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En Ukraine, la solidarité envers la Palestine gagne du terrain

En Ukraine, la solidarité envers la Palestine gagne du terrain

Par Sara 3 min de lecture 1 source

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Au départ de l’offensive israélienne contre Gaza en octobre 2023, une large partie de la société ukrainienne affichait un soutien marqué envers Israël. Le président Volodymyr Zelenskyy exprima sa solidarité, et la Première dame Olena Zelenska déclara que les Ukrainiens comprenaient et « partageaient la douleur » du peuple israélien. Des affiches aux couleurs d’Israël illuminaient alors les rues de Kyiv.

Identités croisées et inégalités de traitement

Pour les personnes partageant une double appartenance, la situation était difficile à vivre. Hashem, médecin né à Gaza et naturalisé ukrainien après près de dix ans de résidence, note une différence flagrante dans la manière dont les deux nationalités sont perçues à l’étranger.

« Voyager en tant qu’Ukrainien ouvre des portes ; voyager en tant que Palestinien les ferme », dit‑il, soulignant les écarts d’accès aux visas, de liberté de mouvement et de sympathie publique. Il a demandé que son nom de famille ne soit pas publié.

Pour lui, il ne s’agit pas d’une « compétition des souffrances » mais d’un principe : si les droits humains sont universels, leur respect ne devrait pas dépendre d’un passeport.

Un tournant de l’opinion publique

Avec la poursuite des bombardements sur Gaza, et face à ce que beaucoup qualifient de politique d’assujettissement des civils palestiniens, l’opinion publique ukrainienne a commencé à évoluer.

Yuliia Kishchuk, chercheuse ukrainienne, explique que la mise à l’épreuve des populations civiles — notamment par la privation alimentaire organisée — a poussé de nombreux Ukrainiens à réévaluer leur position. Certains ont établi des parallèles avec la famine soviétique du Holodomor, évoquée par Kyiv comme un acte de génocide.

Par ailleurs, la couverture médiatique et les mouvements de solidarité pro‑palestiniens ont gagné en visibilité à Kyiv, même si la mobilisation a été freinée par les récentes attaques sur les infrastructures ukrainiennes qui ont plongé des millions de personnes dans le froid et l’obscurité cet hiver.

Actions et déclarations officielles de Kyiv

La position officielle de l’Ukraine a elle‑même évolué. Lors du forum de sécurité de Singapour en 2024, le président Zelenskyy a affirmé que l’Ukraine reconnaissait deux États, Israël et la Palestine, et qu’elle ferait tout pour convaincre Israël d’en finir avec le conflit et d’éviter la souffrance des civils.

Dans les faits, Kyiv a multiplié les gestes :

  • en juillet 2024, l’Ukraine a envoyé 1 000 tonnes de farine de blé vers les territoires palestiniens dans le cadre d’une initiative humanitaire ;
  • le ministère ukrainien des Affaires étrangères a critiqué une attaque menée contre le Qatar en septembre 2025, jugeant cette opération contraire au droit international.

Un ressentiment envers la politique américaine

La politique des États‑Unis vis‑à‑vis de la guerre en Ukraine a également modifié les perceptions. Pour beaucoup d’Ukrainiens, Washington est moins perçu comme un allié inconditionnel qu’une puissance aux intérêts stratégiques et économiques.

La signature d’un accord donnant aux États‑Unis un accès à des minerais rares ukrainiens a renforcé ce sentiment : certains voient désormais leur pays comme une « base de ressources », une logique qu’ils rapprochent de celle appliquée aux pays du Sud.

Récits de déplacés et nouvelles solidarités

Aaisha Aroggi, étudiante âgée de 25 ans originaire de Gaza, a été déplacée à dix reprises avant de rejoindre l’Égypte puis l’Ukraine, où elle a obtenu le statut de résident grâce à la présence de son frère à Kyiv. À ses yeux, la capitale ukrainienne fut d’abord un refuge relatif.

Mais avec les attaques répétées sur les infrastructures civiles ukrainiennes, elle ressent un déplacement d’une zone de destruction vers une autre : « La guerre a le même visage partout », dit‑elle.

Depuis son arrivée, elle constate toutefois un intérêt croissant parmi les étudiants et dans certains milieux culturels pour la situation à Gaza. « Ils cherchent à comprendre ce qui s’est passé », explique‑t‑elle.

Réactions contrastées au sein de la société ukrainienne

Malgré les évolutions, des double standards persistent selon Hashem. Les réactions à ses propos sur la Palestine varient : certains l’écoutent et cherchent à comprendre, d’autres refusent la comparaison, alimentés par l’idée que les situations ne sont pas équivalentes.

Pour lui, les moments de tension politique peuvent toutefois offrir des opportunités d’apprentissage. Il estime que la solidarité fondée sur des principes universels, plutôt que sur des calculs politiques, est celle qui perdure.

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