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Le paysage médiatique des Caraïbes perd l’une de ses voix historiques. Après plus de trois décennies d’information quotidienne, le journal Trinidad and Tobago Newsday a définitivement cessé sa parution le 10 janvier 2026. Victime d’une « tempête parfaite » mêlant inflation des coûts et effondrement des revenus publicitaires, le titre laisse un vide important dans la presse locale.
Une fermeture brutale après 32 ans d’histoire
C’est une page qui se tourne tristement pour la presse écrite de l’archipel. La société éditrice, Daily News Ltd, a officiellement déposé une demande de liquidation auprès de la Haute Cour, marquant la fermeture de Newsday à Trinidad et Tobago après 32 années d’activité ininterrompue. La dernière édition du journal a été publiée le samedi 10 janvier 2026.
L’annonce a pris de court une grande partie de la rédaction. Selon un rédacteur en chef, l’information n’a été confirmée que très tardivement, obligeant la direction à publier un communiqué en ligne et à tenir une réunion improvisée avec le personnel encore présent dans les locaux. Une assemblée générale dirigée par le directeur général, Grant Taylor, a été programmée pour formaliser cette décision douloureuse.
Une « tempête parfaite » économique
Dans un communiqué, Grant Taylor a expliqué que cette décision n’était pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une « symphonie d’événements » destructeurs s’étalant sur une décennie. Contrairement à d’autres titres adossés à de grands conglomérats médiatiques, le Newsday opérait en tant qu’entité indépendante, sans filet de sécurité pour absorber les pertes cumulées année après année.
Si la pandémie de Covid-19 a joué un rôle d’accélérateur avec l’arrêt de l’économie, elle n’est pas la seule responsable. Taylor évoque une crise structurelle profonde : « Les éléments de cette tempête parfaite sont aussi variés que dommageables, sans qu’aucun facteur unique ne soit exclusivement à blâmer. »
Effondrement de la publicité et coût du papier
Le modèle économique du journal a été pris en étau entre deux réalités financières insoutenables. D’un côté, les coûts de production ont explosé : le prix des matières premières, en particulier le papier, ainsi que l’entretien des machines, ont connu une hausse vertigineuse au cours des dix dernières années.
De l’autre, les revenus ont fondu. La publicité imprimée, véritable poumon financier de la presse traditionnelle, a chuté de 75 %. « La publicité dans tous les médias n’est plus qu’une fraction de ce qu’elle était, mais pour la presse écrite, cette chute a été la plus sévère », a précisé le directeur général.
Un lectorat sensible au prix
La tentative de redressement par l’ajustement du prix de vente s’est soldée par un échec cuisant, révélateur de la dévaluation de l’information traditionnelle aux yeux du public. Lorsque le journal a augmenté son prix de 1 dollar trinidadien (environ 0,14 €), le faisant passer de 2 à 3 dollars (soit environ 0,42 €), la sanction a été immédiate : 40 % du lectorat a cessé d’acheter le titre.
Grant Taylor a souligné l’amertume de ce constat : bien que le journal coûte moitié moins cher qu’un « doubles » (un en-cas populaire local), les lecteurs ont jugé le tarif trop élevé pour le travail de centaines de personnes œuvrant 24h/24. « La valeur accordée aux médias traditionnels a diminué, tandis que les campagnes politiques visant à les discréditer se sont intensifiées », a-t-il déploré.
Un héritage d’indépendance
Fondé le 20 septembre 1993, le Newsday était le plus jeune des trois quotidiens du pays. Jusqu’au bout, la direction s’est dite fière de son héritage d’indépendance inébranlable. Grant Taylor a conclu en alertant sur les dangers qui guettent la société civile : « Les médias sont l’un des éléments les plus importants de toute démocratie, et c’est un signe révélateur d’une démocratie elle-même menacée lorsque les médias le sont. »