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L’évolution génétique du cheval domestique : clés de sa domestication

by Sara
France

Une analyse du génome montre que la domestication cheval s’est concentrée d’abord sur le comportement, puis sur l’anatomie : deux gènes, ZFPM1 et GSDMC, ont joué un rôle central dans l’émergence du cheval domestique moderne (Equus caballus).

Domestication cheval : sélection sur ZFPM1 et GSDMC il y a 5 000–4 700 ans dans la steppe ouest‑eurasienne

La domestication du cheval a profondément transformé l’histoire humaine en améliorant la mobilité, le commerce et la guerre il y a environ 4 500 ans. Une étude publiée dans Science par une équipe dirigée par le paléogénéticien Ludovic Orlando (Centre d’Anthropobiologie et de Génomique, université de Toulouse) analyse comment la sélection humaine a agi sur le génome cheval au cours de cette période clé.

Les auteurs ont étudié l’ADN de 86 chevaux venus de différentes régions du monde et d’un âne, en évaluant 266 caractéristiques génétiques pour reconstituer un arbre généalogique. Leurs résultats suggèrent que, dans la steppe ouest‑eurasienne — notamment une zone entre la Volga et le Don, au sud de la Russie actuelle — la sélection a d’abord ciblé des traits comportementaux, puis des traits anatomiques.

Sélection comportementale autour de ZFPM1 il y a ~5 000 ans

Dans la première phase, il y a environ 5 000 ans, une variante particulière du gène ZFPM1 est devenue nettement plus fréquente. Les chercheurs relient ce gène au comportement, en s’appuyant sur des travaux chez l’humain et la souris, et concluent que la domestication cheval a d’abord porté sur la docilité et la tolérance au stress. Ces qualités étaient nécessaires pour élever des chevaux en captivité et vivre en proximité étroite avec eux.

Ce ciblage du comportement apparaît donc comme la condition préalable à toute utilisation extensive des équidés par les sociétés humaines de la steppe.

Sélection anatomique via GSDMC vers 4 700 ans et diffusion rapide

Environ 300 ans plus tard, vers 4 700 ans avant aujourd’hui, la deuxième phase de sélection a été marquée par la montée en fréquence d’une variante du gène GSDMC. Ce gène est associé à l’anatomie du dos et de la colonne vertébrale ainsi qu’à l’endurance. Le remplacement rapide de l’allèle ancestral par la variante GSDMC coïncide avec l’émergence du cheval domestique tel que nous le connaissons.

Les auteurs écrivent que la variante GSDMC a favorisé « die Entstehung von Pferden mit verstärkter Bewegungsfähigkeit, was eine erhöhte menschliche Mobilität und Reisegeschwindigkeit ab vor etwa 4200 Jahren förderte ». Selon les données, la fréquence de cet allèle est passée de 1 à presque 100 % en quelques siècles, indiquant une forte pression sélective.

Cette mutation a aussi influencé le rapport longueur/hauteur des animaux, un caractère qui pourrait être lié à l’utilisation militaire des chevaux et à l’amélioration générale de la mobilité humaine.

Données morphologiques et comparaison chronologique

Les auteurs complètent leur étude par des observations morphologiques : en Europe de l’Ouest, la hauteur au garrot a évolué au fil des âges. Elle était d’environ 1,25 m à l’âge du Fer (il y a ~3 000 ans), 1,35 m à l’époque romaine, puis 1,39 m dans la période post‑médiévale. Ces chiffres illustrent l’impact des sélections successives sur l’évolution cheval au cours des millénaires.

Contexte archéogénétique et portée de la découverte

Les auteurs rappellent que d’autres équidés, comme l’âne, étaient déjà utilisés par l’homme avant la domestication du cheval, mais que le cheval offrait des avantages spécifiques : tempérament plus docile, taille et aptitude au portage et à la monte. La genèse du cheval domestique moderne (Equus caballus) est donc étroitement liée à ces deux phases de sélection génétique.

Ces résultats contestent des hypothèses antérieures qui attribuaient une part majeure de la première domestication à la sélection de la couleur du pelage.

Réactions et interprétations des chercheurs

Le paléogénéticien Laurent Frantz (Université Ludwig‑Maximilians de Munich), dans un commentaire accompagnant l’étude, souligne l’importance de la variante GSDMC pour la diffusion rapide de ces chevaux domestiques. Il écrit : « Pferde mit der GSDMC-Mutation wurden von dem Domestizierungszentrum nördlich des Kaspischen Meeres schnell verbreitet und erreichten die entlegenste Ecke Eurasiens vor etwa 3000 Jahren ». Il ajoute que ces chevaux se reproduisaient mieux et produisaient beaucoup plus de poulains que d’autres Equus, entraînant un remplacement quasi général des autres formes, à l’exception des ânes.

Sur l’identité culturelle des groupes responsables de cette sélection intensive, Frantz conclut : « Die genauen Umstände und die kulturelle Identität der Menschen, die für diese frühe intensive Züchtung verantwortlich sind, bleiben zwar ein Geheimnis. Aber sie müssen die dafür nötige Raffinesse, Methode und Weitsicht gehabt haben. Sicher ist, dass diese ersten Reiter eine Revolution lostraten, die die Welt veränderte. »

Implications pour l’étude du génome cheval et de l’évolution

En mêlant analyses génétiques et données morphologiques, l’étude apporte des clés sur la manière dont la sélection humaine a façonné le génome cheval et l’évolution cheval au sein de la steppe ouest‑eurasienne. La démonstration d’une sélection d’abord comportementale, puis anatomique fournit un cadre précis pour comprendre l’émergence d’Equus caballus comme animal domestique central dans les économies et les sociétés du Proche‑Orient et de l’Eurasie.

La recherche met en lumière l’efficacité des pressions sélectives humaines sur quelques loci génétiques pour transformer rapidement des populations animales et modifier durablement les relations entre l’homme et l’animal.

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source:https://www.welt.de/wissenschaft/article68b163245dcbc24752ca76e6/Pferdezucht-Der-Widerspenstigen-Zaehmung-und-dabei-spielten-zwei-Gene-eine-entscheidende-Rolle.html

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