Accueil ActualitéHiver glacial : la souffrance des déplacés de Tulkarem s’intensifie

Hiver glacial : la souffrance des déplacés de Tulkarem s’intensifie

par Sara
Palestine (Cisjordanie), Israël

Un an après leur départ forcé du camp de Tulkarem, des centaines de familles continuent de vivre dans des abris précaires, alors que l’hiver accentue leurs privations. Parmi elles, quelque 1 700 personnes déplacées de Tulkarem font face à l’absence de chauffage, d’eau courante fiable et d’accès aux soins, situation qui s’inscrit dans un exode plus large d’environ 15 000 personnes issues des camps de la province.

Conditions de vie insoutenables

Parmi les déplacés, Hossam Habali, 61 ans, raconte l’effritement progressif des moyens de subsistance. Ancien locataire, il a été expulsé de son logement faute de pouvoir payer le loyer, ce qui a dispersé sa famille entre différentes habitations précaires.

Hossam et son plus jeune fils dorment désormais dans une pièce attenante à une station de pompage d’eau, partagée avec plusieurs autres personnes. La pièce est humide, sans mobilier, et une salle d’eau défectueuse laisse filtrer de l’eau, rendant le lieu impropre à une vie digne.

Une santé fragilisée par les conditions

La situation de Hossam est d’autant plus alarmante qu’il souffre des séquelles de la poliomyélite et a déjà eu un AVC. Il dépend d’un appareillage pour marcher et craint de perdre toute mobilité si sa santé se détériore dans cet environnement humide et froid.

Faute de systèmes de chauffage sûrs ou d’électricité régulière, les déplacés recourent à des feux improvisés à l’intérieur des pièces, après avoir ramassé du bois dans les plaines environnantes, au risque d’intoxication et d’incendie.

Familles entassées sous la tôle

Madeline Ghanem, mère de six enfants, illustre une autre facette de la précarité hivernale. Son logement de trois étages a été détruit au début de l’offensive qui a visé les camps du nord de la Cisjordanie.

Depuis, elle et sa famille de huit personnes vivent dans une seule chambre en parpaings, couverte de tôles. La pièce sert à la fois de chambre, de cuisine et de toilettes. Quand la tempête frappe, la tôle ne protège pas du froid et la pièce se transforme « en réfrigérateur », dit-elle.

Enfants malades et hygiène menacée

Les enfants sont particulièrement exposés : la plus jeune fille de Madeline, âgée de trois ans, tombe souvent malade. La terre battue autour de la chambre se transforme en bourbier lors des pluies, obligeant la mère à laver et changer les vêtements plusieurs fois par jour.

Un apport récent d’une machine à laver offerte par des proches allège un peu les tâches, mais la famille doit encore sécher les vêtements à l’intérieur de la pièce étroite, ce qui ne règle pas les problèmes d’aération et d’hygiène.

Des capacités d’aide dépassées

Tayeb Twair, bénévole au sein de la commission de services du camp de Tulkarem, alerte sur l’insuffisance des réponses humanitaires. Les aides se limitent souvent à des colis alimentaires qui ne couvrent pas les besoins fondamentaux en logement, chauffage et soins.

Il dénonce des habitations inachevées, sans portes ni fenêtres, où les familles compensent par des couvertures ou des bâches plastiques. Beaucoup sont privées d’eau et d’électricité, incapables de régler les factures, et certaines logements sont envahis par des reptiles et des animaux errants.

Chauffages inutiles et dangers domestiques

La distribution de convecteurs électriques a montré ses limites : nombre de déplacés ont revendu ces appareils pour recharger des compteurs ou acheter des biens essentiels, faute de pouvoir payer les factures d’électricité. D’autres n’ont tout simplement pas d’accès à l’électricité.

De ce fait, les familles continuent d’allumer des feux à l’intérieur, prenant des risques graves pour se réchauffer. Selon les responsables locaux, ce sont surtout les personnes âgées et les enfants qui paient le prix fort de cette situation — privés non seulement de chauffage et de soins, mais aussi du minimum de confort requis pour leurs âges.

Urgence hivernale

Alors que la saison froide s’installe, les déplacés de Tulkarem demeurent exposés à des conditions qui menacent leur santé et leur sécurité. Les voix locales appellent à des interventions urgentes pour rendre habitables les logements et fournir des solutions de chauffage sûres, des moyens d’accès à l’eau et des soins médicaux adaptés.

Sans réponse rapide et coordonnée, la crise hivernale risque d’aggraver encore la vulnérabilité de ces familles déjà fragilisées par une année d’exil et de privations.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/1/13/%d8%b4%d8%aa%d8%a7%d8%a1-%d9%82%d8%a7%d8%b1%d8%b3-%d9%8a%d9%81%d8%a7%d9%82%d9%85-%d9%85%d8%b9%d8%a7%d9%86%d8%a7%d8%a9-%d9%85%d8%a6%d8%a7%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d8%b9%d8%a7%d8%a6%d9%84%d8%a7%d8%aa

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