À Gaza, la pénurie d’huile destinée aux moteurs ne relève plus seulement de l’entretien mécanique. Elle menace le fonctionnement d’un générateur hospitalier, le pompage de l’eau et une partie des transports, selon les témoignages recueillis par Al Jazeera. Dans un contexte où les équipements et les pièces de rechange sont rares, l’arrêt d’un moteur peut interrompre des services vitaux.
Le prix de l’huile disponible est devenu un autre facteur d’asphyxie. Médecins sans frontières, citée dans le reportage, indique qu’un litre dépassait 1 300 dollars à la fin juillet, après une hausse d’environ vingt fois en six mois. Ces montants et les alertes qui les accompagnent décrivent une crise de maintenance qui se propage bien au-delà des garages.
Un générateur hospitalier proche de l’arrêt à Gaza-ville
L’hôpital des Amis du patient, dans le centre de Gaza-ville, ne disposerait plus que d’un seul générateur opérationnel. Son directeur médical, Saïd Salah, affirme qu’il tourne depuis environ 1 000 heures avec la même huile, alors qu’un changement est normalement prévu après 240 heures. Les trois autres générateurs auraient été mis hors service après des destructions imputées à l’État sioniste par l’établissement.
L’enjeu concerne des services qui ne tolèrent pas d’interruption : couveuses, soins intensifs pédiatriques, blocs d’urgence, laboratoire et imagerie. L’hôpital reçoit environ 100 enfants par jour et compte une dizaine de nouveau-nés en couveuse, selon son personnel. Pour prolonger la durée de vie du dernier équipement, la direction dit devoir en limiter l’utilisation à certaines heures, ce qui réduit sa marge de sécurité.
L’accès à l’eau dépend aussi d’une huile devenue introuvable
La même dépendance touche les puits. À Jabalia, dans le nord de Gaza, la municipalité dit avoir remis en état une dizaine d’entre eux et utiliser 486 pompes immergées. Leur fonctionnement exige une alimentation continue et, avec elle, l’huile nécessaire aux générateurs et aux moteurs.
Son vice-président, Saleh Salman, estime le besoin mensuel à près de 50 000 dollars pour faire fonctionner le système d’eau à pleine capacité. La municipalité, qui dit desservir environ 130 000 personnes, rapporte que certains secteurs du nord sont restés sans eau pendant près de dix jours. Elle alerte aussi sur les pompes d’assainissement : leur arrêt risquerait d’aggraver les débordements d’eaux usées, notamment autour des camps et des habitations encore debout.
Le reportage cite également Médecins sans frontières, contraint de ramener l’exploitation d’un générateur de dessalement de douze à sept heures par jour faute d’huile et de pièces. La production serait passée d’environ 600 000 à 350 000 litres d’eau quotidiens, privant plus de 40 000 personnes d’accès à cette ressource chaque jour.
Une crise qui ralentit aussi la circulation des personnes et des marchandises
La hausse du coût et l’incertitude sur la qualité des huiles disponibles affectent les véhicules. Le président de l’Association des transports privés, Nahid Chahiber, explique qu’un litre, vendu autour de 10 shekels avant la guerre, dépasserait désormais 2 800 shekels. Le produit doit pourtant être remplacé régulièrement pour préserver les moteurs et éviter les pannes.
D’après lui, le nombre de camions actifs aux points de passage a reculé de 1 200 à 400, dont 130 seraient immobilisés à cause du manque d’huile et de pneus. Il estime que plus de 70 % des véhicules civils sont hors d’usage. Ces chiffres, rapportés par Al Jazeera, n’ont pas été présentés comme un bilan officiel ; ils donnent néanmoins la mesure d’un frein qui atteint les déplacements quotidiens comme l’acheminement des biens.
Sources
Al Jazeera — « اللتر بـ1300 دولار.. ماذا يعني نقص زيوت مولدات الكهرباء في غزة؟ » — 4 septembre 2026