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Janvier 2010. Un pouvoir qui ne proposait rien, ne représentait rien. Une opposition qui ne faisait pas mieux. Puis, goudougoudou : la terre gronde. Les maisons s’effondrent. Au moins deux cent mille morts. Pleurer les disparus, s’occuper des vivants. La nature nous faisait la mise en demeure de penser différemment le vivant. Mieux construire. Développer de vraies formes et réseaux de solidarité. Ramasser « tout le désespoir qu’il faut à l’espérance », dans une volonté de ne plus jamais revivre cela. Souscrire à la nécessité d’un autrement. Une promesse à nous-mêmes. Une résolution à mettre en œuvre.
Tentatives de reconstruction
Quelques tentatives ont été faites. Cependant, le constat demeure : l’incompétence, voire l’indifférence des détenteurs du pouvoir public, alimente les clivages sociaux. Les projets d’aide et de reconstruction sont soumis au diktat de « l’international ». Ce diktat s’étend à la sphère politique, alors que la tendance nationale était de s’occuper des urgences et de construire un rassemblement social autour de nouvelles propositions.
Parodie d’élections et montée des gangs
Mai 2011 marque l’arrivée de Michel Martelly et du règne du PHTK. Cinq ans plus tard, avec l’appui de l’OEA, de l’Union européenne et des USA, il choisit Jovenel Moïse comme dauphin. Cependant, le taux de participation aux élections est inférieur à 30 % selon les chiffres officiels.
Des jeunes s’engagent dans un mouvement anticorruption, exigeant des comptes sur des milliards de dollars prêtés par le Venezuela. En 2018, des manifestations éclatent à Port-au-Prince et dans d’autres grandes villes. Moïse se maintient au pouvoir, mais la société civile réclame sa démission, ignorant son slogan : « Après Dieu, c’est Moi ».
Les conséquences de la violence
Le lien avec les gangs se renforce, ces derniers servant d’instruments de pouvoir pour contrôler les quartiers populaires. L’assassinat de Moïse le 7 juillet 2021 marque un tournant. Après trois ans d’Ariel Henry, la situation ne s’améliore pas. Un compromis est adopté, mais les gangs continuent de régner.
Les conseillers issus de formations politiques peu représentatives se partagent le pouvoir en fonction des luttes d’influence. Le Premier ministre, le docteur Conille, est remplacé par Didier Fils-Aimé, plus en phase avec le monde des affaires.
Une aide internationale inefficace
Début 2025, les populations déplacées souffrent des attaques des gangs. La police nationale, souvent incompétente, ne fait qu’aggraver la situation. Les accusations de corruption et l’indifférence du gouvernement alimentent un climat de méfiance vis-à-vis de l’international. Les classes moyennes, déjà affectées par la catastrophe de 2010, subissent une paupérisation accélérée, avec des promesses jamais tenues.
Un héritage de désespoir
Le séisme semble oublié, malgré l’existence persistante de camps datant de 2010. Les milliards d’euros d’aide n’ont pas apporté de changements structurels. Les anciennes consignes de sécurité en cas de séisme sont également oubliées, tout comme la peur qui accompagnait chaque bruit du sol, remplacée aujourd’hui par celle des balles. La solidarité spontanée entre Haïtiens a laissé place à une lutte pour la survie individuelle.
Le vieux Port-au-Prince, qui aurait dû être reconstruit, est désormais déserté, les habitants ayant fui la violence des gangs. Les promesses de reconstruction n’ont donné lieu qu’à des constructions anarchiques et à une insalubrité persistante.
Un avenir incertain
Quinze ans après le séisme, Haïti se trouve en grande partie plongée dans le désespoir. Les promesses non tenues et la dépendance à l’égard de l’international entravent toute avancée. Les survivants doivent une fois de plus compter sur eux-mêmes, tandis que quelques voix s’élèvent, comme celles d’un groupe de jeunes à Cité Soleil, qui œuvrent pour un renouveau à travers l’art et le social.
