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« Quand les gouvernements du monde ferment leurs bouches, les militants ouvrent la mer », c’est ainsi que le militant australien Robert Martin décrit sa participation à la traversée du navire « Hanthala ». Ce bateau a pris part à la Flottille de la Liberté pour briser le blocus imposé à la bande de Gaza depuis plus de 18 ans.
Robert Martin, qui a rejoint les activistes à bord de la « Hanthala », a partagé avec Al Jazeera ses motivations et le message qu’il souhaite transmettre au monde, avant même de connaître le sort réservé au navire.
Une confrontation aux mensonges
Martin, qui s’est déjà rendu en territoires palestiniens, explique avoir passé du temps en Cisjordanie en 2014 et 2018, après avoir découvert qu’il avait été trompé toute sa vie. « Mon ami proche était palestinien et me racontait ce qui se passe en Palestine », confie-t-il.
Il ajoute : « Quand je rentrais chez moi et regardais les informations, je voyais quelque chose de différent. Chaque fois que les médias utilisaient le terme ‘Palestinien’, ils l’associaient à ‘terroriste’. Et quand ils parlaient d’Israéliens ou de Juifs, ils les présentaient toujours comme des victimes dignes de compassion et porteurs d’un nom respectable. »
Au départ, Martin ne croyait pas son ami, mais il fut profondément choqué par la réalité observée lors de son voyage en Palestine. « J’ai pris mes caméras et documenté de nombreuses violations commises à l’encontre des Palestiniens », raconte-t-il.
Refus de normaliser l’injustice
Le militant australien insiste sur la gravité de cette mission. Selon lui, le soutien du public est crucial : en partageant et en suivant les images et les directes diffusés par les militants à bord, les gens peuvent contribuer à leur sécurité. « Plus le soutien est fort, plus notre sécurité grandit », affirme-t-il.
Concernant la guerre à Gaza, il estime que le plus grand danger ne réside pas uniquement dans le blocus lui-même, mais dans ce qu’il qualifie d’« banalisation mondiale des images venant de Gaza et du siège imposé ».
Il explique : « Le blocus et la famine sont devenus des faits ‘normaux’ dans les informations, et les gens en parlent comme s’il s’agissait d’une situation ordinaire. C’est ce qu’il y a de plus dangereux. Notre rôle aujourd’hui est de déranger cette normalisation et de perturber cette complicité silencieuse. »
Martin souligne : « Beaucoup se demandent pourquoi accorder tant d’attention à cette flottille, alors que ce n’est qu’un petit bateau avec seulement une petite quantité d’aide humanitaire et de médicaments à bord. C’est vrai, mais notre objectif est d’éclairer le monde sur le mode de fonctionnement du blocus israélien illégal sur Gaza et de le révéler au grand public. »
Le navire « Hanthala » a quitté le port italien de Gallipoli dimanche dernier, transportant 21 militants venus de plusieurs pays.
Une volonté inébranlable
Martin assure que le groupe ne porte pas d’armes et tient à ce que le public sache que ce voyage est pacifique, sans lien avec un gouvernement ou une organisation spécifique. « Nous représentons la base populaire et tous nos fonds viennent uniquement de donateurs », précise-t-il.
Interrogé sur sa réaction en cas d’attaque israélienne contre le navire, le militant est catégorique : « Je ne signerai aucun document. » Il fait référence à ce qui s’est passé avec le navire Madeleine puis la flottille Mavi Marmara, où Israël a exécuté des militants à bord.
En 2010, la flottille turque a été attaquée par les forces d’occupation dans les eaux internationales au large des côtes palestiniennes. Dix citoyens turcs ont été tués, 56 autres blessés, et les autres militants arrêtés, interrogés puis torturés.
Martin commente : « Israël a répété ces actions, a capturé le navire Madeleine et forcé ses passagers à signer des documents qu’ils ne comprenaient pas, alors qu’Israël n’a aucune autorité dans les eaux internationales ni dans les eaux palestiniennes. »
Des tatouages porteurs de sens
Lors de son entretien, Martin a montré ses tatouages à la caméra et expliqué leur signification. « Lorsque le slogan ‘Palestine libre du fleuve à la mer’ a été interdit par plusieurs gouvernements, j’ai décidé de le graver sur mon bras. »
Il poursuit : « J’ai un tatouage où il est écrit ‘Flottille de la Liberté, Libérez la Palestine’. Étant donné que plusieurs pays interdisent le drapeau palestinien, j’ai ajouté les couleurs rouge et vert, ainsi qu’une clé, symbole que beaucoup de Palestiniens gardent encore comme celui de leurs maisons. »
Le militant exprime une grande fierté : « Si quelqu’un me demande de me dévêtir, ils verront un corps et un esprit solidaires de la Palestine, parlant à travers ces tatouages. »
Il conclut avec un sourire : « Hanthala a tourné le dos au monde en silence, mais elle voyait. Nous, nous avons vu et décidé de crier. »