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Pourquoi la Turquie gagnera sa bataille face à Israël en 2024

by Sara
Turquie, Israël, Syrie, Libye, Afrique

Alors qu’Israël multiplie, selon ses propres relais médiatiques, les récits triomphalistes prétendant « reformer » le Moyen-Orient, la Turquie œuvre, de manière plus discrète et méthodique, à restaurer sa stature régionale. Ankara ne vise pas à recréer un empire, mais à s’imposer comme un acteur civilisateur et consensuel, fondé sur la coopération plutôt que la domination. Dans ce contexte, le Turquie Israël conflit et les fructueuses initiatives turques en Afrique et en Asie redessinent peu à peu l’équilibre géopolitique régional.

Déclarations clés et ligne politique

Les déclarations publiques récentes des dirigeants turcs traduisent cette ambition réaffirmée. Le 18 décembre 2024, le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré que « chaque incident récent dans notre région — en particulier en Syrie — nous rappelle une vérité : la Turquie est plus grande que la Turquie. Nous, en tant que peuple, ne pouvons pas confiner nos horizons », ajoutant que « la nation turque ne peut échapper à son destin ».

Quatre jours plus tard, le 22 décembre, Devlet Bahçeli, chef du Parti du mouvement nationaliste, a souligné l’importance stratégique de Damas pour la sécurité de Jérusalem, affirmant que « l’histoire nous a appris que la première étape vers la libération de Jérusalem est Damas » et menaçant qu’« Israël ressentira la gifle des Ottomans à Jérusalem » si Tel‑Aviv pousse vers la Syrie.

Ces prises de position sont présentées par leurs auteurs comme s’inscrivant dans un cadre civilisationnel : la Turquie se réfère à son héritage ottoman pour revendiquer une influence retrouvée, sans pour autant revendiquer une politique impériale classique.

Influence croissante à Damas et au-delà

Des analystes étrangers estiment que l’influence turque en Syrie, notamment à Damas, est appelée à s’accroître. Jaroslaw Trofimov du Wall Street Journal note que la Turquie aura « la voix la plus importante à Damas dans la période à venir », et que son influence pourrait s’étendre jusqu’à la Libye et la Somalie.

De fait, alors qu’Israël demeure essentiellement confiné à quelques positions sur la carte — en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et sur certains points frontaliers — Ankara étend méthodiquement sa sphère d’influence au‑delà de ses anciennes frontières ottomanes.

Renforcement diplomatique et économique en Afrique

La présence turque en Afrique s’est intensifiée au cours des deux dernières décennies :

  • Le nombre d’ambassades turques en Afrique est passé d’environ 12 en 2002 à 44 en 2022.
  • Le commerce Turquie–Afrique a progressé de 5,4 milliards de dollars à plus de 40 milliards en 2022.
  • Ankara a signé des accords de défense et multiplié les ventes d’armements avec plusieurs États africains.

Par contraste, la représentation israélienne sur le continent a nettement régressé depuis les années 1960 : avec 33 ambassadeurs dans le passé, l’État hébreu dispose aujourd’hui d’environ 13 missions, 3 représentations économiques et un attaché militaire. Des observateurs relèvent qu’après l’offensive contre Gaza, la diplomatie israélienne a perdu du terrain en Afrique, certains pays inscrivant Israël sur la liste des États condamnés au plan international.

Présence sécuritaire et projets militaires

Ankara a développé des capacités sécuritaires et militaires notables en Afrique et dans la corne de l’Afrique :

  • Rôle humanitaire et opérationnel en Somalie en 2011, puis création en 2017 de la base militaire « Turksom » à Mogadiscio, la plus vaste installation turque à l’étranger.
  • Intervention militaire en Libye en 2019 pour soutenir le gouvernement de Tripoli face aux forces du général Khalifa Haftar.
  • Accords de coopération sécuritaire avec des pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, y compris l’Éthiopie, le Kenya, le Ghana, le Nigeria et le Rwanda, accompagnés de contrats d’armement importants.

Ces initiatives renforcent l’image d’Ankara comme partenaire opérationnel et apportent une visibilité stratégique que beaucoup comparent favorablement à l’action israélienne dans ces régions.

Positionnement régional : rivalités et alliances

La Turquie a su améliorer ses relations avec des acteurs régionaux majeurs, malgré des rivalités historiques :

  • Rapprochement notable avec l’Égypte, en grande partie dû à des convergences sur les crises du Soudan et de Gaza.
  • Gestion équilibrée des relations avec le Maroc et l’Algérie, concurrents régionaux importants.
  • Perception positive dans le Sahel et la corne de l’Afrique : Ankara est souvent perçue comme moins problématique que Moscou ou certains groupes paramilitaires, et plus populaire que d’anciennes puissances coloniales.

Dans les pays d’Asie centrale, les affinités culturelles et linguistiques avec les États turcophones renforcent l’attractivité du modèle turc, perçu comme une voie de modernisation compatible avec l’identité musulmane.

Avantages géopolitiques et économiques de la Turquie

La Turquie combine des attributs exceptionnellement complémentaires :

  • Une économie tournée vers l’Europe et des échanges importants avec l’Union européenne (exportations vers l’UE supérieures à 93 milliards de dollars en 2021).
  • Une influence politique et militaire au Moyen‑Orient et en Méditerranée.
  • Une identité nationale musulmane qui facilite les liens avec une large part du monde musulman.

Sur le plan strictement commercial, la Turquie surpasse Israël dans ses relations économiques avec l’UE : les exportations israéliennes vers l’Union s’établissaient autour de 18 milliards de dollars en 2021, bien en deçà du volume turc.

Conséquences pour Israël dans la région

Face à l’expansion tranquille d’Ankara, Israël apparaît affaibli sur plusieurs terrains :

  • Affaiblissement de son réseau diplomatique en Afrique et perte d’espace politique après les répercussions de son opération à Gaza.
  • Limites de son modèle d’influence dans les pays musulmans et non‑alignés, en comparaison avec l’approche turque qui conjugue religion, économie et diplomatie pragmatique.
  • Érosion relative de son poids régional au profit d’un acteur perçu comme plus consensuel et multi‑facette.

Dans le contexte du Turquie Israël conflit, ces évolutions laissent présager un déplacement progressif des équilibres d’influence au profit d’Ankara, qui capitalise sur sa flexibilité stratégique et ses liens historiques et culturels.

Un projet turc fondé sur l’acceptation

Le projet porté par Ankara se présente moins comme une revanche impériale que comme une offre régionale : un modèle de leadership fondé sur la coopération, l’aide humanitaire, la diplomatie économique et la puissance militaire mesurée. Cette démarche lui permet de gagner des partenaires et de construire une légitimité par l’action plutôt que par la proclamation.

À la lumière des dynamiques observées — diplomatie renforcée, présence sécuritaire accrue et attrait culturel — la Turquie semble bien placée pour consolider sa position au Moyen‑Orient et en Afrique, reléguant Israël à une posture moins influente dans une région en profonde recomposition.

source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/8/29/%d9%85%d8%b9%d8%b1%d9%83%d8%a9-%d8%aa%d8%b1%d9%83%d9%8a%d8%a7-%d9%88%d8%a5%d8%b3%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d9%84-%d9%85%d9%86-%d9%8a%d8%ad%d8%b3%d9%85%d9%87%d8%a7

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