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Un expert militaire met en garde : la « ligne jaune » progresse à l’intérieur de la bande de Gaza, entraînant une extension effective des zones considérées comme sous contrôle militaire et aggravant les pertes civiles et les destructions. Selon son analyse, cette avancée reconfigure le terrain au point de rendre des quartiers auparavant « zones de contact » des cibles légitimes du point de vue militaire.
Avancée de la « ligne jaune »
L’expert, le brigadier‑général Elias Hanna, signale un déplacement significatif des coordonnées de la « ligne jaune » — la zone de contact qui sépare les secteurs contrôlés militairement des zones encore considérées comme sous influence locale. Ce glissement se traduit par le reclassement de plusieurs blocs résidentiels en zones de contrôle effectif.
Sur la carte analysée, 205 blocs résidentiels sont passés du statut de zone de contact à celui de zone sous contrôle militaire, avec une pénétration supplémentaire d’environ 920 mètres vers l’intérieur du territoire. Conséquence immédiate : la part de zones sous contrôle est passée d’environ 53 % à 61 % dans des secteurs comme Jabalia, le quartier Al‑Tuffah et Beit Lahia.
Conséquences humaines et destruction systématique
Cette progression a un coût humain considérable. Le déplacement imprévisible de la ligne expose des civils qui se réveillent un matin dans une zone désormais qualifiée de « cible légitime ». Les tentatives d’approche ou de franchissement de ces limites mouvantes ont provoqué la mort de centaines de personnes, en majorité des femmes et des enfants.
Parallèlement, les opérations de sécurisation entraînent une destruction massive du bâti : des quartiers entiers sont « aplatis » pour créer des champs de vision et implanter des positions en béton. Dans certaines zones, le nivellement des bâtiments atteint des taux très élevés, transformant le nord et l’est du territoire en zones pratiquement interdites à la circulation civile.
Les rapports disponibles font état de milliers de structures détruites dans ce périmètre reconverti, avec des conséquences directes sur l’habitat, les infrastructures et l’aide humanitaire.
Incidents récents et bilan des victimes
Les affrontements récents ont encore fait des victimes. Lors d’une nouvelle journée d’escalade, plusieurs personnes ont été tuées par des tirs terrestres et aériens, y compris des journalistes présents pour couvrir l’installation d’un camp de déplacés. Parmi les victimes figurent des civils tués par des tirs d’artillerie dans différentes localités, ainsi que des familles frappées lors de bombardements en zone de contact.
Ces pertes s’ajoutent à un bilan déjà lourd causé par les changements fréquents de délimitation sur le terrain, surtout là où l’absence de balises stables complique les mouvements de populations et d’équipes humanitaires, notamment dans la zone de Rafah.
Enjeux militaires et politiques
Sur le plan militaire, les forces qui procèdent à ces avancées ne se contentent pas d’occuper : elles consolident aussi leur présence par des ouvrages en béton et des zones dégagées pour renforcer la sécurité de leurs positions. Certains observateurs relèvent l’apparition d’installations nouvelles au sein même du territoire, sans que leur caractère permanent ou temporaire soit clairement établi.
Pour l’expert militaire, cette modification progressive du front apparaît comme une façon de modeler un « fait accompli » sur le terrain, préalable à toute négociation future. Autrement dit, l’objectif recherché semble être d’imposer une réalité stratégique avant la mise en place de mécanismes politiques ou internationaux de stabilisation.
Chiffres clés
- 205 blocs résidentiels reclassés de zone de contact à zone de contrôle militaire.
- Approx. 920 mètres de pénétration supplémentaire à l’intérieur du territoire.
- Part de contrôle estimée passée de 53 % à 61 % dans plusieurs secteurs.
- Destruction massive de bâtiments dans la « zone jaune », avec plusieurs milliers de structures touchées.
- Centaines de civils tués en tentant d’approcher ou de franchir des lignes mouvantes, majoritairement des femmes et des enfants.
Le basculement progressif de la « ligne jaune » en zone contrôlée modifie de facto la géographie du conflit et pose de nouvelles difficultés pour la protection des civils et l’accès humanitaire. Tandis que les opérations militaires redessinent le terrain, les populations déplacées continuent de subir les conséquences directes de ces changements.