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    La vision de Netanyahu pour « Israël Grande » entre expansion et géopolitique

    Israël, Palestine, Liban, Syrie, Jordanie, Égypte, États-Unis

    Benjamin Netanyahu ne se contente plus d’un titre honorifique : porté par une ambition de puissance et de grandeur, il affiche désormais une vision « messianique », se rapprochant dans son discours des prophètes et des rois d’Israël. Il affirme être investi d’une mission « historique et spirituelle » et se dit lié au rêve d’une « Israël Grande », dont les contours, selon lui, s’étendent du Nil à l’Euphrate.

    Une rhétorique de mission et une logique d’expansion

    Netanyahu déclare n’avoir commis aucune erreur avant ou après le déclenchement de la guerre contre Gaza. Il se présente comme l’auteur des succès et rejette la responsabilité des échecs sur autrui.

    Sa trajectoire politique, depuis les années 1990 jusqu’à aujourd’hui, s’inscrit selon lui dans une « opération corrective » visant à réparer ce qu’il considère comme des fautes des pères fondateurs ou des dirigeants récents.

    • Il critique la présence des Palestiniens de 1948 dans l’État d’Israël moderne.
    • Il conteste les accords d’Oslo et l’idée d’un partage de la Cisjordanie.
    • Il s’oppose aux retraits israéliens, comme celui de Gaza sous Ariel Sharon.

    De la rivière à la mer

    Le concept d’« Israël Grande », dans le vocabulaire politique israélien, prend souvent la forme du slogan « de la rivière à la mer », et il revient à travers l’ensemble du spectre politique.

    Plusieurs textes et décisions législatives ont institutionnalisé cette orientation :

    • La loi sur l’identité nationale (2018) qui affirme le caractère juif de l’État.
    • Les récentes recommandations parlementaires visant à empêcher la création d’un État palestinien.

    Sur le terrain, les actions israéliennes semblent précéder et concrétiser cette rhétorique : opérations militaires à Gaza, politiques de déplacement forcé, et recherche de pays d’accueil pour les populations déplacées.

    La Cisjordanie et la fragmentation territoriale

    La politique en Cisjordanie suit des objectifs similaires : morcellement, judaïsation de Jérusalem, et extension de la colonisation.

    Exemples concrets :

    • Projet de construction de 3 401 logements dans la zone dite « E1 » pour diviser la Cisjordanie en deux.
    • Pressions militaires, économiques et administratives visant à pousser au départ les populations palestiniennes.
    • Démantèlement méthodique de camps et interventions ciblées dans villages et zones bédouines.

    L’objectif affiché est l’occupation et l’annexion d’un maximum de territoires, tout en réduisant la présence palestinienne.

    Liban et Syrie : la projection nordique

    Le volet géopolitique du projet « Israël Grande » vise aussi le nord : Syrie et Liban figurent en première ligne.

    Parmi les intentions ou les actions évoquées :

    • Renforcement de la mainmise sur le plateau du Golan et extension de zones occupées en Syrie.
    • Contrôle des points stratégiques : sommets comme le mont Hermon et bassins versants du Yarmouk.
    • Promotion d’axes d’influence vers Damas et l’idée d’un « corridor » atteignant l’est de l’Euphrate.

    Au Liban, l’agenda comprend la conquête de nouvelles hauteurs, l’élargissement de la « zone de sécurité » et la préparation de scénarios militaires visant à fragmenter les zones d’influence du Hezbollah.

    Deux constantes se dégagent :

    • Contrôle direct de nouveaux territoires avec déplacement de population et interdiction de retour.
    • Extension de l’emprise stratégique sans occupation massive, en s’appuyant sur la supériorité aérienne et des « ceintures » de sécurité à l’intérieur des États voisins.

    Instruments variés, objectif unique

    La mise en œuvre du projet s’articule selon des priorités pragmatiques : frapper d’abord là où l’État israélien peut agir rapidement et efficacement, puis étendre l’effort selon des circonstances favorables.

    Dans certains cas, Tel-Aviv s’appuiera davantage sur Washington pour exercer une pression politique, économique et militaire sur des pays régionaux ciblés.

    Jordanie et Égypte : réceptacles potentiels des déplacés

    Le plan envisage d’utiliser des territoires voisins pour absorber les « surplus » de populations déplacées, en particulier :

    • La Jordanie pour les Palestiniens de Cisjordanie.
    • Le Sinaï égyptien pour les déplacés de Gaza.

    Si Amman ou Le Caire résistent, des leviers de pression américains ou des prétextes sécuritaires pourraient être mobilisés pour entretenir l’instabilité et justifier des interventions.

    La crainte israélienne du renforcement militaire égyptien est également soulignée, avec une focalisation croissante des débats israéliens sur l’armement de l’armée égyptienne.

    Scénarios et retournements impossibles à exclure

    Ce qui paraît aujourd’hui chimérique a souvent précédé des réalités que l’on jugeait impossibles il y a quelques mois.

    L’adoption par Washington d’une lecture israélienne des événements et son soutien inconditionnel à la coalition de droite rendent plausibles des avancées israéliennes plus audacieuses.

    Soutien américain et défaillance des positions arabes

    La guerre et ses suites ont permis de constater deux phénomènes majeurs :

    • La persistance d’un soutien américain puissant, même face à des accusations de crimes de guerre.
    • La faiblesse et la timidité de la riposte officielle arabe, souvent limitée à des condamnations verbales.

    Exemples de manifestations du soutien américain :

    • Reconnaissances diplomatiques et gestes symboliques des administrations précédentes.
    • Appui matériel et politique à l’action israélienne sur plusieurs fronts.

    Côté arabe, les positions souvent réduites à des déclarations ont permis à Israël d’agir avec liberté dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie.

    Un projet qui avance par étapes

    « Israël Grande » n’est pas un programme susceptible d’être réalisé d’un seul coup. Il avance par paliers, accumulation après accumulation.

    Sa progression dépend :

    • Du soutien extérieur, principalement américain.
    • De la faiblesse des réponses politiques et militaires arabes.
    • De la capacité des populations locales à résister ou à se mobiliser.

    Si les peuples de la région se réveillent et s’organisent, ils peuvent contraindre le cours des choses. L’histoire montre que l’immobilisme n’est pas éternel.

    Pistes d’espoir

    Le renversement de ce scénario ne repose pas sur des vœux pieux mais sur l’éveil et la détermination des sociétés de la région. C’est vers cette conscience collective que peuvent se nouer des alternatives capables de contrer l’avancée d’un projet expansionniste.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/8/15/%d8%aa%d9%81%d8%a7%d8%b5%d9%8a%d9%84-%d9%85%d8%b4%d8%b1%d9%88%d8%b9-%d8%a5%d8%b3%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d9%84-%d8%a7%d9%84%d9%83%d8%a8%d8%b1%d9%89-%d9%83%d9%85%d8%a7

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