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Dans une surprise électorale, Hanna Spencer, candidate des Verts, a remporté la circonscription de Gorton et Denton à Manchester, mettant fin à des décennies de domination du Parti travailliste dans la zone. Spencer a recueilli près de 15 000 voix, devançant le parti Réformiste, arrivé deuxième avec 10 578 voix, tandis que le Parti travailliste s’est classé troisième, à 5 616 voix derrière les Verts. Le score travailliste marque une baisse de 25,3 % par rapport aux élections de 2024.
Ce triomphe fait de Hanna Spencer la première députée des Verts dans le nord de l’Angleterre et la première victoire du parti lors d’une élection partielle à la Chambre des communes, un revers politique direct qualifié de « décevant » par le Premier ministre Keir Starmer, qui a pourtant assuré sa détermination à poursuivre la bataille politique.
De la plomberie à Westminster
Âgée de 34 ans et exerçant le métier de plombière, Hanna Spencer n’a pas caché le caractère populaire de sa campagne. Elle a raconté avoir présenté ses excuses à des clients après avoir dû annuler des rendez-vous professionnels pour pouvoir siéger au Parlement.
Elle assure ne pas avoir grandi en rêvant de politique, mais explique que les changements économiques et sociaux l’ont poussée à se lancer. Dans son discours de victoire, elle a dénoncé l’épuisement des familles et estimé que le travail acharné n’assure plus automatiquement une vie stable.
Par ailleurs, elle a mis en avant la précarité quotidienne : des foyers qui peinent à acheter de la nourriture, à payer le chauffage ou à financer les fournitures scolaires. Selon elle, la réalité s’est transformée « du combat pour une vie stable au travail pour enrichir les milliardaires ».
Hanna Spencer a promis de porter la voix des professions manuelles et de représenter leurs préoccupations dans les lieux de décision. Elle a également souligné que sa campagne reposait sur des milliers de bénévoles et qu’elle a réussi à battre ce qu’elle a décrit comme des partis soutenus par des financiers très riches.
La question palestinienne pèse sur le scrutin
Outre le volet social, la question palestinienne a joué un rôle déterminant dans la recomposition du vote dans la circonscription. La communauté musulmane représente environ 28 % de la population locale, et des analyses indiquent qu’une partie de cet électorat n’a pas pardonné au Parti travailliste son positionnement sur la guerre en Gaza.
Les Verts ont clairement mis l’accent sur ce dossier durant la campagne, ce qui a contribué à infléchir l’humeur électorale. Spencer n’a pas hésité à exprimer sa préoccupation face à la déshumanisation d’un peuple, affirmant que ce qui se passe à Gaza ne peut être ignoré.
Elle a reconnu ne pas avoir toujours été très informée sur la Palestine, mais a dit avoir compris qu’il fallait désormais prendre publiquement position. À l’échelle locale, alors qu’elle siégeait au conseil municipal, elle a présenté une motion liée à la Palestine et à Gaza malgré des critiques et des huées, estimant que la pression ressentie par elle n’est rien comparée à la souffrance des habitants de Gaza.
Un paysage politique britannique en mutation
Ce résultat s’inscrit dans un contexte plus large de rééquilibrage du paysage politique au Royaume-Uni, marqué par un recul de la popularité travailliste et l’émergence de forces alternatives à gauche, parallèlement à des avancées à droite. Les événements récents confirment que les questions internationales peuvent désormais peser lourdement sur le vote local.
Pour le Parti travailliste, la perte de Gorton et Denton ouvre des interrogations internes sur le coût politique de certaines positions en matière de politique étrangère, et en particulier sur la Palestine. Pour les Verts, cette victoire consolide leur position comme force montante et comme option crédible pour les électeurs mécontents de la gestion gouvernementale, tant sur les enjeux de justice sociale que sur les dossiers internationaux.