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    La légitimité américaine des plans israéliens pour Gaza

    Palestine, États-Unis

    Une rencontre décisive entre Trump et Netanyahu

    Le 7 avril, le président américain Donald Trump a rencontré pour la deuxième fois depuis son investiture le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Lors d’une déclaration aux médias, Trump a renforcé ses propos antérieurs concernant la bande de Gaza, la qualifiant de « terrain immobilier incroyable et important ».

    Il a également répété sa suggestion que les Palestiniens quittent la bande de Gaza « pour différents pays », affirmant que cette idée était largement appréciée : « Beaucoup de gens aiment mon concept. »

    Légitimation américaine des plans israéliens

    Quelques jours plus tard, environ 70 % de la bande de Gaza avait été déclarée « zone interdite » pour les Palestiniens. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a confirmé que l’État hébreu agit « conformément à la vision du président américain, que nous cherchons à réaliser ». Il a annoncé l’intention d’Israël de « saisir » davantage de territoires, précisant qu’un « passage volontaire » serait accordé aux Palestiniens souhaitant partir.

    Il est désormais évident que les déclarations de Trump ont eu pour effet de légitimer une vision israélienne de nettoyage ethnique de longue date dans la bande de Gaza. Ce que le président américain appelle « mon concept » ne lui appartient en réalité pas du tout.

    Une histoire marquée par l’occupation et la colonisation

    Au fil des décennies d’occupation et de colonisation israéliennes de Gaza, de nombreux plans ont visé à vider ou disperser la population palestinienne afin d’assurer un contrôle total sur cette partie de la Palestine. Les pratiques coloniales ont été testées à plusieurs reprises. Par exemple, pour attirer des colons israéliens et modifier la démographie de Gaza, la bande a été un temps promue comme la « Hawaï d’Israël ».

    Après la guerre israélo-arabe de 1948, Gaza, exclue des objectifs de guerre israéliens, est passée sous administration militaire égyptienne suite aux accords d’armistice de 1949. Elle abritait alors deux groupes de Palestiniens : la population locale et les réfugiés expulsés lors de l’expansion territoriale israélienne pendant la guerre.

    Le « travail inachevé » d’Israël

    Après la guerre, la bande de Gaza est devenue pour les cercles politiques israéliens le « travail inachevé » – un territoire voisin de la frontière égyptienne que les dirigeants israéliens souhaitaient contrôler, idéalement sans la population palestinienne.

    La première tentative israélienne de prise de Gaza par la force a eu lieu en 1956. Sous la pression du président américain Dwight Eisenhower, le Premier ministre David Ben-Gurion a dû se retirer, mettant fin à l’occupation. Cette tentative ratée a enseigné à Israël une leçon capitale : pour remodeler le Moyen-Orient et réussir son expansion territoriale, il fallait le soutien et l’approbation des États-Unis.

    Occupation et transfert forcé après 1967

    La guerre de 1967 a été bien plus fructueuse pour Israël. Par la conquête et l’occupation, Gaza est passée sous contrôle direct israélien, ouvrant la voie au « transfert » – déplacement forcé et nettoyage ethnique des Palestiniens.

    Considéré comme nécessaire et légitime, ou comme « une idée humaine et sioniste importante » selon Ben-Gurion, le transfert est devenu un outil efficace pour la colonisation sioniste de la Palestine.

    Dans les années suivantes, ce concept a été désigné par divers termes : échange de population, retour des Arabes en Arabie, émigration volontaire, réhabilitation, selon les gouvernements israéliens successifs.

    Stratégies israéliennes pour encourager le départ des Palestiniens

    • Les « ponts ouverts » du ministre de la Défense Moshe Dayan, permettant aux Palestiniens de Gaza de partir travailler à l’étranger.
    • Des bureaux dans les camps de réfugiés organisant et finançant le voyage et les passeports pour les Palestiniens prêts à « émigrer volontairement », transformant le ministère israélien des Affaires étrangères en une sorte d’agence de voyages mondiale.

    Quel que soit le moyen, l’objectif restait le même : inciter les Palestiniens à quitter la bande de Gaza.

    Le Premier ministre Levi Eshkol avait exprimé cette frustration : « Je veux qu’ils partent tous, même s’ils vont sur la lune. » La population palestinienne, notamment les réfugiés, constituait l’obstacle principal à l’annexion totale de Gaza par Israël.

    Plans de déplacement et « réhabilitation » hors de Gaza

    Face à ce « dilemme » de Gaza, les dirigeants israéliens ont envisagé des solutions plus globales, élaborant un flot quasi continu de plans pour la « réhabilitation » des Palestiniens en dehors de la bande.

    Après la guerre de 1967, plusieurs destinations potentielles ont été envisagées : Cisjordanie, péninsule du Sinaï, Irak, voire des pays lointains comme le Canada et l’Australie.

    Malgré ces efforts, la majorité des Palestiniens est restée dans la bande de Gaza, en partie à cause de considérations morales, juridiques et diplomatiques.

    Un retour au déplacement forcé sous l’ère Trump

    Mais après le 7 octobre 2023, « l’émigration volontaire » ou déplacement forcé a refait surface, cette fois sans tenir compte de l’opinion internationale ni des réactions potentielles.

    Trump, en tête de file, a transformé des décennies d’idéologie et de pratiques sionistes en une politique américaine officielle. Par sa posture, il a légitimé une vision israélienne de nettoyage ethnique à Gaza.

    Sa rhétorique s’apparente aux idées du sionisme révisionniste, qui considère les Palestiniens comme des étrangers sur leur propre terre, donc « transférables ».

    Un discours en rupture avec les principes internationaux

    En affirmant que les Palestiniens doivent partir pour garantir la sécurité d’Israël et de la région, Trump s’éloigne du principe internationalement partagé du droit des Palestiniens à l’autodétermination dans leur territoire.

    Il rappelle les propos de Ze’ev Jabotinsky, idéologue sioniste, qui comparait la revendication arabe à un « appétit » face à la « faim » juive, justifiant le transfert comme lié aux droits juifs sur la terre.

    Les risques d’une politique américaine sanctionnant le nettoyage ethnique

    Les promesses cyniques d’un avenir meilleur pour les populations privées de tout, hormis leur terre, après une guerre brutale, doivent être prises au sérieux.

    La légitimité accordée par Trump aux plans israéliens représente une menace immédiate et pourrait perdurer au-delà de son mandat.

    En effet, il a offert une sanction présidentielle américaine au nettoyage ethnique comme outil acceptable, ouvrant la porte à Israël pour poursuivre « transfert », « réhabilitation » et « émigration volontaire » des Palestiniens, à Gaza comme en Cisjordanie.

    Un soutien américain explicite à la colonisation illégale

    Le président américain a aussi exprimé à plusieurs reprises son soutien aux saisies illégales de terres et à la colonisation.

    En suggérant que Gaza (et même le Groenland) pourraient devenir « territoire américain », il a ravivé et validé des idées jadis rejetées par la plupart des dirigeants mondiaux.

    Un éloignement de la solution à deux États

    Enfin, Trump a déplacé la position américaine loin de l’objectif d’une solution à deux États.

    Ses déclarations témoignent d’un mépris fondamental pour les Palestiniens de Gaza et leur droit collectif à l’autodétermination.

    Une vision controversée et dangereuse pour Gaza

    Comparée au passé, la « Riviera du Moyen-Orient » de Trump semble être un mélange étrange entre le nettoyage ethnique sioniste par le transfert et l’idéal colonial de la « Hawaï d’Israël ».

    Il n’est pas surprenant que les dirigeants israéliens applaudissent les appels de Trump à la dépopulation forcée de Gaza et à sa transformation en territoire colonial complet, annexé ou non.

    En effet, les idées de Trump s’inscrivent dans la continuité des dirigeants sionistes, de Ben-Gurion à Netanyahu, pour qui le transfert reste l’option privilégiée, malgré ses défis diplomatiques et juridiques.

    Un appel à la vigilance internationale

    Avec Trump en tête, ces défis pourraient devenir des opportunités pour demain.

    Il revient aux autres États de s’opposer à la normalisation israélo-américaine du nettoyage ethnique et des accaparements territoriaux coloniaux en Palestine.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/4/20/the-hawaii-of-israel-how-trump-legitimised-a-longstanding-israeli-vision

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