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Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a pris la parole pour répondre avec vigueur aux critiques formulées dans le livre La Meute, coécrit par les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou. Plutôt que d’ignorer l’ouvrage, le mouvement a choisi une stratégie de confrontation assumée, quitte à lui offrir une visibilité médiatique accrue.
Une riposte organisée face aux accusations
Le livre La Meute, publié le mercredi 7 mai, dresse un portrait très critique de Jean-Luc Mélenchon et de la formation politique qu’il a fondée en 2016. Les auteurs dénoncent notamment un déficit de démocratie interne, une marginalisation brutale des élus dissidents ainsi que des soupçons de laxisme face à des manifestations d’antisémitisme. Ces révélations interrogent sur la stabilité et la cohésion du mouvement.
Manuel Bompard n’a pas attendu la sortie officielle de l’ouvrage pour réagir. Lors d’une interview donnée sur BFMTV mardi soir, il a réfuté chaque accusation, qualifiant l’ouvrage de « collection de ragots et de fausses informations ». Selon lui, le livre est davantage une fiction qu’un travail factuel.
« Ce livre, je pense que c’est une fiction. »
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise
Au cours d’un échange de près d’une heure, le député des Bouches-du-Rhône a vigoureusement contesté les affirmations sur un fonctionnement « clanique » centré exclusivement autour de Jean-Luc Mélenchon, jugé responsable d’un déficit de démocratie interne. Il souligne que la croissance continue du nombre de militants témoigne au contraire d’un engagement réfléchi et collectif.
Réfutation des accusations et défense du mouvement
Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a également dénoncé l’ouvrage lors d’une conférence de presse. Elle a dénoncé la présence d’« ragots » et de « mensonges », tout en regrettant que le livre ne traite d’aucune des idées politiques ou des mobilisations portées par La France insoumise.
Manuel Bompard a aussi remis en cause la méthode des deux journalistes, qui ont conduit une enquête de deux ans et mené plus de 200 entretiens. Il souligne qu’aucun des épisodes le concernant n’a fait l’objet d’une interrogation, notamment à propos d’un échange où Jean-Luc Mélenchon aurait proféré une injure à son bras droit — un passage qu’il dément fermement.
Cette forme de remise en question des médias n’est pas nouvelle chez LFI, qui critique régulièrement le traitement médiatique dont elle fait l’objet. Le député Hadrien Clouet a par exemple qualifié le livre de « torchon » écrit par des « mercenaires de l’indigence » dans un message publié sur le réseau social X, dénonçant un contenu déconnecté de la réalité militante.
« Quel torchon, écrit par des mercenaires de l’indigence. Rien qu’à Toulouse, on organise chaque mois formation de haut niveau ou rencontre en librairie. Ces gens n’en ont rien à faire, qui n’ont jamais ouvert un livre sans coloriage ni répété autre chose que le sens du vent. »
Hadrien Clouet, député LFI
Des réactions variées au sein de La France insoumise
Plusieurs élus insoumis ont choisi de tourner en dérision le titre même de l’ouvrage. La députée Alma Dufour revendique ainsi l’appellation de « meute » pour qualifier son engagement, préférant « vivre dans une meute plutôt que dans un panier de crabes ».
Sur le fond, des accusations concernant des messages privés attribués à Jean-Luc Mélenchon ont également été contestées. Marine Tondelier, dirigeante des Écologistes, affirme avoir reçu un SMS menaçant du candidat aux présidentielles en octobre 2024, message qu’elle a rapporté sur France 2. Manuel Bompard a balayé ces accusations, évoquant la facilité de déformation des propos en citant ironiquement des déclarations controversées attribuées au président Emmanuel Macron.
Par ailleurs, le député LFI Aly Diouara a profité de l’occasion pour pointer du doigt Marine Tondelier, l’accusant de ne pas avoir présenté d’excuses suite à des propos publics où elle le décrivait comme « proche des islamistes ».
Une évolution dans la stratégie de réponse de LFI
Face à ces critiques, l’attitude des responsables insoumis semble avoir changé au fil des années. Thomas Guénolé, politologue et ancien proche de LFI, rappelle que lors de la parution de son propre livre en 2019 dénonçant déjà l’absence de démocratie interne, le mouvement avait choisi le silence, ce qui avait renforcé la crédibilité des accusations.
« Ce qui change avec La Meute, c’est qu’ils ont compris l’importance de répondre », note-t-il. Cette réactivité survient alors que les enquêtes et ouvrages critiquant le fonctionnement de LFI se sont multipliés, dont le récent numéro de Complément d’enquête diffusé fin avril sur France 2 et consacré à Jean-Luc Mélenchon.
Selon Thomas Guénolé, ces critiques n’influencent pas fondamentalement le vote des électeurs de gauche : « En fait, un tel livre ne pousse pas à changer son vote. Quels que soient les problèmes posés et les défauts de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise, l’écrasante majorité des électeurs de gauche finissent par voter pour lui. Les gens préfèrent des candidats avec des convictions et des défauts plutôt que des gens sans convictions et sans défauts. »