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Secrets du conclave : le vote des cardinaux décrypté

par Sara
France, Vatican

Le 7 mai prochain s’ouvrira le 76e conclave de l’histoire de l’Église dans la chapelle Sixtine. Cet événement, qui attire non seulement les catholiques mais aussi une audience mondiale, est marqué par une curiosité sans précédent, illustrée par le succès du film d’Edward Berger, Conclave, disponible sur les plateformes de VOD. Bernard Lecomte, journaliste et biographe reconnu de Jean-Paul II, nous livre ses analyses sur les mystères entourant le vote des cardinaux et le rituel séculaire qui conduit à l’élection du nouveau pape.

Un événement unique et mystérieux

Le conclave, une procédure rare qui se produit tous les dix ou vingt ans, fascine par son rituel d’une solennité spectaculaire. Il s’agit d’élire le chef de la plus ancienne institution encore en activité : deux millénaires d’histoire et 1,4 milliard de fidèles à travers le monde. L’appellation latine « conclave », signifiant « pièce fermée à clé », illustre parfaitement l’isolement imposé aux cardinaux pendant ce scrutin sacré.

Cette tradition remonte au XIIIe siècle, lors du conclave de Viterbe, où la population avait enfermé les cardinaux dans le palais apostolique afin d’accélérer l’élection. Ce geste souligne le rôle fondamental que joue, en coulisse, le peuple de Dieu, attentif à la décision finale. Pourtant, comme le regrette Bernard Lecomte, la foule des croyants réunie place Saint-Pierre ne figure pas dans le film d’Edward Berger, malgré son importance symbolique.

Le secret absolu des cardinaux électeurs

Durant le conclave, les cardinaux sont totalement isolés du monde extérieur et doivent respecter un secret strict. Ils abandonnent leurs téléphones portables et jurent de ne pas divulguer leurs votes, sous peine d’excommunication. Cette confidentialité a toujours été difficile à garantir, comme en témoigne une photo prise en 1903 où un homme en civil, à l’intérieur du palais apostolique, laissait entendre l’identité probable du futur pape Pie X.

La constitution apostolique Universi Dominici gregis, promulguée en 1996 par Jean-Paul II, a renforcé ces règles en interdisant toute correspondance ou communication électronique. Le pape polonais insistait également pour que les cardinaux brûlent leurs notes prises lors des scrutins, afin de préserver le mystère du vote. Pourtant, des carnets personnels comme celui du cardinal français Baudrillart ont parfois révélé des détails sur d’anciens conclaves.

La chapelle Sixtine, théâtre de l’élection

L’élection du pape se déroule depuis 1878 dans la chapelle Sixtine, joyau architectural et religieux, orné des fresques majestueuses de Michel-Ange. Ce lieu unique, investi d’une symbolique forte, donne un poids solennel au geste des cardinaux électeurs qui déposent leurs bulletins devant la fresque du Jugement dernier. Chaque vote y prend ainsi une dimension spirituelle et historique inégalée.

Qui sont les électeurs et comment se déroule l’élection ?

Tous les cardinaux participent à l’élection du pape, mais seuls ceux de moins de 80 ans ont le droit de vote, selon une règle établie par Paul VI. Sur environ 250 cardinaux, 139 sont électeurs, bien que ce nombre puisse varier en fonction de leur état de santé. Les cardinaux âgés de plus de 80 ans sont cependant invités à participer aux congrégations générales qui précèdent le conclave.

Contrairement à une campagne politique, aucune candidature n’est admise officiellement. L’élection doit être guidée par l’humilité et l’écoute, sans programme ni ambition affichée. Un cardinal trop ambitieux perdrait ses chances, illustrant le proverbe romain : « Qui entre pape au conclave en ressort cardinal. »

Vie quotidienne et protocole pendant le conclave

Entre les sessions de vote, les cardinaux se retirent à l’hôtellerie Santa Marta, située de l’autre côté de la basilique Saint-Pierre, où ils se reposent et se restaurent. Cette organisation moderne remplace les anciennes conditions spartiate des conclaves d’autrefois, où des cellules rudimentaires étaient improvisées à l’intérieur du palais apostolique.

Lorsqu’un cardinal obtient la majorité qualifiée des deux tiers plus une voix, il est interrogé solennellement par le camerlingue pour savoir s’il accepte sa nomination. Il répond généralement en latin par « accepto », mais peut refuser. L’acceptation reste une décision lourde de conséquences, comme l’illustre le film Habemus Papam.

L’élection de Jean-Paul II : un tournant historique

Le conclave d’octobre 1978 fut marqué par l’élection de Karol Wojtyla, un cardinal polonais à la surprise générale. Après la mort rapide de Jean-Paul Ier, Wojtyla, qui avait déjà recueilli quelques voix, a su tirer parti des clivages entre conservateurs et réformateurs. Soutenu discrètement par plusieurs cardinaux, notamment l’archevêque de Vienne, il est devenu le premier pape non italien en 455 ans, un événement historique qui marqua profondément l’Église.

Les conclaves historiques et leurs enjeux

Chaque conclave porte en lui des enjeux politiques et religieux majeurs. En 1800, l’élection de Pie VII intervint dans un contexte de grande incertitude après la mort du pape Pie VI. En 1903, l’intervention de l’empereur d’Autriche dans le choix du pape via le « droit d’exclusive » conduit à l’élection du conservateur Pie X, dernier pape issu de cette ingérence souveraine.

Plus récemment, en 1958, l’élection de Jean XXIII, alors âgé de 77 ans et considéré comme un pape de transition, ouvrit la voie au concile Vatican II, une révolution dans l’histoire de l’Église moderne.

La diplomatie et l’influence politique autour du conclave

Le président français Emmanuel Macron a récemment été accusé d’ingérence après des rencontres avec des cardinaux électeurs, relançant le débat sur le rôle des chefs d’État dans ce processus. Pourtant, cette attention à l’Église catholique, dont l’influence géopolitique est majeure, n’a rien d’exceptionnel. Historiquement, les dirigeants européens, y compris le général de Gaulle en 1958, ont toujours cherché à peser sur l’élection pontificale en faveur de candidats proches de leurs intérêts.

La polémique suscitée par ces rencontres semble d’ailleurs exagérée, tant les enjeux diplomatiques et religieux sont étroitement liés lors de tels événements.

source:https://www.lexpress.fr/societe/region/dans-les-secrets-du-conclave-les-cardinaux-renoncent-meme-a-leurs-portables-sous-peine-detre-ZALEXQRZENFWJIFWNSVDE24VRY/

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