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Le gouvernement iranien a rejeté une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui condamne la répression violente des manifestations ayant fait des milliers de morts. Le texte, adopté en séance d’urgence à Genève, appelle Téhéran à mettre fin aux arrestations liées aux protestations et à empêcher les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées et les violences sexuelles et basées sur le genre.
La résolution a été approuvée par 25 membres du Conseil, parmi lesquels la France, le Japon et la Corée du Sud, tandis que sept États ont voté contre et quatorze ont choisi l’abstention. Ce vote prolonge notamment le mandat du rapporteur spécial et renforce la mission indépendante chargée d’enquêter sur les exactions commises lors des soulèvements de 2022-2023.
Réaction officielle de Téhéran
Lors de la réunion, la délégation iranienne a dénoncé la résolution comme une opération politique menée par des pays occidentaux selon elle indifférents aux souffrances de la population iranienne, et a pointé du doigt les sanctions économiques passées. Ali Bahreini, représentant de l’Iran, a réaffirmé que plus de 3 000 personnes auraient été tuées durant les troubles, imputant la majeure partie des violences à des « terroristes » qu’il accuse d’être armés et financés par des puissances étrangères.
Les autorités iraniennes ont rejeté les allégations selon lesquelles les forces de l’ordre auraient commis des exactions contre des manifestants pacifiques, et présentent leurs opérations comme des réponses à des « émeutes » et à des attaques contre des bâtiments publics.
Bilan des morts et enquêtes internationales
Des organisations et des journalistes ont avancé des chiffres bien plus élevés : une agence de militants pour les droits humains a déclaré avoir confirmé au moins 5 137 décès, tandis que la rapporteure spéciale de l’ONU pour l’Iran a estimé que le bilan pourrait, selon certains médecins signalant depuis l’intérieur du pays, atteindre 20 000 morts ou plus.
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a alerté sur la persistance de la brutalité et sur le risque d’escalade, en rappelant que les exécutions en Iran ont fortement augmenté en 2025, avec au moins 1 500 personnes exécutées, soit une hausse d’environ 50 % par rapport à l’année précédente.
Plusieurs experts et représentants de la société civile présents à Genève ont qualifié les événements des derniers mois d’atrocités de grande ampleur, certains allant jusqu’à comparer l’ampleur des pertes à des épisodes de massacres contemporains notoires.
Prolongation des mécanismes d’enquête
Outre la condamnation, la résolution adoptée par le Conseil a étendu de douze mois le mandat du rapporteur spécial sur l’Iran et ajouté deux années supplémentaires à celui de la mission indépendante chargée d’enquêter sur les meurtres et violations des droits humains survenus lors des mouvements de protestation nationaux.
Ces mesures visent à garantir la poursuite des collectes de preuves et des évaluations internationales, alors que les autorités iraniennes restent hostiles à toute ingérence extérieure dans ce dossier.
Coupure d’internet et multiplication des vidéos
Une panne généralisée d’accès à l’internet international, imposée depuis début janvier, continue d’entraver la circulation de l’information et entrave le travail des journalistes et des familles. Malgré cela, des périodes courtes de connexion et l’usage de réseaux privés virtuels ont permis à certains de diffuser des images et des vidéos des événements.
Des organisations internationales ont examiné de nombreuses séquences transmises et concluent que plusieurs montrent des forces de l’ordre utilisant des munitions réelles contre des manifestants, y compris à partir de mitrailleuses lourdes. Les autorités iraniennes contestent ces reconstitutions et maintiennent que les tirs visaient des éléments violents.
Tensions régionales et menaces militaires
La crise interne s’inscrit également dans un contexte régional tendu. Les États-Unis ont menacé d’intervenir en cas de nouvelles répressions massives et ont déployé des moyens militaires dans la région, suscitant des inquiétudes quant à une possible escalade. Ces mouvements ont fait craindre de nouvelles frappes ou incidents entre forces étrangères et iraniennes.
Des responsables iraniens de premier plan ont répondu par des mises en garde. Des dirigeants des forces armées et de la sécurité ont affirmé que toute agression ferait l’objet d’une riposte « sur le terrain », et que les intérêts étrangers pourraient être exposés en représailles. Le ton martial des déclarations a renforcé l’angoisse d’une confrontation plus large.
Face à la condamnation internationale et aux enquêtes prolongées par l’ONU, le gouvernement iranien persiste dans son rejet des accusations, tandis que la communauté internationale appelle à un accès sans entraves aux victimes et aux preuves. Les prochains mois seront déterminants pour suivre l’évolution de la situation des droits humains en Iran et les risques d’une nouvelle escalade régionale.