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Fichiers Epstein: Israël, Barak et l’accord de sécurité ivoirien

par Sara
Côte d’Ivoire, Israël, États-Unis, Nigeria, Sénégal, Zimbabwe, Afrique du Sud

La dernière vague de documents rendus publics par le ministère de la Justice des États‑Unis, issus du dossier Jeffrey Epstein, a relancé l’attention mondiale sur l’étendue des réseaux du financier condamné. Parmi ces révélations figurent des échanges suggérant qu’Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien, aurait proposé à la Côte d’Ivoire un vaste dispositif de sécurité et de surveillance, via des intermédiaires liés à Epstein. Il convient toutefois de rappeler qu’apparaître dans ces fichiers ne constitue pas une preuve d’infraction.

Israel et Côte d’Ivoire

Les documents montrent que les discussions entre Abidjan et des responsables israéliens ont commencé au milieu de 2012, après le voyage du président Alassane Ouattara à Jérusalem. Lors de ce déplacement il aurait rencontré, entre autres, Ehud Barak, alors figure influente du paysage politique israélien.

Ce contexte diplomatique faisait suite à une période troublée en Côte d’Ivoire : cinq jours avant le déplacement d’Ouattara, des militaires exilés proches de l’ancien président avaient tenté un putsch. Cette instabilité a manifestement renforcé l’intérêt ivoirien pour des solutions de renforcement de la sécurité.

Parallèlement, les fichiers indiquent que des proches d’Ouattara, notamment son fils et une nièce, ont eu des contacts répétés avec Epstein à New York. La nièce, présentée dans les documents comme une proche d’Epstein et utilisatrice fréquente de son avion privé, semble avoir joué un rôle de relais entre le financier et plusieurs personnalités ivoiriennes.

La proposition d’un système de surveillance

Selon les éléments publiés, Ehud Barak aurait présenté à Ouattara une proposition de sécurité chiffrée à environ 150 millions de dollars. Ce projet, décrit comme englobant la sécurisation des frontières, la formation militaire et du conseil stratégique, inclurait aussi un centre de surveillance mobile et une infrastructure de contrôle vidéo et internet.

La mise en œuvre de ce dispositif aurait été confiée à une entreprise privée franco‑israélienne spécialisée dans les systèmes de surveillance. Néanmoins, les documents indiquent qu’Abidjan n’a finalement pas signé l’offre, le coût étant un facteur déterminant.

Il reste incertain si certains éléments technologiques ou services connexes ont été implantés depuis, même si la coopération entre les deux pays s’est poursuivie dans les années suivantes.

L’accord de 2014 et les relations suivies

Malgré le rejet apparent de la proposition onéreuse, les relations diplomatiques et militaires entre Israël et la Côte d’Ivoire se sont renforcées. En juin 2014, le ministre israélien des Affaires étrangères s’est rendu à Abidjan accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires.

À l’issue de cette visite, le gouvernement ivoirien a annoncé la signature de deux accords, l’un portant sur des consultations régulières et l’autre sur la défense et la sécurité intérieure. Les textes et les modalités précises de ces accords n’ont pas été rendus publics dans les documents divulgués.

Par la suite, Abidjan a acquis du matériel militaire et des navires auprès d’entreprises israéliennes, et des enquêtes antérieures ont pointé l’utilisation de technologies de renseignement et de surveillance sur le territoire ivoirien.

Epstein, Barak et le réseau africain

Les fichiers révèlent que la portée d’Epstein en Afrique dépassait la seule Côte d’Ivoire. Plusieurs dirigeants et hauts responsables du continent apparaissent dans les échanges ou les agendas publiés, sans que cela n’établisse automatiquement une implication criminelle.

  • Jacob Zuma : les documents font état d’un dîner organisé en 2010 à Londres en lien avec l’ancien président sud‑africain. Des échanges privés décrivent l’atmosphère de la rencontre mais n’établissent pas son objet précis.
  • Karim Wade : le nom du fils de l’ancien président sénégalais figure à de nombreuses reprises dans les fichiers. Les correspondances évoquent des rencontres, des voyages planifiés en Afrique et des tentatives d’assistance juridique après sa condamnation pour corruption.
  • Robert Mugabe : des notes internes suggèrent que des interlocuteurs d’Epstein avaient envisagé de proposer à l’ancien président zimbabwéen des solutions économiques lors de la crise de la monnaie nationale, mais il n’est pas clair qu’une entrevue ait eu lieu.

Par ailleurs, les documents montrent qu’Ehud Barak a tenté d’exploiter des crises régionales, comme la menace de Boko Haram au Nigeria, pour promouvoir des offres technologiques et commerciales. Des dossiers évoquent la promotion d’équipements biométriques et de systèmes de cybersurveillance dans différents pays africains.

Epstein aurait en outre facilité des introductions entre hommes d’affaires émiratis et responsables africains pour des projets portuaires et logistiques, ce qui illustre son rôle supposé d’intermédiaire auprès de cercles économiques et politiques internationaux.

Précisions sur les révélations

Les documents publiés comprennent des millions d’emails, photos et vidéos qui jettent une lumière nouvelle sur le réseau relationnel d’Epstein. Les auteurs des révélations et les médias qui les ont exploitées ont toutefois pris soin de souligner qu’un lien apparu dans ces fichiers ne vaut pas preuve de crime.

Pour mémoire, Jeffrey Epstein avait été condamné en 2008 pour trafic sexuel et retrouvé mort en prison en 2019 alors qu’il était en attente d’un nouveau procès. Sa proche collaboratrice, Ghislaine Maxwell, a été condamnée en 2021.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/27/did-epstein-help-israel-push-for-a-security-deal-with-ivory-coast

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