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L’adhésion de la Togo au nouveau partenariat des pays du Sahel
Dans des déclarations qui semblent surprenantes, le ministre des affaires étrangères et de la coopération et de l’intégration africaine du Togo, Robert Dossi, a affirmé lors d’une interview à une chaîne locale jeudi dernier que son pays s’approchait de l’adhésion à l’alliance des pays du Sahel, qui comprend le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Cette alliance a été fondée le 16 septembre 2023 comme un traité de défense mutuelle après la signature de la « Charte de Liptako Gourma » à Bamako, et elle s’est ensuite transformée en confédération le 6 juillet 2024, après que les régimes militaires de ces pays ont annoncé leur retrait de l’organisation économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), affirmant qu’elle était devenue un outil utilisé par la France pour servir ses propres intérêts plutôt que ceux des États membres.
Ces déclarations ont coïncidé avec une autre visite « secrète » du ministre tchadien des infrastructures et de l’ouverture, Aziz Mohamed Saleh, à Bamako, la capitale du Mali, soulevant des questions sur les intentions de N’Djamena de rejoindre cette alliance, après que le président Mahamat Déby a demandé fin novembre dernier le retrait des troupes françaises de son territoire.
Les enjeux de l’adhésion
Les déclarations du ministre togolais n’ont pas clairement exposé les raisons de cette adhésion, se contentant de mentionner l’entité légale responsable de la décision, à savoir le président et le parlement, tout en soulignant que la légitimité de cette décision repose sur le peuple.
Cela a laissé place à de nombreuses interrogations parmi les observateurs et les analystes du paysage africain. Idriss Ayat, un écrivain nigérien et expert en affaires ouest-africaines, a déclaré dans une interview que la position du Togo pourrait ne rester qu’un discours sans action, du moins à court terme, pour plusieurs raisons majeures :
- La situation géopolitique, car le Togo ne fait pas partie du groupe des cinq pays du Sahel connu sous le nom de « G5 », qui souffre du terrorisme, et qui inclut les trois pays de la confédération ainsi que le Tchad et la Mauritanie.
- La stabilité politique du Togo, qui entretient des relations étroites avec la CEDEAO, devenue un adversaire des pays de la confédération, rendant difficile pour le Togo de se détourner d’une organisation qui a réalisé de grands progrès économiques et commerciaux.
- Le manque de critères clairs concernant l’adhésion à la confédération, comme le fait de devoir quitter la CEDEAO, et si cette nouvelle alliance est complémentaire ou en opposition à la CEDEAO.
- Le rôle actif du Togo au sein de la CEDEAO, notamment en tant que médiateur entre ses membres et les dirigeants militaires au Niger après le coup d’État de juillet 2023, ainsi que sa médiation entre le Mali et le Burkina Faso.
Le Tchad, plus proche de la confédération
Concernant la possibilité d’adhésion du Tchad à l’alliance de la confédération, cela pourrait être une étape logique selon le Dr Mohamed Tourchin, expert en affaires africaines, pour plusieurs raisons :
- La proximité géographique avec les pays du Sahel et l’adhésion précédente à l’alliance Barkhane, fondée par la France en 2014, en plus de son appartenance au G5.
- Les défis sécuritaires communs, notamment le terrorisme qui touche ces pays.
- La détérioration des relations avec la France et le récent retrait de ses troupes, rendant urgent de chercher un remplacement régional par le biais de la « confédération », ainsi qu’une alternative internationale, comme la Russie.
- La nature militaire du régime tchadien, actuellement dirigé par un président ayant pris le pouvoir de manière illégale après le décès de son père, Idriss Déby, il y a environ quatre ans.
Cependant, bien que le Tchad puisse envisager sa participation à la confédération, cela pourrait également apporter des avantages pour le Togo, en tant qu’accès principal de ces pays au monde extérieur grâce à sa position sur l’océan Atlantique, et à cause des conditions strictes imposées par le Bénin et le Nigeria sur les exportations en raison des sanctions de la CEDEAO.
Les conséquences de l’expansion de la confédération
En réponse à la question de savoir si l’expansion de la confédération affecterait la CEDEAO et le groupe économique des États d’Afrique centrale (CEMAC), Idriss Ayat a estimé que l’impact d’une éventuelle adhésion du Togo ou d’autres pays d’Afrique de l’Ouest à la CEDEAO serait probablement faible à moyen terme. En effet, la nouvelle confédération ne requiert pas des États membres de quitter la CEDEAO, mais à long terme, cela pourrait affaiblir la CEDEAO, voire menacer son existence, surtout si des critères d’adhésion requièrent le retrait de la CEDEAO.
Quant à l’impact potentiel de l’adhésion du Tchad sur la CEMAC, qui inclut N’Djamena ainsi que des pays comme le Cameroun, le Gabon et le Congo-Brazzaville, Dr Tourchin estime que cela est peu probable, car il n’existe pas d’hostilité entre la CEMAC et les pays de la confédération qui sont, en fait, membres de la CEDEAO et non de la CEMAC.