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Pour Thomas Friedman, frapper l’Iran par la force ne garantit ni la chute du régime ni une amélioration durable pour le pays; au contraire, cela risque d’entraîner une vaste pagaille et de rendre certaines régions quasiment invivables. Il met en garde contre l’idée qu’un bombardement puisse automatiquement provoquer un « changement de régime Iran » et plaide pour une réflexion sur les suites de l’opération militaire avant d’en multiplier les frappes.
Un souvenir révélateur
Friedman revient sur une visite à Téhéran en 1996, où il avait constaté la présence d’un slogan anti‑américain affiché dans un hôtel, illustration selon lui de l’ancrage profond du discours anti‑occidental. À l’époque, il avait espéré que les aspirations d’une jeunesse tournée vers l’ouverture économique finiraient par l’emporter sur les lignes du pouvoir.
Cependant, poursuit-il, ces espoirs se sont heurtés à une réalité différente : le régime s’est avéré plus solidement implanté dans les institutions et la société que ne le laissaient prévoir les apparences.
Un appareil d’État profondément incrusté
Selon le chroniqueur, le pouvoir iranien n’est pas seulement incarné par ses dirigeants visibles, mais s’étend des municipalités et des écoles aux forces armées, au secteur bancaire et aux milices locales. Cette implantation rend la perspective d’un renversement rapide et propre par la force hautement improbable.
En conséquence, une offensive militaire majeure pourrait, au lieu de provoquer une transition démocratique, précipiter le pays — près de 90 millions d’habitants — dans une crise politique et sociale aux conséquences régionales sévères.
Le remplacement du guide suprême et la continuité du système
Friedman souligne que le choix d’un nouveau guide suprême après la mort d’Ali Khamenei, survenue selon lui au début du conflit, illustre à quel point les structures du régime sont résistantes au changement externe. Le successeur, présenté comme également ancré dans des positions conservatrices, témoignerait de la capacité du système à se reproduire malgré les pertes.
Des discours nationaux incohérents
Le chroniqueur critique également la confusion stratégique affichée du côté des autorités américaines et israéliennes. Il relève des déclarations contradictoires sur les objectifs visés — changement de régime, indifférence au sort du pays, implication dans le choix d’un futur dirigeant, puis ouverture éventuelle à des négociations — qui traduisent, selon lui, l’absence d’une vision claire de fin de guerre.
De son côté, il estime que les dirigeants israéliens peuvent trouver un intérêt politique à maintenir un état de conflit prolongé, pratique qui, d’après lui, leur permettrait d’éviter des comptes sur d’autres dossiers internes.
Quelle stratégie après les frappes ?
Friedman admet que des frappes ciblées peuvent réduire certaines capacités militaires et nucléaires iraniennes et ainsi diminuer des menaces régionales. Toutefois, il préconise que les opérations s’arrêtent une fois les objectifs militaires essentiels atteints, pour ouvrir la porte à ce qu’il nomme la « politique du lendemain du lendemain ».
Par cette expression, il entend les débats et conflits internes qui pourraient émerger parmi l’élite dirigeante et entre celle‑ci et la société après la fin des hostilités, et qui sont plus susceptibles de produire un changement durable que la destruction extérieure.
Les risques d’une campagne prolongée
En revanche, Friedman avertit que la poursuite des bombardements menace de dévaster des infrastructures civiles et l’environnement — réseaux d’eau, installations énergétiques, etc. — et pourrait rendre des parties du pays difficilement habitables.
À ses yeux, la pire issue serait la transformation de l’Iran en un État effondré et chaotique, avec des conséquences catastrophiques pour toute la région.
Vers un changement intérieur plutôt qu’imposé
Friedman conclut que si un changement de régime devait se produire, il viendrait probablement de fractures et de recalibrages au sein même des élites iraniennes après la fin des combats, et non d’une succession continue de frappes visant à susciter une soulèvement populaire instantané.
Pour lui, la stratégie la plus prudente reste celle qui vise à limiter les dégâts militaires tout en favorisant des dynamiques internes conduisant à un apaisement progressif des relations et à un comportement moins hostile de la part de l’État iranien.