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Le Mexique a suspendu temporairement ses livraisons de pétrole à Cuba, une décision annoncée au moment où la rhétorique américaine à l’encontre de l’île communiste s’intensifie. La présidente Claudia Sheinbaum a toutefois affirmé que l’interruption relève d’un choix « souverain » et non d’une capitulation devant la pression des États-Unis.
Une pause qualifiée de souveraine par Mexico
Interrogée lors de sa conférence de presse matinale, Claudia Sheinbaum a déclaré que la suspension des expéditions était « une décision souveraine » prise « au moment où il le fallait ». Elle a ajouté que, si la reprise des envois devait intervenir, elle le serait annoncée officiellement.
Selon la compagnie pétrolière d’État mexicaine, Pemex, près de 20 000 barils par jour ont été expédiés vers Cuba entre janvier et septembre 2025. Avec l’arrêt des livraisons vénézuéliennes, ces cargaisons mexicaines sont devenues un filet vital, mais insuffisant, pour l’économie insulaire.
Le vide laissé par le pétrole vénézuélien
Les livraisons vénézuéliennes à Cuba ont été interrompues après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, transféré aux États-Unis le 3 janvier. Cette rupture a privé La Havane d’une source historique d’hydrocarbures.
Jusqu’au mois dernier, le Mexique fournissait environ 44 % des importations pétrolières cubaines, le Venezuela 33 %, et la Russie près de 10 %, tandis que d’autres pays, comme l’Algérie, complétaient l’approvisionnement.
Escalade de la pression américaine
La présidence américaine a durci le ton contre Cuba, appelant à couper définitivement l’arrivée d’énergie et de fonds vénézuéliens vers l’île. Le président américain a publiquement exhorté Cuba à conclure un accord « avant qu’il ne soit trop tard » et a affirmé qu’il n’y aurait « plus d’huile ni d’argent » pour Cuba.
Dans ce climat, des voix cubaines ont dénoncé ce qu’elles qualifient de « piraterie internationale » visant à bloquer les approvisionnements. Parallèlement, des responsables politiques américains d’origine cubaine ont qualifié le régime de La Havane de problème majeur pour la région.
Conséquences pour l’économie cubaine
Cuba traverse sa pire crise économique depuis la révolution de 1959 : pénuries de carburant, coupures d’électricité prolongées et perturbations de l’approvisionnement en eau et en nourriture affectent la population. Les analystes mettent en garde contre un effondrement plus généralisé si les livraisons de pétrole se tarissent totalement.
Le tourisme, autrefois source importante de devises, a fortement reculé : environ 1,6 million de visiteurs l’an dernier contre 4,8 millions en 2018. Des professionnels dépendant du secteur, comme les conducteurs de voitures classiques, voient leurs revenus fondre et sont contraints de baisser leurs tarifs.
Enjeux pour le Mexique et perspectives
Mexico tente d’équilibrer ses relations historiques avec Cuba tout en gérant une forte pression de Washington, notamment dans un contexte de négociations commerciales et de menaces tarifaires américaines. Certains responsables mexicains craignent que la poursuite des expéditions ne mette le pays en désaccord avec les attentes américaines.
Pour l’instant, la suspension a été présentée comme temporaire et souveraine. Toutefois, des observateurs estiment que la Maison-Blanche pourrait intensifier ses demandes afin d’obtenir l’arrêt définitif des livraisons. La situation reste fluide et la dépendance de Cuba aux approvisionnements extérieurs en pétrole rend l’issue particulièrement critique.