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    Récit poignant d’un homme face aux épidémies sur cinq générations

    Arabie Saoudite, Égypte

    La narration de « Ragel tata‘aqbuhu al-ghurabān » (Un homme poursuivi par les corbeaux) de l’écrivain et journaliste saoudien Yousef Almohaimeed, publiée par la maison d’édition Al‑Ain (Égypte) en 2023, tisse un récit puissant sur les épidémies et la condition humaine à travers cinq générations. Le roman propose une réflexion sur la fragilité humaine face aux maladies, qu’elles soient physiques ou psychiques, et interroge la façon dont le temps et l’espace transforment la peur et l’isolement.

    Temporalité et structure narrative

    Le récit joue sur un déplacement constant du temps et du lieu. Il s’ouvre en 2048 dans un lieu indéterminé, à la fois familier et étranger : un pays « occidental » marqué par le froid, la neige et des manifestations célébrant la centaine d’années d’existence d’un État israélien, sans que le nom du lieu soit explicitement donné.

    La narration bifurque ensuite vers plusieurs époques :

    • 2020 (contemporain) ;
    • 1936 (Riyad) ;
    • 1918 et 1919 (la grippe espagnole) ;
    • 1945 (choléra).

    La chronologie couvre ainsi cinq générations : les descendants du narrateur, sa fille, le narrateur lui‑même, ses parents, puis ses grands‑parents. Cette construction spatio‑temporelle exige du lecteur patience et attention pour relier les clefs dispersées du roman.

    Le thème central : les épidémies dans deux sens

    Le roman traite le concept d’épidémie sur deux plans : physique et mental. Almohaimeed montre que le fléau peut être un virus qui frappe le corps, mais aussi une contagion psychologique et sociale souvent plus violente.

    On y croise plusieurs maladies historiques :

    • la grippe espagnole (1919) ;
    • la variole (1936) ;
    • le choléra (1945) ;
    • le coronavirus (2020).

    L’auteur met en parallèle des morts abandonnés sur des lits d’hôpitaux modernes et des corps emportés dans le désert par la variole ou le choléra. La conclusion implicite est que, malgré la technologie et le progrès, la vulnérabilité humaine reste intacte : la mort demeure la même, quel que soit le lieu ou le siècle.

    Aliénation, peur et rejet

    La thématique la plus marquante est sans doute celle de l’aliénation et du rejet, souvent antériorisés par le personnage lui‑même avant d’être imposés par la société. Le héros voit son propre corps se transformer en menace : sa main, ses yeux deviennent des vecteurs possibles de contamination.

    Les tensions psychologiques se manifestent ainsi par des questions obsédantes : comment éviter son propre corps devenu « ennemi » ? Comment fuir un danger qui fait partie de soi ?

    La peur se répand aussi aux autres : parent âgé, femme de ménage, collègue ou vendeur de café deviennent des sources potentielles d’infection, et le virus de la pensée ronge autant que celui du corps. Le narrateur décrit ses luttes intimes : « j’ai l’impression d’entrer dans de petites guerres inutiles : contre le travail, contre mon chef, contre l’épidémie, contre ma main, contre tout autour de moi. »

    Solidarité et fidélité au cœur du récit

    Par contraste, le roman illustre aussi des actes de loyauté et d’amitié profonds, incarnés par des personnages secondaires mais essentiels. Dans le chapitre « Deux solitaires sous un arbre de talh », la scène de Fadil et Mohsen devient centrale :

    • Fadil est atteint du choléra durant une caravane de retour de pèlerinage ;
    • le chef de la caravane veut l’abandonner sur le bord du chemin par peur de la contagion ;
    • Mohsen refuse de l’abandonner et reste auprès de lui, même lorsque les corbeaux s’attaquent au corps.

    Cette scène met en balance deux attitudes historiques : en 1945, Mohsen s’attache à son ami malade, tandis qu’en 2020, la société tend à fuir l’autre. Le roman pose frontalement la question : à quel point nous sommes‑nous transformés ?

    Style littéraire et langue

    Almohaimeed écrit avec une langue à la fois poétique et précise. Son style privilégie l’économie du texte : des images ciselées, des scènes courtes et percutantes. Cette concision narrative, loin de simplifier, intensifie l’impact émotionnel.

    Les chapitres sont brefs et portent des titres qui captent l’attention : « C’est ma main, elle me guette », « Pourquoi les oiseaux ont‑ils fui le tableau ? », « Il a pris son lit et s’en est allé », « Faites attention au dernier souffle ». Ces titres servent d’appui pour immerger immédiatement le lecteur dans l’événement.

    La langue est fortement visuelle : elle fait entendre les sabots, sentir le sable, brûler la chaleur du désert. Elle transmet aussi la douleur des malades et l’indignation des proches, rendant l’expérience du lecteur presque corporelle.

    Images et évocations visuelles

    Le roman a été partagé par l’auteur sur son compte Instagram à plusieurs reprises, offrant des images et extraits qui accompagnent la lecture. Deux publications publiques liées à l’œuvre :

    • https://www.instagram.com/p/DN-QCCXiE6o/?utm_source=ig_embed&utm_campaign=loading
    • https://www.instagram.com/p/DNpvUfQIwhC/?utm_source=ig_embed&utm_campaign=loading

    Ces publications prolongent la présence visuelle de l’ouvrage sans altérer sa force littéraire.

    À propos de l’auteur

    Yousef Almohaimeed est un romancier saoudien au style singulier. Il choisit un angle narratif qui le distingue, loin des tendances communes, et explore des thèmes universels à travers des perspectives intimes et parfois cruelles.

    Son roman, ancré à la fois dans l’histoire et dans un futur proche, se présente comme une méditation forte sur la peur, la solidarité et la fragilité humaine — un roman épidémies qui interroge les comportements et la mémoire collective.

    Points clés

    Éléments saillants à retenir :

    • Une structure temporelle complexe couvrant cinq générations et plusieurs lieux.
    • Le traitement dual des épidémies : corporelle et mentale.
    • Des scènes contrastées de rejet et de fidélité qui posent la question morale de notre époque.
    • Une langue concise, visuelle et poétique qui fait la force du récit.
    source:https://www.aljazeera.net/culture/2025/8/31/%d8%b1%d9%88%d8%a7%d9%8a%d8%a9-%d8%b1%d8%ac%d9%84-%d8%aa%d8%aa%d8%b9%d9%82%d8%a8%d9%87-%d8%a7%d9%84%d8%ba%d8%b1%d8%a8%d8%a7%d9%86-%d9%84%d9%8a%d9%88%d8%b3%d9%81

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