À Rennes, dans les quartiers prioritaires de Villejean, le Blosne et Bréquigny, des centaines d’habitants font face à de longues coupures de chauffage et d’eau chaude ces derniers mois. Exaspérés, ils s’organisent pour obtenir des réponses et des solutions concrètes.
À Villejean, des habitants de l’avenue Doyen Colas préparent une pétition pour obtenir des engagements des bailleurs sociaux sur ces problématiques de chauffage. Un mouvement similaire prend forme au Blosne, où des résidents envisagent des actions collectives.
Ce matin-là, le square des Grisons est enveloppé de bruine. Le haut des tours porte une brume persistante et la neige a été remplacée par des températures plus clémentes, autour de 10 °C, alors que les semaines passées ont vu des températures plus basses en Bretagne.
Pour beaucoup d’habitants alimentés par le réseau de chaleur urbain, les coupures de chaleur et d’eau chaude surviennent par intermittence depuis plus de deux semaines. Samia, résidente du 2 square des Grisons, raconte qu’au pire de la vague de froid, la température dans son appartement est descendue sous les dix degrés. Sa voisine a fini par obtenir un chauffage d’appoint du bailleur Archipel Habitat; Samia préfère s’en sortir avec des doudounes et des bouillottes.
Le cas des deux immeubles du square des Grisons illustre bien ces difficultés. Le réconfort apporté par un radiateur électrique n’est pas accepté par tous les habitants, notamment pour des raisons financières et techniques: « Qui va payer la facture ? » demande Jean-René Cresset, voisin dont le radiateur semble dater des années 80. Le bailleur a répondu que la distinction entre chauffage et autres usages serait difficile à établir.
Au nord, à Villejean, Annie-Franck, malade depuis une semaine, souffre aussi des conditions. Le thermostat de son appartement affichait 14 °C la semaine dernière et elle dit devoir porter deux paires de chaussettes et se couvrir de couettes pour dormir et travailler sa semaine de convalescence.
Face à l’insatisfaction, les habitants organisent une mobilisation: environ dix personnes sur l’avenue Doyen Colas préparent un collectif pour faire pression sur les bailleurs sociaux; ESPACIL est demandé à une réunion le 13 janvier. Au Blosne, une action collective s’enclenche aussi, avec l’objectif de mettre en demeure Archipel Habitat, le bailleur qui gère les immeubles des Grisons.
Archipel Habitat affirme que les difficultés sont d’ordre technique et qu’elle n’a pas la main sur l’ensemble des pannes: elles touchent aussi des logements privés chauffés par le réseau urbain. Certaines écoles sont aussi concernées.
Pour atténuer la situation, Archipel a commencé à distribuer des convecteurs électriques afin d’améliorer le réconfort des habitants du sud de Rennes. Les précautions et les surconsommations potentielles font l’objet d’explications régulières lors des réunions, et Archipel étudiera les prises en charge au cas par cas.
Le manque d’énergie et le froid accentuent les tensions avec Engie, l’opérateur des réseaux de chaleur urbain. Le réseau sud a connu une succession de fuites et des arrêts de fourniture d’eau chaude et de chauffage depuis deux semaines, attribués à une météo extrêmement froide qui a nécessité une augmentation de la pression dans les canalisations les plus anciennes. Des travaux d’ajustement conduisent à une mise en basse pression dans le réseau sud, afin de renforcer la sécurité et la fiabilité à long terme.
Engie précise que ce mode opératoire peut mettre à l’épreuve les parties les plus anciennes du réseau et provoquer des fuites sur des points sensibles. Karine Patin, responsable communication centre-ouest, rappelle que l’adaptation du système ne résulte pas d’un manque d’anticipation sur le précédent contrat, mais d’un cadre différent dans le nouveau contrat en vigueur depuis le 1er juin. La rénovation générale est prévue jusqu’en 2030, avec encore 15 kilomètres de canalisations à réhabiliter sur 50 dans les quartiers sud.
À Villejean, les diagnostics pointent plutôt vers des problématiques de canalisations privées plutôt que vers le réseau public. Le réseau nord et le réseau sud ne seraient pas interconnectés, et l’essentiel des difficultés concernerait les canalisations privées des immeubles, qui ne relèvent pas de la responsabilité d’Engie.
Enfin, pour les habitants, ces coupures s’accompagnent souvent d’un état d’insalubrité dans certains bâtiments: isolation insuffisante, radiateurs mal entretenus, canalisations détériorées et humidité favorisant les moisissures. Une perspective de renouvellement urbain est évoquée pour Villejean, qui devrait bénéficier d’un vaste lifting entre 2024 et 2030, avec des évolutions prévues pour améliorer l’habitat et les réseaux de chaleur.