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Palestiniens d’Israël exigent plus d’action contre le crime

par Sara
Israël, Palestine

Ali Zbeedat, commerçant de longue date de Sakhnin, a mis un terme à sa vie professionnelle après avoir reçu un message anonyme menaçant de mort et vu ses boutiques prises pour cible à plusieurs reprises. Ce geste a cristallisé l’exaspération face à la criminalité organisée qui ronge de nombreuses localités palestiniennes d’Israël et a déclenché une vague de protestations réclamant une action gouvernementale immédiate.

Un signal d’alarme à Sakhnin

Le verrouillage des commerces de Zbeedat a rapidement été imité par d’autres commerçants de Sakhnin, dénonçant l’omniprésence des gangs et l’absence visible de protection policière. Progressivement, le mouvement s’est étendu au-delà de la ville, suscitant des rassemblements massifs à Tel Aviv et des perturbations de la circulation à Jérusalem.

Des dizaines de milliers de manifestants — Palestiniens et Israéliens juifs — ont pris la rue pour condamner la montée de la violence et exiger des mesures concrètes contre la criminalité dans les villes palestiniennes d’Israël.

Voix politiques et peur quotidienne

Aida Touma-Suleiman, députée représentant la faction Hadash-Ta’al, a souligné que le chiffre des meurtres ne rend pas compte de l’ampleur du malaise : selon elle, des milliers de personnes vivent dans la peur, beaucoup dépensant l’essentiel de leurs revenus pour payer une protection privée.

Pour de nombreux habitants, la décision courageuse d’un commerçant a agi comme un catalyseur. « Ils lui ont demandé protection ; il a dit non », a rappelé la députée au sujet de la réaction de Zbeedat après la tentative d’assassinat contre l’un de ses fils.

Un terreau social et économique propice

Les citoyens palestiniens d’Israël représentent environ 21 % de la population totale. Héritiers des Palestiniens restés sur le territoire après 1948, beaucoup vivent dans des towns et villages en marge, marqués par des investissements publics insuffisants.

La pauvreté y est élevée : près de 38 % des ménages palestiniens se situent sous le seuil de pauvreté, et la précarité financière pousse de nombreuses familles à consacrer l’essentiel de leurs revenus aux besoins élémentaires.

Le marché du travail reflète cette fragilité. D’après des données récentes, seulement 54 % des hommes et 36 % des femmes palestiniens en Israël occupent un emploi, des taux qui ont chuté davantage depuis la guerre de 2023 à Gaza et les restrictions d’accès liées à cette période.

L’emprise du crime organisé

Dans ce contexte économique et social, la criminalité organisée a prospéré. Des réseaux structurés, comparables par leur envergure à des mafias, s’immiscent dans la vie commerciale locale et imposent leurs règles.

Selon des responsables et élus locaux, ces groupes disposent de systèmes financiers parallèles, attribuent des prêts, et se livrent au trafic de drogues et d’armes — parfois de forte puissance. Ils contrôlent aussi des marchés comme les contrats publics, forçant d’autres entreprises à « passer par eux » pour obtenir des chantiers.

Ce phénomène donne lieu à des quartiers que beaucoup d’Israéliens ne fréquentent plus, renforçant l’isolement des communautés palestiniennes et la perception d’un État qui se tient à distance.

Mobilisations et réponses politiques

Les manifestations ont pris la forme de marches et de veillées, où des familles ont porté des photos de proches tués et allumé la torche de leur téléphone pour illuminer les rues. Parmi les slogans entendus figuraient des appels à mettre fin à la violence et à briser le silence.

  • « Assez de violence et de meurtres »
  • « Plus de silence »
  • « Arab Lives Matter »

Sur le plan politique, la question a atteint une ampleur nationale, poussant le gouvernement à annoncer la mise en place d’un dispositif d’enquête. Le Premier ministre a envisagé de confier la coordination des mesures à son ministre de la Sécurité nationale.

Parallèlement, le bureau du Premier ministre et les services de sécurité n’ont pas fourni de commentaires publics détaillés sur les enquêtes en cours, alimentant l’inquiétude des manifestants quant à la rapidité et l’efficacité des réponses étatiques.

Un quotidien sous la menace

Pour des acteurs associatifs et des juristes des droits civiques, la situation se lit à l’échelle individuelle : l’enfance et la vie quotidienne sont marquées par l’angoisse. L’un d’eux résume la fracture en deux destins parallèles — l’un assuré et protégé, l’autre hanté par le bruit des armes et la crainte d’être la prochaine victime.

Face à la pression populaire, la demande est claire : des mesures concrètes et durables pour restaurer la sécurité dans les villes palestiniennes d’Israël et garantir que leurs habitants puissent vivre et travailler sans peur.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/10/palestinian-citizens-israel-demand-government-do-more-stop-crime

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