Alors qu’Israël bombarde Gaza depuis plusieurs semaines, les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont tenu des entretiens qualifiés de « constructifs » avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré Witkoff dimanche. Les discussions, selon lui, ont été « positives » et ont porté sur « les progrès continus et la planification de mise en œuvre de la phase 2 du plan en 20 points du président Trump pour Gaza », un dossier conduit en étroite coopération entre Washington et Tel-Aviv.
Par ailleurs, Witkoff a indiqué que des « questions régionales plus larges » figuraient à l’ordre du jour, formulation qui renvoie aux tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran et aux spéculations sur de possibles escalades militaires dans la région.
Malgré ces contacts diplomatiques, les bombardements se poursuivent sur l’enclave assiégée, en violation quasi quotidienne de l’accord de cessez-le-feu conclu début octobre. En reportage depuis Gaza City, le journaliste Hani Mahmoud a décrit dimanche des tirs et des bombardements quasi ininterrompus provenant de la partie est de la bande de Gaza.
Les services médicaux de l’hôpital al-Shifa ont fait état d’au moins une personne tuée et de 15 blessés au cours de la journée, a ajouté Mahmoud. Plus au nord, des témoins locaux du camp de réfugiés de Jabalia ont signalé une frappe de drone visant un établissement médical situé près de la « ligne jaune » séparant les zones contrôlées par Israël et les zones palestiniennes.
Des véhicules militaires israéliens ont également ouvert un feu nourri à l’est de Jabalia et des obus d’artillerie ont été tirés dans plusieurs secteurs de la ville. L’étendue des éventuelles victimes n’était pas immédiatement connue, et les secouristes et équipes de la défense civile palestinienne ont été empêchés d’accéder en toute sécurité à certaines zones touchées.
Selon le ministère palestinien de la Santé à Gaza, au moins 484 Palestiniens ont été tués et 1 321 autres blessés par des attaques israéliennes depuis le 11 octobre. Sur un horizon plus large, le même ministère avance que, depuis le 7 octobre 2023, 71 657 personnes ont péri et 171 399 ont été blessées à Gaza.
Rafah : espoirs de réouverture et méfiances persistantes
En parallèle des opérations militaires, le chef du comité technocratique de Gaza, Ali Shaath, a annoncé à Davos que le passage de Rafah, à la frontière égyptienne, devrait rouvrir dans les prochains jours dans les deux sens. « L’ouverture de Rafah signale que Gaza n’est plus fermée à l’avenir et à la paix », a-t-il déclaré lors du Forum économique mondial.
La réouverture de Rafah correspondrait à l’une des mesures-clés du plan en 20 points du président Trump, qui prévoit de permettre la circulation des personnes par la principale porte de sortie de l’enclave. Pour de nombreux Gazaouis, la perspective d’un passage ouvert représente un espoir, mais aussi une mesure considérée comme partielle face à l’ampleur des besoins.
C’est le cas d’Ahmed al-Jojo, séparé depuis plus d’un an de sa fiancée, qui avait franchi la frontière vers l’Égypte quelques jours avant la fermeture définitive du point de passage. « J’ai traversé toutes les étapes après son départ — seul, sans elle, et sans aucune motivation pour vivre », confie-t-il, jugeant que l’ouverture de Rafah constituerait un premier pas personnel, sans résoudre toutes les conséquences de la guerre.
Toutefois, des précédentes rumeurs de réouverture n’avaient pas abouti, et un large scepticisme demeure quant aux conditions réelles d’une reprise du trafic. De nombreux Palestiniens craignent que Rafah ne devienne un passage unidirectionnel favorisant des déplacements forcés.
Les autorités israéliennes, quant à elles, ont conditionné une réouverture complète au retour du dernier captif décédé encore non rendu aux familles et à la démilitarisation de certaines zones contrôlées par le mouvement Hamas, selon des déclarations officielles.