offrent protection et ressources pour maintenir le pouvoir.
Ces leviers combinés transforment les instruments démocratiques en mécanismes de conservation du pouvoir.
Les élections restent une voie de contestation
Pour autant, experts et militants insistent : abandonner les élections n’est pas une option. Malgré leur capture, ces scrutins restent le cadre légitime où les citoyens peuvent exprimer leur choix.
Les voix de l’opposition, les mouvements citoyens et les institutions juridiques sont appelés à se mobiliser simultanément : manifestations pacifiques, procédures judiciaires et campagnes de sensibilisation peuvent affaiblir la mainmise des régimes et relancer des dynamiques démocratiques.
La lutte pour des élections libres est donc à la fois un combat interne — contre la répression et la corruption — et un défi collectif, impliquant sociétés civiles, médias indépendants et pressions internationales pour restaurer des institutions crédibles.