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Au cours de la dernière année, l’administration Trump a multiplié les initiatives de « paix » fondées sur des plans économiques, affirmant que menaces ou incitations financières pourraient régler des conflits complexes. Cette logique illustre un problème plus large : la croyance, au cœur du débat sur néolibéralisme et paix, selon laquelle le développement économique suffirait à pacifier des territoires en proie à l’occupation ou à la guerre.
Un modèle déjà tenté en Palestine
Dans les années 1990, l’ancien ministre israélien Shimon Peres a promu l’idée d’une « paix économique » inscrite dans une vision régionale baptisée « Nouvel Ordre au Moyen-Orient ». L’objectif était d’intégrer économiquement les territoires palestiniens afin de garantir sécurité et prospérité.
Pourtant, l’intégration promise n’a pas contrecarré l’enracinement de l’occupation après les accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne. La colère sociale a fini par éclater et a conduit à la seconde Intifada, montrant la vacuité d’un modèle qui substitue des gains économiques aux revendications politiques et nationales.
Fayyadisme et les projets « à impact rapide »
En 2007, le Quartet et son envoyé Tony Blair ont proposé des projets économiques « à impact rapide » pour relancer une économie palestinienne déjà effondrée. Entre 1999 et 2007, l’économie palestinienne aurait perdu près de 40 % de son produit intérieur brut, tandis qu’une large part de la population plongeait dans la pauvreté.
La doctrine conduite par le Premier ministre palestinien de l’époque, Salam Fayyad, promettait l’État par la construction d’institutions et la croissance économique. En pratique, elle a généré des gains ponctuels pour une élite étroite — responsables de la sécurité, entrepreneurs liés aux marchés israéliens et quelques grands investisseurs — sans répondre à la cause structurelle : l’occupation.
Le plan pour Gaza : profit avant droits
Le plan économique récemment proposé pour Gaza met en lumière les contradictions de cette approche. Il privilégie les opportunités d’investissement et de profit pour des acteurs régionaux et mondiaux, tout en éludant les droits nationaux et humains fondamentaux des Palestiniens.
La sécurité est pensée du point de vue de la puissance occupante : population compartimentée, surveillée et dépolitisée, réduite à une main-d’œuvre au service d’intérêts économiques. Ce cadre considère les individus isolément, comme consommateurs ou travailleurs, et suppose qu’un emploi suffira à faire oublier la dépossession et l’absence de souveraineté.
Des formules similaires au Golan et au Donbas
Des propositions analogues ont été avancées pour d’autres conflits. Dans les hauteurs du Golan, l’idée d’étendre la zone démilitarisée pour la transformer en zone économique conjointe, avec des projets touristiques, vise à déplacer le débat sur l’avenir du territoire vers des logiques économiques favorables à l’un des acteurs.
En Ukraine, la perspective d’une « zone économique libre » dans le Donbas, conditionnée au retrait de l’armée ukrainienne, risquerait de priver Kiev d’un bassin industriel stratégique et d’ouvrir la voie à une expansion d’influence russe sans confrontation armée directe. Ces dispositifs négligent les enjeux politiques et sécuritaires profonds des populations concernées.
Pourquoi ces approches sont condamnées à l’échec
Le défaut principal de ces solutions néolibérales est d’ignorer que la paix durable exige d’abord des garanties politiques crédibles. Sans règlement politique véritable qui assure l’autodétermination et les droits collectifs, les investissements restent fragiles et peu attractifs pour des capitaux sérieux.
Les nations ne se construisent pas autour de consommateurs ou de simples travailleurs, mais d’individus partageant une identité, une histoire et des aspirations collectives. Inverser la priorité — promouvoir d’abord l’économie, puis remettre au lendemain la reconnaissance politique — revient à perpétuer des rapports inégaux et l’occupation.
Principes à privilégier pour une paix viable
- Donner la priorité à un règlement politique qui garantisse l’autodétermination et les droits collectifs.
- Assurer des garanties juridiques et de sécurité crédibles avant d’attirer des investissements.
- Reconnaître le rôle du droit international et des résolutions protégeant les populations autochtones.
- Éviter les modèles qui renforcent les élites locales au détriment des majorités privées de leurs droits.
Sans ces conditions, les projets économiques resteront des rustines temporaires incapables de construire une paix réelle et durable. Le débat sur néolibéralisme et paix renvoie ainsi à une question simple : l’économie doit accompagner une paix juste, et non la remplacer.